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“Lesbos : la honte de l’Europe”

Written by on 14 mai 2020

Dans les cinq îles grecques de la mer Égée attendent près de 40.000 réfugiés, dont plus de 21.000 sur l’île de Lesbos. Sur cette île environ 20.000 se trouvent dans le camp de la Moria, prévu pour en accueillir seulement 2.000. Mercredi 13 mai, deux migrants ont été testés positifs au Covid-19. Ils ont été immédiatement isolés, selon les autorités. Mais pour plusieurs ONG, Lesbos est une bombe à retardement dans le contexte actuel.

Pour comprendre la situation dans laquelle se trouvent les personnes présentes sur place et les responsabilités de l’Europe, nous recevons aujourd’hui Jean Ziegler, vice président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et auteur du livre témoignage, Lesbos : la honte de l’Europe.

Depuis plusieurs semaines, de nombreux réfugiés manifestent leur inquiétude face à la pandémie. Dans quelles conditions se trouvent-ils actuellement?

L’inquiétude est très grande. Aucune des mesures de sécurité ne peuvent être appliquées dans la situation inhumaine dans laquelle ces gens retenus par milliers derrière des barbelés se trouvent. Par exemple, la distanciation sociale est totalement impossible. Ces gens sont entassés les uns sur les autres dans des tentes, dans des huttes en plastique ou dans des conteneurs. Les conditions d’hygiène sont terribles. Le savon est une denrée très rare et l’eau est encore plus rare. Donc se laver les mains régulièrement est impossible.

Mais la menace n’est pas seulement pour les prisonniers, qui vivent dans ces véritables camps de concentration, payés et organisés par l’Union européenne par l’intermédiaire de la police grecque. Une autre chose inquiétante, c’est que les virus ne connaissent pas de frontières. Si la pandémie éclate, et elle va éclater dans ces camps, le virus va traverser les frontières. La tragédie qui se prépare dans ces camps concerne très directement les autres populations d’Europe.

Dans votre, livre Lesbos: la honte de l’Europe, vous critiquez vigoureusement la responsabilité humanitaire de l’Union européenne et des Etats membres dans la crise actuelle. Comment l’Europe peut-elle reprendre une main plus solidaire sur la situation?

La question fondamentale est l’attitude, la perception, qu’a l’Union européenne, qui met en œuvre la fermeture des frontières sud du continent. C’est un crime contre l’humanité. C’est une non-valeur. Le droit d’asile c’est l’article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies qui dit que : quiconque est bombardé, torturé, persécuté dans son pays d’origine, a le droit de franchir une frontière et de demander dans un autre pays protection et asile.

En mars dernier, par exemple, Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, a vivement félicité le gouvernement grec pour ses mesures de refoulement de tous les réfugiés à la frontière, en disant que la Grèce est le bouclier de l’Europe. L’attitude de l’Union Européenne et de la Commission c’est de voir dans les réfugiés, une menace pour l’Europe. 

Or, ce sont des gens comme vous et moi. Des hommes, des femmes et des enfants. La stratégie de terreur et de dissuasion de l’Union européenne pratiquée depuis plus de trois ans, est une destruction des bases morales de l’Union Européenne, qui devrait être un État de droit continental, respectant les droits de l’Homme. De plus il faut savoir que c’est politiquement inefficace car les réfugiés continuent quand même d’arriver.

Il faut une insurrection des consciences. Il n’y a pas d’impuissance démocratique dans les pays qui composent l’Union Européenne. Il faut que l’opinion publique se réveille et que nous imposions à nos gouvernements et à la Commission de Bruxelles un changement radical de stratégie. Il faut changer cette stratégie de terreur et mettre en place une politique d’accueil , d’hospitalité et de respect du droit d’asile pour ces populations, familles torturées, bombardées, persécutées  en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Yémen, au Sud-Soudan.

Malgré tout, plusieurs décisions ont été prises par les autorités grecques pour désengorger ces îles mais aussi par l’Union européenne pour aider à relocaliser 1600 mineurs non-accompagnés. Pour le moment, on en est très loin. On sait que seuls l’Allemagne et le Luxembourg ont engagé la procédure. Le Portugal et la Belgique se sont engagés aussi à le faire. Pouvez-vous nous préciser ces mesures et leurs portées ?

Une des tragédie les plus révoltantes, c’est le destin, l’abandon des enfants mineurs non-accompagnés. Vous savez, dans les bombardements de terreur en Syrie, souvent les seuls survivants sont quelques enfants. Ils prennent la fuite seuls et arrivent à Lesbos, sans leur mère, leur père, leur frère, leur sœur, parfois morts noyés dans la mer Egée. Il y en a des milliers, à peu près 9.000 mineurs non-accompagnés. Ce que demande la société civile et des organisations comme Amnesty International, Human Right Watch, etc. depuis des semaines et des semaine aux gouvernements européens, c’est d’accueillir au moins ces enfants. Pour le moment seuls le Luxembourg et l’Allemagne ont accepté. C’est largement insuffisant. 

On sait que les conflits géopolitiques et le réchauffement climatique vont intensifier le phénomène migratoire vers l’Europe. Comment l’Europe peut gérer cela ? Êtes vous optimiste, vous, Jean Ziegler, sur le futur solidaire européen ?

Il faut être optimiste, c’est évident. Pour une raison très simple : d’une part, on entend souvent en France, que nous ne pouvons pas soulager la misère du monde entier et accueillir tous les miséreux du monde. Mais il ne s’agit pas de ça. Si on regarde bien, la situation est la suivante : l’Europe compte 550 millions d’habitants et le Haut commissariat aux réfugiés des Nations-Unies compte à peu près cinq millions de personnes qui sont ce qu’on appelle des réfugiés de la violence et qui sont éligibles pour le droit d’asile sous la Convention des Nations unies de 1951.

Vous ne pouvez pas me dire, qu’une entité inter étatique comme l’Union européenne ne peut pas recevoir dans des conditions humaines dignes, respectueuses des droits de l’homme, cinq millions personnes. Ce n’est donc pas un problème technique insoluble qui dépasserait les capacités de l’Union européenne. Il s’agit d’une absence totale de volonté. L’Union Européenne voit dans ces réfugiés un ennemi. C’est une xénophobie, un racisme qui s’exprime à travers les discours de Madame Von der Leyen et des autres membres de la Commission. C’est ce discours qui doit être changé par l’insurrection des consciences et l’action collective des peuples de l’Europe.


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