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Corona-culture #23

Written by on 20 avril 2020

Plus que trois semaines, et vous n’avez pas eu le temps de lire. C’est le moment de rattraper votre retard… Le “Corona-culture” recense pour vous les livres à lire absolument. Que vous soyez confiné en ville ou à la campagne, rien de tel qu’une profusion de pages, pour oublier, ne serait-ce que l’espace d’un instant, ce quotidien pandémique. Trois ouvrages, trois citations, trois opportunités de découverte.

Commençons par un classique. Dans Bel-Ami, roman d’apprentissage réaliste, Guy de Maupassant dresse le portrait peu flatteur d’un opportuniste : Georges Duroy, Du Roy de Cantel. Politique et journaliste ne font alors qu’un, tandis que les femmes tirent, en coulisses, les ficelles. Derrière cette presse minée par la corruption, se cache aussi des arrangements douteux vis-à-vis des colonies.

Tous ces gens-là, voyez-vous, sont des médiocres, parce qu’ils ont l’esprit entre deux murs, — l’argent et la politique.

Si vous êtes plutôt classique revisité, vous risquez de succomber aux charmes du Quatrième mur. Dans ce roman éperdument humain, rien de tel qu’une pièce de théâtre pour raviver la paix. Et rassembler deux peuples ennemis dans un Beyrouth meurtri par les impacts de balles.

Deux fois, Georges est tombé. Il s’est relevé. Il a heurté une poutre jetée en travers. Et puis il est arrivé à la porte du garage. Il a traversé le quatrième mur, celui qui protège des vivants. La mort l’a pris comme ça. Une kippa sur la tête et une clef dans la main.

Finissons sur une note plus historique avec Der Zug war pünktlich / Le train était à l’heure d’Heinrich Böll. Un récit poignant sur le chemin inexorable vers la mort, d’un soldat allemand pacifiste, sacrifié par l’aigle nazi sur l’hôtel du front de l’Est.

Il est des mots qui, prononcés avec une apparente indifférence, acquièrent soudain un pouvoir magique. Lourds et étrangement rapides, devançant celui qui les émet, destinés à ouvrir une porte dans une région inconnue de l’avenir, pour revenir à leur point de départ avec l’effrayante précision d’un boomerang. Jaillis d’un clapotis de propos insouciants, ces mots, pour la plupart affreusement lourds et plats, ces mots d’adieux des quais de gare qui nous mènent à la mort, retombent, telle une vague de plomb, sur leur auteur, qui découvre alors la puissance à la fois enivrante et terrifiante du destin. Sur les amoureux et les soldats, sur les hommes voués à la mort et sur ceux qu’emplit la puissance cosmique de la vie, cette force descend parfois à l’improviste en une soudaine illumination, qui sera leur grâce et leur fardeau… et les mots s’enfoncent, s’enfoncent en eux.


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