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La réouverture des théâtres reste incertaine à travers l’Europe

Written by on 27 mai 2020

Pour créer du théâtre, il vous faut un espace vide, a déclaré le réalisateur britannique Peter Brook. Mais aujourd’hui, ce qu’il vous faut vraiment, c’est une bonne connexion Wi-Fi. 

Le mois dernier, j’ai assisté à une pièce shakespearienne sur Zoom : “The Tempest”, interprétée par la Creation Theatre Company, basée à Oxford, et ses collaborateurs du nord de l’Irlande, du Big Telly Theatre. Comme la productrice en a informé les spectateurs avant qu’ils ne s’installent confortablement, et ne revêtent leurs pyjamas, les événements de la nuit étaient “entre les mains des dieux de la technologie”.

Malgré tout, le spectacle s’est bien déroulé et les membres du public ont même été encouragés à interagir, en activant leurs microphones pendant la scène de la tempête et en claquant des doigts, afin de recréer le son de vagues déferlantes.

Le théâtre n’est peut-être pas mort, mais il est en réanimation. Bien qu’il y a eu de beaux efforts pour maintenir le spectacle en vie, via des applications de vidéoconférence, on le sait bien : pour créer du théâtre, vous avez besoin que les gens soient ensemble, dans la même pièce.

Capture d’écran : Annabelle Terry dans le rôle de Miranda dans “The Tempest” du Creation Theatre (Crédit image : Creation Theatre / Big Telly Theatre Company).

Peu à peu, les pays européens se déconfinent. Progressivement, les écoles, les bars et les magasins ouvrent leurs portes. Mais pour les salles de théâtre la question reste incertaine.

Premier problème : comment faire respecter la distanciation sociale dans un tel espace ? Cette difficulté, le théâtre du Châtelet, dans le centre de Paris, l’a appréhendée. Il estime que s’il devait assurer une bulle d’un mètre autour de chaque spectateur, sa capacité d’accueil passerait de 1 500 à 300 spectateurs, soit un siège sur cinq. Pour être économiquement viables, la plupart des théâtres doivent être remplis à environ 80%.

Pour remédier à ce problème des tentatives innovantes ont vu le jour. Le Deutsches Theater de Göttingen a mis en scène une pièce de théâtre sur un parking. Un peu comme un ‘drive-in’ de cinéma, où les spectateurs restent dans leur voiture pendant que le spectacle se déroule autour d’eux. Le son est transmis par la radio de chaque voiture.

Tous nos théâtres ne peuvent pas être transformés en parking. Pour essayer de trouver une alternative, des professionnels de l’industrie se sont tournés vers la Corée du Sud. 

Contrairement aux pays européens, la Corée du Sud n’a pas imposé la fermeture de ses théâtres. Au lieu de cela, le bon état de santé des comédiens et des membres du public est contrôlé au moment de la réservation et le jour-même du spectacle. Si une personne ayant suivi une représentation présente des symptômes, une quarantaine de 15 jours est imposée au théâtre et à son personnel. De plus, toutes les personnes ayant transité par l’établissement sont rapidement testées, et leurs contacts sont tracés.

Dès le début de la crise, deux grandes comédies musicales ont continué d’être jouées : les versions coréennes de “Rebecca” et “Dracula”. Pour les deux, le taux de présence a dépassé 90% de la capacité d’accueil.

Les chiffres semblent largement encourageants, en particulier pour les professionnels du théâtre britannique. Sans un système important de financement public du spectacle vivant, plusieurs théâtres majeurs, dont le Shakespeare’s Globe, ont annoncé un risque de fermeture. Le théâtre de Shakespeare génère 95% de ses revenus grâce à la vente de billets, aux visites guidées, aux ateliers éducatifs, au commerce et à la restauration – des activités qui sont toutes actuellement impossibles.

Pour essayer de maintenir le théâtre en vie, un groupe d’acteurs et de jeunes professionnels de l’industrie sont restés debout pendant 48 heures à lire 16 pièces de Shakespeare pour collecter des fonds. En seulement quatre jours, 300 personnes s’étaient portées volontaires pour participer à l’événement marathon, qui a été diffusé en direct sur YouTube. Catriona Bolt, l’une des organisatrices, a déclaré : “Je ne pense qu’aucun d’entre nous ait anticipé la réponse que nous en tirerions. On a l’impression que nous avons vraiment trouvé une communauté mondiale.

Le Globe Theatre n’est que l’une des nombreuses institutions culturelles britanniques menacées par le confinement.

Jusqu’à présent, l’initiative a permis de collecter plus de 12 000 livres sterling. Mais selon madame Bolt, cela ne suffira pas pour sauver le Globe, qui n’était pas éligible au fonds de secours d’urgence de 90 millions de livres, mis en place par le Arts Council England pour les organisations culturelles.

Madame Bolt travaille également pour la Royal Opera House qui, avec la Royal Shakespeare Company, est la plus grande organisation théâtrale du pays, et “même eux sont vraiment en difficulté” avoue-t-elle.

Il est important de reconnaître que si le public a été prié de rester à la maison et que les théâtres doivent rester fermés, parce que ce n’est pas prudent de s’y rendre, alors le gouvernement doit faire plus que simplement payer des congés” a-t-elle ajouté.

Et garder les théâtres ouverts peut compter plus que les gens ne le pensent. Car malgré la vision élitiste que l’on peut se faire du théâtre, chaque année une personne sur deux au Royaume-Uni assiste à une pièce ou à une comédie musicale, selon la plate-forme de billetterie Ticketmaster. Pour savoir ce que cela signifie : imaginez, c’est plus que pour le football.


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