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Grèce : une pandémie gérée, une crise économique redoutée

Written by on 20 avril 2020

Depuis une dizaine d’années, la Grèce se voit être pointée du doigt comme la mauvaise élève de l’Union européenne. Pourtant, malgré des difficultés économiques qui persistent, la Grèce se révèle en tant qu’exemple dans la gestion de la crise sanitaire, avec seulement 102 décès et environ 2 200 cas d’infections. Mais alors pourquoi ? Et qu’en est-il de la gestion de la nouvelle crise économique du pays ? Pour bien comprendre tout cela, nous recevons, Fabien Perrier, journaliste correspondant en Grèce, pour de nombreux médias francophones, et auteur d’une enquête sur le sujet.

Dans votre enquête, vous abordez les nombreux facteurs de risque que la Grèce cumule face à cette pandémie. Pouvez-vous nous les rappeler ?

Le premier facteur à risque, en réalité, ce sont les dix ans d’austérité budgétaire. Ces dix années ont détruit le système médical grec. Le nombre de lits dans les hôpitaux, a considérablement diminué. Il y a presque 20 000 médecins qui ont quitté le pays. Ce sont des facteurs de risques budgétaires, qui contribuent à expliquer pourquoi la Grèce a très vite pris des mesures de confinement et de distanciation sociale. Et puis, il y a des facteurs de risque sur la population en elle-même. 22% des habitants ont plus de 65 ans, ce qui fait de la Grèce le deuxième pays le plus âgé de l’Union européenne, après l’Italie. Un autre facteur, parmi d’autres, est le nombre de personnes obèses, qui est lui aussi supérieur à la moyenne des 27.

Mais justement, pourquoi la Grèce s’en sort-elle si bien face à la crise du Covid-19 ? Nous avons un peu de mal à comprendre. Beaucoup de médias parlent de décisions fortes et d’un confinement rapide et efficace ? Mais n’existe-t-il pas d’autres raisons ?

Moi, je ne suis pas médecin. Donc je ne peux que répéter ce que les médecins m’ont expliqué. Ce qui apparaît dans l’enquête que j’ai mené, c’est que dans tous les hôpitaux de Grèce, aux premiers symptômes, un médicament – qui fait débat – que l’on appelle la chloroquine a été prescrit. Et dans un deuxième temps, ils sont passés de la chloroquine à l’hydrochloroquine, accompagnée d’un antibiotique, dont je ne vais pas citer le nom, tant il est complexe. Ce cocktail, me disent les médecins, semble produire des effets. […] L’efficacité n’est pas prouvée, […] donc il n’y a pas d’éléments de comparaison en Grèce, mais ils ont l’intuition que cela contribue à diminuer la charge virale sur l’ensemble des patients qui présentaient des symptômes. […]

Ensuite, effectivement, le confinement a été très précoce et ordonné. C’est-à-dire que des villages ont même été complètement fermés. Mais si la population a massivement suivi ces recommandations, c’est d’abord parce qu’elle a une forte confiance dans ses médecins. Il y a une confiance assez faible envers le gouvernement. En revanche, les médecins sont très respectés. Cela s’explique par plusieurs facteurs, mais l’un qui me paraît particulièrement intéressant, c’est que les médecins grecs viennent souvent des classes populaires. Et ils n’ont pas la tarification à l’acte comme en France. Donc ils passent encore beaucoup de temps avec leurs patients, à les écouter. Sans doute, qu’à partir de là, on a plus envie d’écouter, de suivre ce que le médecin nous recommande de faire.

Alors du point de vue sanitaire, on a vu que la Grèce s’en sortait plutôt bien. Mais tout n’est pas rose pour les Grecs. On sait que la situation économique du pays va encore s’empirer. Comment le pays va-t-il s’en sortir ?

Pratiquement tous les secteurs de l’économie grecque sont impactés par la pandémie. Par exemple, le tourisme pèse presque à hauteur de 20% du PIB, le fait qu’aucun touriste ne puisse arriver, que tous les hôtels soient fermés, que tous les restaurants soient fermés, etc, est en réalité une catastrophe économique pour le pays. En même temps, le choix était simple : c’était soit une catastrophe sanitaire, soit une catastrophe économique. La question maintenant, c’est comment faire pour que la population continue à être protégée ? Je rappelle qu’elle a subi dix ans de crise, d’austérité budgétaire. Les salaires et les retraites ont baissé en moyenne de 40%. Dans ces conditions, comment protéger la population, en partie au chômage ? 18% de chômage avant la crise. Et aujourd’hui, on se rend compte que les Grecs ont peur. Un seul exemple : les salariés qui ont été mis au chômage, pour cause de pandémie, sont indemnisés à hauteur de 800€ pour 45 jours ; c’est-à-dire moins que le salaire minimum grec. Comment vit-on avec 800€ pour 45 jours : 800€ pour un mois et demi ?

Bonne question. Nous espérons que le gouvernement grec trouvera les ressources pour y répondre. Nous souhaitons bien évidemment beaucoup de courage à nos amis grecs dans cette période bien difficile.


Reader's opinions
  1. GRAILLOT   On   21 avril 2020 at 15 h 38 min

    Merci pour cet eclairage de notre chère Grèce adorée à l heure de la pandémie. Il y a longtemps déjà que beaucoup de grecs font avec les moyens du bord et avec leur reflex de solidarité.

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