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L’exception culturelle a un prix : il faut sauver le cinéma – Erwan Quinio

Written by on 5 janvier 2021

Les européens y sont attachés, les français en particulier, le cinéma, c’est un pilier, un pilier culturel. C’est d’ailleurs une invention française. Nous la devons à Louis et Auguste Lumière, deux frères ingénieurs lyonnais qui sont les premiers à projeter un film en 1895.

Or nous le savons, la fermeture actuelle des salles pour crise sanitaire rebat totalement les cartes. 

Le cinéma, c’est pour ainsi dire un écosystème. De la production du film à la séance entre amis ou en famille, qu’est-ce qui menace le plus directement le septième Art ? 

A court terme, ce sont nos habitudes culturelles qui sont frontalement questionnées par la crise sanitaire. En espérant que les premières vaccinations permettent une réouverture prochaine des salles, une question le public sera-t-il de retour ? Certains éléments comme l’influence entre les deux confinements pourraient nous le laisser espérer. On parlait alors d’un rebond. Le public avait répondu présent. Et en l’absence et du report des Blockbusters, comme on dit, des mastodontes productions américaines, les productions françaises en particulier tiraient plutôt bien leurs épingles du jeu. Mais la longueur de la crise interroge. Les habitudes changent. L’une en particulier. Je veux évidemment parler des abonnements numériques. 

Les plateformes d’offre numérique sont en effet en plein boom. Quelles peuvent en être les conséquences ?

De plusieurs ordres. D’abord, et sans doute la plus évidente, la question du pouvoir d’achat. Les nouveaux abonnés aux plateformes seront-ils toujours disposés à sortir les quelques euros d’une place de cinéma qui peuvent vite aller à plusieurs dizaines d’euros quand on y va en famille. Mais la question la plus lourde n’est pas seulement celle-ci. L’orage qui menace, c’est le système économique cinématographique. Avec leur poids économique considérable, la force de frappe de ces nouveaux géants peut agir comme une boule dans un jeu de quille. 

Mais les producteurs sont toujours contraints de faire passer leur film en salle avant d’être disponible sur les plateformes, c’est une assurance vie pour le cinéma ?

Oui, vous avez raison mais à la seule condition que les nouveaux films soient encore présentés en salle. Or si cette étape saute, alors la règle ne tient évidemment plus. C’est là toute la menace.

Dans ce nouveau paysage culturel, que peut bien faire l’Europe ?

Agir. Peser. Elle en a la puissance et toute la légitimité. Concrètement, le cinéma, l’économie du cinéma, ce sont des millions d’emplois. C’est un trésor. Ce sont des infrastructures, des salariés, des écoles, des artistes et des intermittents du spectacle. C’est enfin et surtout, un mode de vie et autant de valeurs qui sont véhiculées et transmises.  Des valeurs fondamentales. 

Alors l’Europe peut financer des œuvres et des productions. Elle le fait via le programme « Creative ». Mais le co-financement de productions transnationales ne saurait résumer une politique. Non, l’Europe est puissante par ses normes, par sa capacité à peser. Si elle considère que la culture n’est pas un bien, une marchandise comme les autres, elle peut imposer davantage de quotas d’œuvres européennes. Elle peut surtout contraindre les géants du numérique à concourir au financement de l’industrie culturelle européenne. Sans producteur, pas de plateforme, ce serait donc bien légitime.

C’est même stratégique. L’Europe peut et doit sauver, le cinéma, il faut sauver notre septième art. Tel est le prix de la défense de notre culture, de notre exception culturelle. 

Photo de Luis Quintero provenant de Pexels


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