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Décryptage : “un incendie aussi violent à Tchernobyl, c’est une première”

Written by on 24 avril 2020

Depuis début avril, des incendies embrasent la zone interdite de Tchernobyl, en Ukraine. Les flammes sont même passées à moins d’un kilomètre de la centrale nucléaire qui avait explosé en 1986. Alors, faut-il vraiment s’inquiéter ? Que peut-il se passer si les incendies se rapprochent trop du réacteur ? Pour en parler, je suis aujourd’hui avec deux experts de la sécurité nucléaire. Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD, NDRL). Et Philippe Renaud ; il fait partie de l’Institut – public – de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

D’abord, un incendie à Tchernobyl, est-ce si inhabituel ?

Bruno Chareyron : “Non, il y a des incendies presque chaque année dans ces territoires contaminés. Mais un incendie aussi violent, qui a duré aussi longtemps, et qui s’est approché d’aussi près des installations nucléaires, ça je pense que l’on peut dire que c’est une première.

Rappelons que le réacteur qui a explosé en 1986 a été enfermé dans un grand sarcophage de béton. Que peut-il se passer si les flammes atteignaient le sarcophage ?

B. C. : “Alors, on ne le sait pas vraiment. D’abord, autour du sarcophage, c’est plutôt des zones de goudron et de terres battues. En plus, l’agence qui gère la zone autour de la centrale a communiqué que lors de l’incendie, ils ont été obligés de travailler toute la nuit pour creuser des tranchées autour du site nucléaire, pour limiter la progression de l’incendie. Donc avec cela, c’est assez improbable que les flammes atteignent le sarcophage. Maintenant, cela pose quand même question : la température à laquelle le sarcophage peut résister, d’après le constructeur, c’est 45 degrés. Donc s’il y a un incendie, 45 degrés, cela ne laisse pas une marge de manœuvre très confortable.

Philippe Renaud : “Non, mais vous vous rendez compte ? 45 degrés ? Le sarcophage du réacteur a été conçu pour cela justement, il a une sûreté qui fait qu’il résisterait bien. C’est quand même du béton ! Lors d’un incendie, la chaleur dégagée n’est pas susceptible d’atteindre l’intégrité d’un béton.

En revanche, tout autour du réacteur accidenté, on a disposé à l’époque des lieux d’entreposage de déchets. On a creusé des tranchées dans le sol, qui vont jusqu’à quelques mètres de profondeur. On y a enfoui tout un tas de matériaux contaminés, du métal, du bois… Et on a recouvert cela d’une couche d’argile. Donc, ce n’est pas du béton. Mais néanmoins, c’est enfoui. Quelques fois même, c’est dans de l’eau, lorsque les nappes phréatiques étaient assez proches de la surface. Il est donc assez improbable qu’un incendie qui se propage en surface puisse attaquer la couche d’argile et pénétrer dans le sol : c’est impensable.

B. C. : “Mais c’est toute la question aussi du stockage des combustibles irradiés, qui sont extrêmement dangereux, et qui doivent être refroidis en permanence. Si les incendies mettent à mal les installations de fourniture d’électricité qui interviennent dans des systèmes de refroidissement, par exemple, cela peut engendrer des risques très importants.

Pour les habitants à l’intérieur et autour de la zone, quelles sont les conséquences de ces incendies ?

B.C. : “Les incendies ont remis en suspension des éléments radioactifs. Lorsque des herbes contaminées brûlent, des fines poussières radioactives sont rejetées dans l’atmosphère. Malheureusement, même sans qu’il n’y ait les incendies, il y a des populations qui vivent dans, ou à proximité de, la zone d’exclusion. Ils mangent une nourriture contaminée – baies, champignons, lait – et vivent sur des sols irradiants. Ils sont irradiés toute la journée. Donc ça, c’est ce qui est vraiment choquant : qu’il y ait, 34 ans après la catastrophe, des milliers de personnes, qui vivent toujours sur des territoires très contaminés.

Et bien sûr, si l’on rajoute à cela des incendies, ça rajoute une contamination de l’air donc une absorption de substances radioactives par inhalation. Ensuite, ces particules vont se déposer sur le sol et sur la végétation : cela va contaminer les végétaux qui poussent dans les jardins. Donc il va y voir une contamination supplémentaire par ingestion de substances radioactives.

P. R. : “L’essentiel de la contamination reste toujours dans le sol : c’est cela qui expose les gens. La contamination de l’air qui résulte des incendies ne rajoute pas grand-chose à la contamination qui existe déjà. Mais bon, aujourd’hui, il y a même du tourisme à Tchernobyl. Il y a des gens qui rentrent régulièrement dans la zone interdite. Donc si un illuminé voulait faire cela et que l’on savait que c’était dangereux, cela ne serait pas toléré.

À cause du nuage de fumée radioactif dégagé par les incendies, Kiev est devenue cette semaine la ville la plus polluée du monde. Le nuage circule maintenant en Europe, et ce jusqu’en France. Mais d’après les dernières modélisations de l’IRSN, il n’est pas nocif là où nous sommes.


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