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Les hussards noirs de la République sont aussi les gardiens de l’Europe – Erwan Quinio

Written by on 3 novembre 2020

Tout pour l’école. Malgré la Covid, malgré le deuil si douloureux de l’assassinat de Samuel Paty, nous le voyons plus que jamais en cette semaine, toute la société repose sur l’Ecole.

Un motif d’espoir dans une actualité bien maussade, il faut le dire. Alors positivons, il y a de la joie à retrouver les classes.

Oui. Et c’est une joie précieuse. Malgré les masques, malgré les risques sanitaires, malgré les craintes parfois des parents, disons-le, les premiers motivés sur le chemin de l’Ecole, ce sont nos enfants, nos adolescents, nos lycéens et universitaires. Pour eux, rien de pis que de rester à la maison. L’école est sacrée. Le dernier confinement a été une épreuve, une trop longue épreuve. Tous attendaient la fin des vacances pour retrouver leurs amis et camarades de classes, leurs enseignants aussi, tous soulagés de ne pas devoir se confiner.

L’Ecole, telle que nous la connaissons, c’est un héritage et de fait un projet politique. Ce projet est-il partagé en Europe ?

Le mot “éducation” nous vient du grec, il a pour sens l’action “de tirer hors de”, c’est-à-dire guider un individu vers son développement. Alors l’Europe a-t-elle inventée l’Ecole, ce serait bien présomptueux de le dire tant l’ambition éducative est évidemment aussi ancienne que notre arrivée sur terre. En revanche, oui, les européens ont réinventé l’Ecole. Chez les Grecs comme chez les Romains toutefois, l’Ecole reste élitiste, réservée aux enfants des classes dirigeantes. Cette Ecole deviendra ensuite plus collective mais sous le seul prisme du catholicisme sous le Moyen-âge. S’en suivra alors durant plusieurs siècles, un combat légendaire…

Un combat historique pour une Ecole libre, obligatoire et laïque ?

Oui, les auditeurs le savent. L’école moderne, celle qui fait notre fierté et notre ADN, c’est celle de Jules Ferry. Laïque, obligatoire et gratuite. C’est notre matrice et évidemment notre plus grande fierté. Encore aujourd’hui, il en reste quelque chose de singulier. Il n’y a qu’à voir le niveau d’endettement des étudiants américains pour s’en convaincre.

Cette Ecole, elle est néanmoins soumise à des violences communautaires insoutenables. Quel message faire passer après l’effroi ?

Il y a ce texte de Jean Jaurès lut cette semaine dans toutes nos classes que les parents aussi seraient bien inspirés de découvrir. Il y aussi peut-être à faire lire et relire les mots écrits par  Magyd Cherfi (ex chanteur de Zebda) et intitulé : « La trahison » :

« J’ai été d’une école où on aimait ses profs, où après être passé dans une classe supérieure on passait leur rendre visite, ça épinglait un orgueil de moineau sur nos maigres poitrines.

J’ai été d’une école où le nom de « prof » faisait tinter la rétine et briller l’envie d’en être.

Moi j’allais à l’école comme on se blottit dans un nid attendant la becquée quotidienne. J’étais ce privilégié-là, cet engourdi docile aussi. Je guettais l’attention qu’on allait me porter, la parole qu’on allait me donner, la note aussi. Elle me protégeait de la méchanceté du monde, un monde dur qui voulait pas de mes parents.

J’étais d’une école où je n’avais plus d’origine mais l’espoir d’en trouver une sans frontière ni couleur, ni rang social, où les professeurs ressemblaient à des parents.

J’étais d’une école qui admirait ses profs et je rêvais moi de les accompagner au-delà des heures de scolarité. Je l’avoue, je me suis plus aimé en élève qu’en enfant de la rue car à dix sept heures sur le trottoir d’en face j’entendais : « rentre chez toi bougnoule ! »

À l’aune de tous ces défis nouveaux, je dis que cette école existe encore et elle raconte toujours l’histoire des hommes, offre encore une famille, une terre, des valeurs et enfin notre libre arbitre. Alors je peux le dire, moi Magyd jamais j’aurais tendu mon doigt à un salaud pour désigner comme victime mon prof d’histoire-géo.

Ce prof d’histoire Géo, il est l’héritage de ces hussards noirs de notre République, il est le visage de la France disait le Président de la République lors de son hommage à la Sorbone, il était aussi, un gardien de l’Europe toute entière, de l’Europe des lumières.

crédits photo: Arthur Krijgsman


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