Nantes

by Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

Programme local

16:00 17:00

Background

La bonne santé des GAFAM face à la crise : l’édito de Georges Papadopoulos

Written by on 14 mai 2020

Georges Papadopoulos est avocat au Barreau d’Athènes, spécialisé en droit du numérique et des nouvelles technologies, correspondant du Cabinet Pavléas Avocats.

Vous nous parlez aujourd’hui de la bonne santé des GAFAM durant cette période de crise sanitaire…

En effet, les résultats du premier trimestre 2020 sont tombés la semaine dernière. Le constat est que de manière générale, les GAFAM se sont montrées plutôt résilientes à la crise et affichent des croissances à deux chiffres. Ces cinq entreprises, à elles seules, pèsent 20 % de la capitalisation de toute la bourse américaine. 

A titre d’exemple, Amazon, dont la valeur a encore crû de 28 % depuis le 1er janvier, vaut à elle seule près de 1 200 milliards de dollars, cela équivaut à 80 % de notre CAC 40.

Comment peut-on l’expliquer  ?

Ces chiffres en réalité ne sont pas illogiques. Le confinement d’une bonne partie de la population mondiale a accéléré le recours aux produits et services des GAFAM, qui sont devenus aussi utiles qu’indispensables. Il y a eu un basculement numérique de la société. D’une part, la population au chômage technique va utiliser les services des GAFAM pour se divertir, tandis que d’autre part, les services sont abondamment utilisés également par les entreprises en télétravail pour assurer une continuité d’activité.

Les résultats trimestriels publiés par Microsoft, Apple, Amazon, Google et Facebook ont donc confirmé la capacité des GAFAM à sortir de cette crise sans trop de pertes, voire carrément à en bénéficier. Le directeur général de Microsoft, Satya Nadella, s’est même réjouit d’avoir « vu l’équivalent de deux années de transformation numérique en deux mois », Microsoft ayant augmenté de +15% son chiffre d’affaire.

La crise sanitaire a-t-elle eu tout de même des répercussions négatives sur les GAFAM ?

Comme nous venons de le voir, à en juger par leurs résultats financiers, la pandémie n’a que peu affecté leurs rentrées financières. 

Cependant, on ne peut pas dire que les GAFAM ne sont pas touchées par cette crise bien qu’elles réussissent à limiter les pertes. Apple avec la fermeture de ses magasins a vu un recul de la vente de ses appareils électroniques. Google et Facebook ont quant à elles été touchées par les baisses du secteur de la publicité, secteur représentant une grande partie de leur chiffre d’affaire. Enfin, les ventes d’Amazon ont beau avoir explosé en trois mois, Jeff Bezos prévoit de ne pas être à l’équilibre entre avril et juin car il a annoncé une dépense de 4 milliards de dollars pour assurer la sécurité de ses salariés et de ses clients.

En France, la réussite flamboyante des GAFAM pose certaines difficultés au gouvernement français ?

En effet, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire a plaidé une nouvelle fois hier pour l’adoption à l’échelle européenne d’une taxation des géants du numérique. Il a déclaré : “Cette crise montre que ceux qui s’en sortent aujourd’hui le mieux, sont les géants du numérique simplement parce que leurs activités se poursuivent y compris pendant la crise, et pourtant ce sont les moins taxés ” Les précédentes tentatives de mise en place d’une taxe s’étant toutes soldées par des échecs.

Un autre bras de fer, entre le gouvernement français et Apple et Google concerne l’application de traçage numérique. L’application, sans accord entre le gouvernement et les deux géants du numérique, serait inutile. Pour le moment, Google et Apple ne se sont pas pliées aux demandes du gouvernement et le projet d’application semble dans une impasse. C’est une situation inédite car l’Etat est contraint de négocier avec des firmes qui sont désormais plus puissantes que lui. 

Ces exemples montrent bien que les GAFAM sont devenues quasiment intouchables, même touchées par la crise sanitaire, elles parviennent à continuer leur expansion.

Il s’agit alors d’un défi démocratique : d’une part éliminer tout « échappatoire » du droit fiscal qui pourrait injustement favoriser ceux qui en profitent le plus ; et d’autre part encadrer juridiquement l’ activité des GAFAM afin de garantir l’autodétermination informationnelle.


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *