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Emmanuel Macron déstabilisé par la crise du Covid-19 ?

Written by on 26 mai 2020

La pandémie : principalement une crise sanitaire, mais aussi une crise politique, quand même. La position de plusieurs chefs d’Etat a été affaiblie, et parmi eux : celle d’Emmanuel Macron. Les sondages suggèrent que la cote de popularité du président a chuté de près de 20%. La semaine dernière, Emmanuel Macron a perdu la majorité à l’Assemblée nationale, après que 17 députés de la République en Marche ontformé un nouveau groupe parlementaire. Pour nous parler aujourd’hui, nous accueillons Hugo Drochon, professeur de philosophie politique à l’Université de Nottingham.

Monsieur Drochon, est-ce une surprise qu’Emmanuel Macron perde la majorité absolue ?

Je ne sais pas si c’était attendu. Ce qui était attendu, c’est qu’il y ait une réaction à un moment donné. Parce qu’il est venu au pouvoir avec un discours qui se disait à la fois de gauche et de droite. Alors que c’est sûr que depuis qu’il est au pouvoir, tout le monde l’a assez bien reconnu : il a mené une politique de droite. Or, il a présenté son programme ainsi : il allait faire la première moitié du quinquennat plutôt de droite et économique, pour pendant la deuxième moitié se concentrer plus sur le social. Donc peut-être qu’à partir de ce moment-là il pourrait être plus considéré de gauche.

Mais le groupe parlementaire la République en Marche a toujours rassemblé des gens de gauche et de droite, et déjà il y avait des petits groupes qui étaient plutôt à droite. Ils ont voulu se définir comme constructifs : « Agir » est un groupe qui ne fait pas partie de LREM mais qui pourtant vote en principe pour la majorité. La question, c’est, est-ce que ce nouveau groupe parlementaire va faire ça aussi ?

Ce départ est-il lié à la gestion par Emmanuel Macron de la crise du Covid-19 ?

Non, je dirais plutôt que c’est une manière de mettre la pression sur lui car il n’a pas abordé la deuxième moitié de son quinquennat comme il l’avait annoncé. Donc ils essayent d’infléchir sa position, de peser de différentes manières. Ça fait un moment qu’on parle au sein même de LREM d’avoir un pôle plutôt social, plus de gauche, plus proche des socialistes. Donc ce courant-là s’est formé, il y a beaucoup de personnes qui font déjà partie de ce groupement. Il y en a aussi d’autres qui ne font pas partie de LREM du tout.

Toutes ces personnes étaient détachées de LREM depuis un petit moment déjà. Donc c’est difficile de faire le lien direct avec le Covid. C’est là depuis longtemps et maintenant elles essayent d’influencer la politique de sortie du confinement.

Mais pensez-vous qu’Emmanuel Macron sortira dans tous les cas fragilisé de cette crise ?

Je ne sais pas, parce que la cote de popularité d’Emmanuel Macron a toujours été assez basse – autour de 30%. Mais François Hollande était à 4% à la fin de son mandat. Emmanuel Macron a en revanche toujours eu une base assez stable. Cette base-là n’a pas vraiment évolué. Il y a eu un bond au début, qui est redescendu ensuite. Donc oui, il a été très critiqué. Mais en même temps, objectivement, sa manière de gérer la crise n’était pas mauvaise, comparée à ce qu’on a vu dans d’autres pays et compte tenu que c’est une crise complètement inédite. Maintenant, la vraie question pour lui, c’est l’attente : est-ce que des choses vont changer ou pas ?

Il est allé la semaine dernière à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et a eu des échanges vifs avec certaines infirmières. Il a dit qu’il allait changer, il a reconnu que ce qu’il faisait pour l’hôpital public ne marchait pas et qu’il allait changer de stratégie. Il a dit que ce n’était pas seulement une question de donner la légion d’honneur ou des primes symboliques, mais de vraiment donner les moyens et d’avoir un plan d’investissement. C’est surtout là-dessus qu’il sera jugé.

Est-ce que les erreurs d’Emmanuel Macron ont ébranlé la base de sa popularité ?

Par rapport au Covid, je n’ai rien vu de vraiment nouveau. Mais cette base s’était solidifiée déjà lors des européennes. L’électorat s’était déplacé : celui qui avait voté pour lui à la présidentielle était un électorat plutôt de centre-gauche. Mais c’est une base de centre-droit qui s’est solidifiée au moment des européennes. Depuis, je n’ai pas l’impression que ça ait particulièrement changé. Il n’y a pas eu d’action particulièrement dramatique. Macron a été critiqué par rapport à sa gestion de la crise, les masques et l’hôpital. D’ailleurs, en réalité, tous les problèmes de masques et de gestion de l’hôpital viennent de décisions de ses prédécesseurs : c’est lui qui récupère les pots cassés.

Mais autrement, ses mesures économiques par rapport aux entreprises ont été bien reçues je pense. En plus, comme ce sont des mesures économiques, elles parlent assez bien à sa base de centre-droit. Donc ce qui s’est passé au niveau européen dans les derniers jours, l’accord avec Angela Merkel, sera aussi assez bien reçu je pense et plaira beaucoup à son électorat de base.

Ces sondages, qui montrent une chute de presque 20% du soutien pour Emmanuel Macron, sont-ils si inquiétants ?

Les sondages d’en ce moment sont plus hauts que sa cote de popularité historique : il faut regarder le début d’un mandat et voir ce qu’il se passe après. En vérité, Emmanuel Macron a déjà été plus bas que maintenant. Pendant les gilets jaunes, il a chuté à 20%. Mais en réalité, on voit qu’il a toujours une stabilité autour de 30%. Au début de la pandémie, il est monté à 70% : les gens voulaient avoir confiance en leurs politiques. Mais il est à 39% maintenant : il retourne à son taux normal, la moyenne de son mandat.  

L’élection présidentielle en 2022 : est-ce que la clé pour Emmanuel Macron maintenant repose sur les six prochains mois et la réponse économique à la crise ? 

Je pense qu’il y a deux éléments : il y a d’abord ce que Macron fait lui-même. Là, il est pas mal attendu : est-ce qu’il peut conjuguer une reprise économique avec des sauvegardes sanitaires ? Et deuxièmement, arrive-t-il à conjuguer ça avec des exigences écologiques ? Justement, le nouveau parti à l’Assemblée s’est constitué pour faire pression dans ce sens-là. Donc par rapport à son électorat de base, les questions économiques se posent – bien sûr couplées avec les questions sanitaires. Mais pourra-t-il aussi regagner un électorat de centre-gauche ? Cette question se posera par rapport à la question de la redistribution, de l’investissement dans les services publics, et d’un genre de « new deal » écologique, comme on dit dans plusieurs pays.

L’autre question, Emmanuel Macron peut-il vraiment être menacé lors de la prochaine présidentielle par Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon, ou une autre personnalité ?

Quelle est l’alternative ? Jusqu’à présent, Marine le Pen a été quasiment inaudible. Elle a quasiment disparu. Elle n’a pas su sortir son épingle du jeu pendant la pandémie. Elle en sort donc affaiblie. Va-t-elle ensuite pouvoir trouver un nouvel angle d’attaque ? La question sur laquelle tout se joue, c’est : est-ce qu’Emmanuel Macron va faire un plan d’investissement massif comme il l’a annoncé ? S’il ne le fait pas, il s’ouvre à des critiques massives. Mais s’il le fait, la question se pose par rapport à la souveraineté. Les frontières se sont fermées, l’Etat a repris beaucoup plus la main qu’avant. Il faudra donc voir comment le président va coupler la souveraineté française avec la souveraineté européenne. Et justement, est-ce qu’il va s’insérer dans les discours souverainistes de Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?

Ce qu’il faut souligner aussi, c’est que de toute manière, quand Marine le Pen était très haute dans les sondages comme l’année dernière, il n’a jamais été certain qu’elle puisse l’emporter dans un second tour contre Emmanuel Macron. Donc de mon point de vue pour l’instant, ni par rapport à la structure de base ni aux réactions, ni l’un ni l’autre ne pourrait faire perdre Emmanuel Macron au deuxième tour en 2022.

À travers leur gestion de la pandémie, plusieurs chefs politiques, comme Angela Merkel en Allemagne ou Mette Frederiksen au Danemark, ont pu renforcer leur popularité. Les positions affaiblies d’Emmanuel Macron et Boris Johnson au Royaume-Uni sont les deux exceptions européennes.


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