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Comme le poisson, le football européen pourrit par la tête – Erwan Quinio

Écrit par sur 20 avril 2021

C’est un coup de force. Un coup de force mûri de longue date, préparé dans les plus grands cabinets d’affaires par des bataillons de consultants et juristes à la solde des plus grands clubs européens aux abois. Leur idée, une Super League Européenne. Un mini-championnat réunissant les 15 plus grands ou plutôt les 15 plus riches clubs européens qui dans une générosité fulgurante inviteraient chaque année 5 clubs à leur table de leurs réjouissances en herbe. Ne nous y trompons pas, c’est toute l’architecture du football qui s’en trouverait mise à mal.

Le football en Europe, c’est une religion. Pourquoi tant d’émois ?

Parce que justement, sous pression de salaires toujours plus délirants, le modèle européen glisse sournoisement vers un modèle qui n’est pas le nôtre, celui des ligues fermées. Fini, le petit poucet qui vient bousculer le géant aux pieds d’argile. Finie la surprise, la belle histoire, l’épopée déjouant tous les pronostics. Que veulent les gros et les puissants ? Des matchs et toujours plus de matchs dans un entre-soi toujours plus prononcé pour se gaver de droits télés, à quelques-uns.

La pression du Real Madrid, du FC Barcelone, de la Juventus Turin, du l’AC Milan, de Liverpool, Manchester United, Manchester City, Chelsea, pour une Super League Européenne sera difficile à contenir.

C’est peu de le dire. Ces gens-là n’ont et n’auront aucun scrupule. Leurs déficits sont colossaux. Tenez, rien que le Barcelone, le trou dépasse allègrement le milliard d’euros. Un milliard de dette. Dans ce contexte, c’est peu dire que les salaires de Messi et consorts sont difficilement digérables, absorbables. La Super League Européenne est donc une nouvelle fuite en avant. Sauf que pour beaucoup, c’est l’âme de la plus prestigieuse compétition européenne que l’on sacrifie. Avec la Super League Européenne, plus jamais la mythique coupe aux grandes oreilles n’aura la même saveur.

Des personnalités du ballon rond vont bien tenter de s’y opposer ?

Certainement. Du moins on peut l’espérer. L’UEFA monte au créneau et déjà menace de mesures de rétorsions. On regrette au passage la mise sur le banc de touche de Michel Platini. Mais face à ces forces financières colossales, il faudra bien plus. Sans réaction des supporters, sans révolte même des groupes constitués écœurés, notamment de tous ces clubs qui seraient de facto relégués ad vitam aeternam au statut inférieur, il n’y a rien à espérer de tangible. Je peux me tromper mais l’adrénaline du football, ce n’est pas la multiplication infinie des matchs. C’est justement le contraire. C’est la rareté. C’est l’exception. C’est le suspens d’un match aller-retour et plus encore d’un match couperet où tout se joue, lors duquel la fièvre monte et saisit les passionnés comme les amateurs d’un jour. Cette innocence-là. Du moins, ce qu’il en reste, ils sont en train de l’enterrer. Comme le poisson, le football européen pourrit par la tête.

Cécile Dauguet – Erwan Quinio

Tous les éditos d’Erwan Quinio sont disponibles juste ici

Image par Michal Jarmoluk de Pixabay


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