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2021 : Les 150 ans de la Commune, une utopie européenne brisée – Erwan Quinio

Écrit par sur 13 avril 2021

La Commune, c’est la gauche dans l’imaginaire politique, la gauche ouvrière mythifiée par Karl Marx, la gauche mobilisée, en armes même, la gauche révolutionnaire, sacrifiée et martyre. Louise Michèle, « Le temps des cerises », la chanson consacrée à nos « plaies ouvertes », ces « cerises d’amour […] tombant […] en gouttes de sang ». Le message subliminal d’une révolution échouée, les cerises représentant les impacts de balles, des « belles » qu’il vaut mieux éviter autant qu’un amour perdu. 

Le soulèvement de Paris en 1871 sera commémoré cette année 2021. On fêtera son 150ème anniversaire. 

Oui. Un peu plus de 80 ans après 1789, 40 après la révolution de 1830, une vingtaine d’années après 1848, la fièvre ré-emporte Paris. Les communards sont alors pris entre deux feux, entre deux canons. Ceux de l’Allemagne qui n’est alors que Prusse et qui opère sous Bismark sa mue sur la débâcle française de 1870 en poussant son avantage aux portes de la capitale. Mais les parisiens doivent aussi affronter les Versaillais, d’Adolphe Thiers, association de Républicains et de royalistes, de tous ceux viscéralement opposés à l’aventure. 

Avec héroïsme, les fédérés tiendront. Jusqu’à la semaine sanglante, qui porte bien son nom puisqu’ils seront massacrés par dizaines de milliers (30 000) ou exilés encore par milliers (10 000) en Nouvelle-Calédonie pour les plus chanceux. 

En quoi, la Commune porte en elle une dimension européenne ? 

La Commune embarque avec elle Femmes et Hommes. Dans ce combat à mort, des européens s’illustrent. Ils occuperont des rôles loin d’être mineur. Parmi ces personnalités, citons le révolutionnaire hongrois Léo Fränkel qui dans une heureuse formule un historien qualifiera de «Premier ministre du Travail d’un gouvernement ouvrier». L’animateur de la Commission du Travail et de l’Échange, c’est lui. Un journaliste écrira qu’en  créant «la révolution du 18 mars il aura plus fait pour les travailleurs que jusqu’alors toutes les assemblées bourgeoises de la France depuis le 5 mai 1789». 

Je veux parler de Jarosław Dąbrowski, révolutionnaire polonais fait Général. Il meurt sur les barricades. 

Et puis il y a un Français, un peintre célèbre, Gustave Courbet et sa lettre aux Allemands et aux artistes. Celui qui sauve nos musées de la terre brûlée après avoir sans doute participé à la destruction de la colonne Place Vendôme, symbole jugé embarrassant du triomphe napoléonien. 

Revenons à sa lettre lue à l’Athénée, dans la séance du 29 octobre 1870. Elle s’adresse aux Allemands et aux artistes : « laissez-nous vos canons Krupp, nous les fondrons avec les nôtres ensemble; le dernier canon, gueule en l’air, coiffé du bonnet phrygien, planté sur un piédestal acculé sur trois boulets, et ce monument colossal, que nous érigerons ensemble sur la place Vendôme, sera notre colonne, à vous et à nous, la colonne des peuples, la colonne de l’Allemagne et de la France à jamais fédérées ». Vœux pieux, provocation. Le drapeau blanc restera dans les poches. Nous aurons 1914. Nous aurons la seconde guerre mondiale. Imaginez si la lettre avait eu plus d’impact. Imaginez l’histoire du monde si les  français comme les allemands avaient tous acquiescé !

Laurence Aubron – Erwan Quinio

Tous les éditos d’Erwan Quinio sont disponibles juste ici

crédits photo : Public domain, via Wikimedia Commons


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