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Regards croisés sur le discours de l’état de l’Union

Written by on 17 septembre 2020

Maximilian v. Klenze, journaliste allemand et Giuseppe Sconosciuto, journaliste italien de l’Académie euradio décryptent le premier Discours sur l’état de l’Union, prononcé par la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Regards croisés de deux jeunes Européens, l’un du Nord, l’autre du Sud, sur leur perception de l’avenir de l’Europe.

Giuseppe : Ursula von der Leyen a fixé des objectifs : “Nous devons abattre les obstacles au marché unique, alléger les formalités administratives, accélérer la mise en œuvre et le contrôle de l’application des règles, et rétablir les quatre libertés – dans leur intégralité et aussi vite que possible”.

Comme elle a remarqué, “Pour la première fois l’Europe a décidé de mettre en place ses propres instruments communs pour compléter les stabilisateurs budgétaires nationaux. Ça a été un moment d’unité remarquable pour notre Union. C’est là une réalisation qui devrait susciter notre fierté collective”.

Sur l’environnement, la Présidente de la Commission ambitionne de devenir le premier continent climatiquement neutre et de réduire de 55% les émissions de CO2 au plus tard en 2030… pas facile : “L’objectif de 2030 est ambitieux, réalisable et bénéfique pour l’Europe. Mais nous pouvons le faire. Nous avons déjà montré que nous en étions capables”.

Il est désormais temps de nous mettre au travail !

U. von der Leyen

Ursula von der Leyen n’a pas seulement parlé des objectif de l’Union, elle a aussi exprimé des positions très fortes sur la scène internationale : elle a été très directe et a condamné la loi sur le marché intérieur de Boris Johnson, à la suite d’un accord obtenu dans la douleur. “Cet accord a été ratifié par cette Assemblée et par la Chambre des communes. Impossible de le modifier unilatéralement, de l’ignorer ou de cesser d’en appliquer les dispositions. C’est une question de droit, de confiance et de bonne foi”. 

Quand elle s’est projetée vers le reste du monde, la présidente de la Commission a parlé d’une Europe qui aide sans détruire, et où la protection des droits humains occupe une place essentielle. Elle a évoqué l’alliance transatlantique, les protestations en Biélorussie et défini la Chine, comme partenaire et rivale :

“L’Europe a elle aussi ses problèmes – pensons par exemple à l’antisémitisme. Mais nous en débattons dans la sphère publique. Non seulement la critique et l’opposition sont acceptées, mais elles sont protégées par la loi. Nous devons donc toujours dénoncer les violations des droits de l’homme lorsqu’elles se produisent et où que ce soit, à Hong Kong ou chez les Ouïghours”.

Ursula von der Leyen a annoncé le nouveau pacte sur la migration, qui sera axé sur “l’humain et empreint d’humanité”, sans oublier la lutte contre le racisme et l’homophobie : “les «zones sans LGBTQI» sont des zones sans humanité. Et elles n’ont pas leur place dans notre Union”.

Pour tenir les promesses de l’Europe, la Présidente de la Commission a affirmé : “Nous avons la vision, nous avons le plan, nous avons les investissements. Il est désormais temps de nous mettre au travail”.

Maximilian A-tt-tt-tt-tt-tt-ends! 

De prime abord, les visions présentées par von der Leyen dans son grandiloquent discours apparaissent séduisantes mais – la question s’impose – n’y-avait-il pas de raisons pour lesquelles les tentatives de concertation à l’échelle européenne ont échoué dans le passé ?

Comment entend-elle faire en sorte que ses nombreuses propositions ne soient pas torpillées – par exemple par un veto d’un des états membres au Conseil européen, qui en font régulièrement usage afin de bloquer toute initiative législative allant à l’encontre de leurs intérêts stratégiques – comme c’est le cas dans la politique migratoire où les 27 piétinent depuis cinq ans alors que le désastre humanitaire aux frontières extérieures ne cesse de s’aiguiser.

Comment entend von der Leyen court-circuiter la puissante industrie automobile allemande qui – jusqu’ici – parvient toujours à s’arc-bouter contre chaque bracelet de politique climatique ambitieuse à l’échelle européenne. – Grandes questions qui pour autant demeurent sans réponse.

La Commission européenne finalisera dans les prochains mois les grandes lignes de son historique plan de relance. Ce plan comportera des investissements importants créant de nouvelles industries (verts et numériques) et il engendrera également des réformes structurelles qui toucheront profondément le marché du travail et donc la vie professionnelle de nombreux européens (notamment en italie, Espagne et – dans une moindre mesure – la France). Mais aujourd’hui, impossible de savoir qui déterminera où ces investissements seront orientés. 

La présidente a oublié le Parlement européen.

Maximilian V. Klenze

Dans une véritable démocratie européenne, les représentants politiques des personnes concernées par les investissements et les réformes devraient avoir leur mot à dire sur la répartition des fonds/investissements – ainsi que les représentants des contribuables qui financent ces mesures. 

Il existe aujourd’hui un lieu où ces deux parties dialoguent déjà – c’est le parlement européen. Hélas, von der Leyen ne profite pas de cette rarissime fenêtre de tir que lui donne la crise pour toucher à la question du rôle du parlement européen : l’institution européenne dotée du plus grand potentiel de légitimité. Et également le lieu où les représentants des citoyens des différents pays se sont mis d’accord sur la répartition proportionnelle des réfugiés, il y a déjà longtemps.


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