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XVIème et XVIIème siècles : les épidémies destructrices en Amérique

Written by on 7 mai 2020

Épisode 3 de notre rendez-vous Les épidémies dans l’histoireen partenariat avec le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) des Universités de Nantes et La Rochelle.

Après avoir évoqué l’épidémie de Peste de 1709 en Europe du Nord la semaine dernière, traversons aujourd’hui l’Atlantique. Cap sur l’Amérique des 16e et 17e siècles, où se sont propagées de nombreuses épidémies. Avec nous pour en parler : Virginie Adane, docteure, maîtresse de conférence à l’Université de Nantes en histoire moderne.

Avec l’arrivée des Européens en Amérique, après la découverte de Christophe Colomb, les populations amènent dans leurs bagages de nombreuses maladies dont seront victimes les “autochtones”. De quelles maladies parle-t-on ? 

On parle en fait de plusieurs maladies. Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que les Européens transportaient avec eux un certain nombre d’agents pathogènes pour lesquels les Amérindiens n’étaient pas du tout immunisés. La variole est certainement l’épidémie dont on a le plus parlé à l’époque, une épidémie très meurtrière, mais on peut aussi évoquer la peste, la malaria, ainsi que des maladies dont on guérissait en Europe comme la varicelle… Il y avait donc une grande variété de maladies importées par les Européens à vrai dire.

Ces maladies là ne s’étaient alors jamais propagées sur le sol américain avant l’arrivée des Européens ? 

C’est tout à fait ça. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de maladies sur le sol américain, évidemment. Mais à l’époque, l’Europe et l’Amérique étaient deux mondes séparés depuis des siècles. Lorsque les Européens débarquent en Amérique, l’isolement est rompu, et cela a des conséquences.

Pendant des siècles les continent européens, asiatiques et africains ont été en contact, selon des modalités très diverses – guerres, commerce, déplacements de populations. Certains agents pathogènes ont donc été diffusés par ces biais là. Dans cet ancien monde, un système immunitaire avait donc pu se développer. La virulence de ces agents pathogènes étaient donc moindre chez les Européens, contrairement aux Amérindiens qui n’y avaient jamais été exposés. 

A cause des Européens, de nombreux Amérindiens vont donc mourir, et pas seulement à cause de l’exploitation de ces derniers par les premiers, mais à cause aussi des diverses épidémies qui vont donc frapper l’Amérique à partir du 15e siècle. Est-ce que les Européens étaient conscients qu’ils allaient dévaster les populations autochtones à cause de maladies telles que la variole, la peste, la varicelle … ?  

Non, ils n’en étaient pas conscients. Il faut dire qu’à l’époque, les épidémies sont souvent perçues par les Européens comme un châtiment divin. On peut par exemple citer le chroniqueur Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés dans son Histoire naturelle et morale des Indes : “je croirais plutôt que notre seigneur a permis pour les grands, énormes et abominables péchés de ces gens sauvages, rustiques et bestiaux qu’ils puissent être jetés et bannis de la superficie de la terre”. 

Par la suite, on a pu suggérer qu’il y avait des causes naturelles de ces maladies dès les 16e et 17e siècles. Mais on ne savait pas forcément, précisément l’expliquer ou en tout cas, agir en conséquences.

Et est-ce que l’inverse s’est produit ; est-ce que des Européens ont attrapé des virus uniquement présents en Amérique jusqu’alors, parce qu’ils n’étaient pas immunisés ? 

Oui, le cas le plus iconique c’est l’échange de “bons procédés” entre les Européens et Américains, qui a propagé la syphilis. Au retour des bateaux de Christophe Colomb dès 1493,  se développe une épidémie très virulente de syphilis en Europe. Bien que cette maladie ait existé au Moyen-Âge avec des souches différentes et bien moins virulentes, à partir du 15e siècle, cette maladie est importée des Amériques et revient en Europe.

Ce phénomène a touché l’ensemble du continent américain. Quelles en ont été les conséquences démographiques, économiques, sociales… ? 

Les conséquences sont nombreuses. Au niveau démographique, on évalue le “choc” microbien à une perte de population très importante : plus de 90% des populations locales décimées selon les estimations. Par ailleurs, en concomitance avec ce choc microbien, on a une dynamique de conquête et d’imposition d’une domination européenne qui est en cours. Cela implique des guerres, des destructions environnementales – notamment la déforestation, la réduction en esclavage de ces populations. Donc ça pose aussi question : est-ce que les prédations européennes ont fragilisé les populations amérindiennes au point de les rendre vulnérables aux maladies ou bien l’inverse, les maladies ont-elles tellement affaibli les populations locales que les Européens ont ainsi pu en profiter pour s’imposer ? 

Quoi qu’il en soit, les populations sont extrêmement fragilisées. Au niveau politiques, celles-ci sont mises sous tutelle. Dans un certain nombre de sociétés amérindiennes, la mort fait disparaître tout lien social. Certains empires s’effondrent, du fait aussi des brutalités européennes. Certains chefs politiques sont tués par la variole – dans les empires Inca et Aztèque notamment. 

En Amérique du Nord, les guerres de captures vont même essayer de compenser les pertes démographiques liées aux épidémies et à la maladie.

Pour tout savoir sur le sujet, rendez-vous sur la chaîne YouTube du Centre de Recherche en Histoire Internationale et Atlantique.

Ecoutez la série de décryptages “Les épidémies dans l’histoire” :

Découvrez également l’émission Les Voies de l’Histoire, une coproduction euradio – CRHIA.


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