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Fébrile fusible : l’édito de Viviane Gravey

Written by on 26 mai 2020

Pour ce dernier édito de la saison on retrouve certains de nos personnages et situation préférées : un scoop médiatique amenant un scandale qui semble unir la nation, Boris Johnson une fois de plus au cœur de la tourmente, une éminence grise, Dominic Cummings qui occupe le devant de la scène après qu’il fut révélé vendredi qu’il a enfreint les règles du confinement. Il n’est pas le premier conseiller important à avoir enfreint ces règles : la conseillère scientifique de Nicola Sturgeon, première ministre écossaise, et le professeur Neil Ferguson, épidémiologiste auprès du gouvernement anglais, avaient tous les deux été pris la main dans le sac. Et tout deux avaient rapidement démissionné.

Ce qui choque avec la situation actuelle c’est non-seulement le non-respect des règles – l’idée que le peuple devrait se conformer aux règles du confinement, mais que les élites n’auraient pas besoin de le faire. C’est d’autant plus problématique que Cummings, l’architecte des victoires du Leave dans le référendum de 2016 et de la vague bleue aux élections de Décembre 2019, a fait carrière dans une veine populiste du peuple contre les élites. Or le voilà exposé non pas du côté du peuple, mais bien de ces élites. Enfin, le plus choquant est que, pour l’instant, il refuse de partir. Ce qui nous amène à un constat troublant sur la balance de pouvoir au sein de l’exécutif britannique : le fusible qu’est Dominic Cummings qui refuse de prendre la porte et au contraire voit les ministres défiler sur twitter pour le défendre, et hier soir, Boris Johnson annoncer à la nation que celui-ci avait agit de manière responsable, légale et intègre.

Ce matin, les unes des journaux montrent que le scandale n’est pas près de se calmer : le Daily Mirror, tabloid de gauche titre ‘un tricheur et un lâche’ avec une photo de Cummings et une de Johnson, le Daily Mail, de droite, titre simplement ‘sur quelle planète sont-ils ?’ – mais d’autres titres reprennent le message de Johnson sur l’intégrité supposé de son précieux conseiller.

Revenons sur le scandale, qu’est ce qui est reproché à Cummings ?

Les règles du confinement anglais, qui a commencé fin mars, sont claires : il faut rester à la maison autant que possible, ne sortir que pour faire des achats de première nécessité et/ou accéder à des services médicaux, et éviter tout déplacement non nécessaire. Si on a des symptômes, il faut s’isoler au moins 7 jours complètement. Or, alors que sa femme souffrait du virus, et qu’il commençait à en sentir ses effets lui aussi, Dominic Cummings a quitté Londres avec femme et enfant pour se rendre près de chez ses parents dans le nord de l’Angleterre. Une fois sur place il a été apparemment très malade – mais a aussi été vu profitant de la campagne environnante plusieurs fois – sous entendant non seulement qu’il ne se serait pas isolé alors qu’il été infectieux, mais qu’il aurait fait plusieurs fois les quelques 350 kilomètres séparant Londres de Durham. Son excuse ? Il craignait de ne pouvoir s’occuper de son jeune fils de 4 ans si lui et sa femme tombaient malade, et voulait être près de sa famille au cas où.

Souvent dans un scandale politique, le pire n’est pas l’infraction en soit – mais la manière dont les acteurs politiques y répondent. Le Royaume Uni a accumulé au moins 36,000 morts, et 260,000 cas. Derrière ces chiffres se cache un nombre énorme de personnes n’ayant pu aller voir leur proches en hôpital avant leur décès, n’ayant pu assister aux funérailles, mais aussi un nombre énorme de familles ayant dû gérer leurs enfants alors qu’un ou les deux parents étaient malades. En se reposant sur des amis, sur les services sociaux et souvent sans aucune aide extérieure. Ces gens ont souffert et ont tout de même tenu le cap – Cummings ne l’a pas fait. Et si plusieurs allers-retours sont en effet avérés, alors non seulement n’a-t-il pas suivi les règles alors qu’il allait mal et avait besoin d’aide, mais il ne les a pas suivi une fois rétabli non plus. 

Et pourtant le gouvernement ne cesse de répéter qu’il a agit en faisant preuve de ‘bon sens’ en suivant ses ‘instinct’, en mettant le bien être de son enfant en premier. Comme ci tous ceux qui ont observé les règles n’avaient ni bon sens, ni instinct et comme s’ils n’étaient pas de bons parents.

Comment cela va-t-il finir ?

Après que le gouvernement, puis Johnson lui-même, soient montés au créneau, Cummings va s’exprimer publiquement ce lundi– une grande première pour la politique britannique, ou les conseillers gouvernementaux doivent toujours être en retrait. Il semble peu probable qu’après avoir orchestré une telle campagne de soutiens, qu’il soit prêt à présenter sa démission. Mais en s’obstinant à le défendre, Johnson parait aujourd’hui au plus faible et sa popularité, moins de 6 mois après sa grande victoire électorale, sévèrement entachée. La saga Cummings risque de diviser la majorité et de retourner les médias contre lui. Si les élections sont encore lointaines, cela ne veut pas pour autant dire que Johnson est en sécurité. Après avoir poussé les conservateurs à se débarrasser de Theresa May en interne, Johnson pourrait bien être la prochaine victime d’un parti connu pour pousser ses dirigeants vers la sortie.


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