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« Agriculture, Oh miroir, mon beau miroir » – Erwan Quinio

Écrit par sur 30 mars 2021

La France vit une paysannomania. Ce regain d’intérêt est touchant et profond. Preuve en est, vous étiez plus de 5 millions de français à regarder le documentaire « Nous Paysans » sur France 2. Le documentaire, d’ailleurs toujours en ligne sur le site de France Télévision, rend hommage à celles et ceux qui nous nourrissent. Il raconte leurs vies, les épreuves, le rôle de la Jeunesse agricole catholique (JAC) dans l’animation des campagnes, dans sa reconnaissance et sa fierté. Une immense nostalgie nous saisit alors. Et puis très vite les questions affluent. Comment enrayer le déclin ?  Comment faire barrage à l’effondrement d’un monde constitutif de notre ADN ?

Justement, à travers une note de la fondation qui porte son nom, Nicolas Hulot vient de jeter un immense pavé dans la marre sur le sujet ? 

Oui. Cette note dit une chose que nous tous ou presque ressentons dans nos campagnes. Les agriculteurs français et européens sont toujours plus pressés de répondre à tout un tas d’injonctions. Elles sont d’ordre normative, réglementaire, tant sur les pesticides que sur le bien-être animal. Pour autant, personne ne se soucie de savoir les conditions réelles de tous les produits alimentaires importés. 

Des importations agricoles qui sont d’ailleurs en hausse régulière ? 

Oui. Le journal Marianne y revient d’ailleurs cette semaine dans un grand dossier sur la débâcle française… Rendons-nous compte, notre excédent commercial agricole s’est réduit de 50% ces 6 dernières années. A ce rythme de décroissance, notre pays constatera son premier déficit agricole en 2023. D’ailleurs sans l’exportation de nos  vins, notre petite réserve de 6 milliards d’euros dans le positif aurait déjà basculé vers des seuils alarmants. Bref, il y a le feu. 

Les voyants sont au rouge sur tout le tableau.

Oui. Un salaire moyen frôlant les 700 euros par mois, des exportations en chute libre, des contraintes toujours plus pressantes sur le recours aux bassins de rétention pour l’irrigation, sur la méthanisation partout en France dès qu’un projet sort des bureaux d’étude, nos agriculteurs sont pris, coincés entre le marteau et l’enclume. Or c’est précisément de cela que Nicolas Hulot traite dans son rapport. Sans un nouvel ordre international, sans échanges équilibrés et loyaux, tout l’amour que nous portons au monde agricole n’est que chimères.

La clause miroir, c’est ainsi qu’il l’appelle, c’est en terme plus connu à Bruxelles, la réciprocité ?  

Pour tout dire, cela va même au-delà. Car la réciprocité s’entend surtout sur les droits de douanes. Là, il s’agirait d’être encore plus ambitieux. Toute contrainte imposée en interne, devrait l’être sur toutes les importations. Ne nous y trompons pas, ce serait un changement de système. Cela ne pourrait aller sans contrôle, qu’il s’agirait alors vraiment de démultiplier, de renforcer, de verrouiller pour combler durablement et effectivement les trous béants de notre passoire commerciale. Pour sa clause Miroir si stratégique et de bon sens, Nicolas Hulot propose une fenêtre de tirs. La présidence française de l’Union européenne au début de l’année 2022. Nous serons alors en pleine bataille présidentielle. Ô mon miroir, mon beau miroir…

Interview réalisée par Laurence Aubron

Tous les éditos d’Erwan Quinio sont disponibles juste ici

Image par Eszter Miller de Pixabay


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