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Don’t judge a record by its cover #51 – Torpeur tertiaire

Écrit par sur 22 février 2021

Don’t judge a record by its cover, l’émission qui rend hommage à l’habillage visuel de la musique en proposant une sélection alternative de morceaux, guidée par leur dimension graphique, est de retour sur euradio !

Ecoutez le podcast, découvrez les visuels évoqués, et retrouvez la tracklist complète de l’émission en bas de page.

En bas, le mimosa des quatre saisons était en fleur. La foule de ses pompons rayonnait d’un jaune juvénile et dégageait cette odeur élégante.

Bientôt ces mêmes pompons prendraient un aspect rêche et jaunâtre, et leur odeur deviendrait saturante.

Il y voyait la métaphore de plein de choses.

A cette heure, sa concentration déclinait.

Toute la journée, ainsi que les précédentes, et ce depuis plusieurs années, il s’était adonné à son travail, tertiaire et fastidieux.

Un travail archétypal, probablement. 

Son esprit rechignait à se recentrer sur le labeur. Il se leva, saisit la thermos Qwetch qu’on lui avait récemment offerte, l’ouvrit et siffla dans le goulot. Une fumée raisonnable en sortit, il le porta précautionneusement à ses lèvres. Sa tisane avait enfin atteint une température acceptable, quoique son jugement aurait été autre s’il l’avait bue dans son mug historique. Ce constat que l’acceptabilité de la température de son infusion était influencée par son contenant le frappa. Plus généralement il s’étonnait toujours de ne pas réussir à évaluer la chaleur de la boisson ni même sa quantité tant que le bouchon n’était pas ôté. Au fond, s’il avait immédiatement adopté l’objet d’un point de vue émotionnel, il lui résistait d’un point de vue pratique. « Cette gourde est plus adaptée pour le froid que le chaud dans mon cas » conclut-il.

Il avala bruyamment la dernière gorgée en observant le mimosa depuis la fenêtre doublement vitrée. Cherchant à se mettre dans la lune, il laissa ses yeux perdre le focus. Le massif jaune se troubla en se dédoublant. Cet état semi-suspendu et l’aftertaste de verveine lui firent éprouver l’intuition – qu’il savait fausse – d’un pouvoir magique des arbres.

Son téléphone dans sa poche signifia un nouveau mail. Intuitivement, il se retourna vers l’écran de son ordinateur et, comme si c’était nécessaire, un petit popup en bas à droite lui confirma la réception. Il avait déjà remarqué le léger décalage temporel entre l’arrivée des courriels sur son téléphone et sur son PC, mais nota qu’il aurait été bien incapable de dire lequel était le plus prompt. Cela lui rappela qu’il faisait également quotidiennement l’expérience du décalage entre la réception de la radio en FM et via internet lorsqu’il basculait du vieux poste dans la cuisine à son téléphone pour aller se doucher. Il avait un peu honte de trouver ce décalage énigmatique car il savait qu’il devait y avoir une explication technique qu’il aurait surement dû connaitre, et que celle-ci était, en tout cas, à portée de main sur le web.

Il se résolut à consulter sa boite mail. Saisissant son smartphone dans sa poche droite, il put le déverrouiller avec son empreinte digitale dans le temps infime du trajet vers son champ de vision. Cette fraction de seconde lui suffit cependant à se disperser mentalement, et il ouvrit Instagram par automatisme. Il scrolla quelques instants, sans y trouver d’intérêt ou de plaisir. Cela faisait bien longtemps qu’il ne pouvait plus parcourir l’intégralité de son fil, fil qu’il tendait justement à perdre au fur et à mesure qu’il s’abonnait à des profils toujours plus nombreux, toujours plus hétérogènes. Il rangea son portable dans la poche et réalisa instantanément qu’il n’avait pas lu ses mails. Il porta à nouveau l’écran à ses yeux et faillit rouvrir Instagram.

Il y a quelques années sa boite mail affichait quelques 3000 mails non lus. Sa mauvaise conscience lui faisait porter un regard inconfortable sur cette masse d’informations non traitées, mais sa conscience professionnelle l’empêchait d’y apporter une solution satisfaisante. Un jour une fausse manipulation lui fit marquer tous les messages en « lus ». Depuis lors, il ne tolérait aucun message « non lu ». Il parcourut cette newsletter sans en saisir le contenu : au moins n’était-elle plus « non lue ».

Le front désormais collé contre la vitre il observait une dame qui sortait son chien sur le parking où trônait le mimosa des quatre saisons. C’était un berger allemand.  Il réalisa qu’on n’en voyait plus que très rarement, et il jugea même incongru que cette femme fluette puisse promener un tel chien, en ville qui plus est.

Enfant il en avait peur des bergers, car on lui avait dit qu’ils devenaient fous et dangereux en vieillissant. A quel âge s’opérait la bascule, et surtout comment reconnaitre un berger passé de l’autre côté ? Peut-être que cela avait joué dans ce qu’il considérait être l’extinction en marche de cette race.

Il sourit en repensant à l’expression « chien de la casse » dont il ne cernait pas précisément le sens, mais qu’il trouvait en tout cas très parlante.

Le ventilateur de son ordinateur se mit à faire du bruit. Ça lui évoquait « la chauffe ». Il ouvrit la fenêtre. Il regretta de sentir l’air pollué plutôt que l’odeur du mimosa. 

Tracklist de l’émission

  • Magic In Threes – Cinema Six Eight
  • Maston – Old Habits
  • Duilio Radici feat. Mario Molino – A Good Fellow
  • PAINT – Heaven in Farsi
  • Brainstory – Beautyful Beauti (Instrumentals)
  • Ex-Olympian – Pain Au Chocolat
  • The Coolin’ System – Dracula
  • Tommy Guerrero – Rusty Gears Lonely Years
  • Hanni El Khatib – GLASSY
  • El Michels Affair – Villa
  • Kit Sebastian – With A Sense Of Grace
  • ATA Records – Siren’s Sea
  • Mirot – Privacy
  • DISCODOR – The Arrangement
  • David Axelrod
  • Felbm – Herausweh

Toutes les émissions de Don’t Judge a Record by its cover sont à retrouver juste ici


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