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L’Antisémitisme(s), au pluriel – Erwan Quinio

Écrit par sur 27 avril 2021

L’affaire Sarah Halimi sidère la France. A juste titre. Je ne reviens pas ici sur l’irresponsabilité pénale. Le débat est majeur et notre législation devrait évoluer à juste titre. Non, je reviens sur la haine antisémite qui évolue, se métamorphose et continue de nous foudroyer. Ce débat doit être conduit et perpétuellement approfondi. Son histoire racontée. On espérait que le projet d’une Europe sans juif était mort avec le nazisme. Force est de constater que l’antisémitisme lui a survécu.

Antisémitismes au pluriel. C’est d’ailleurs le titre d’un grand documentaire de France Télévision actuellement disponible en replay. Un documentaire qui montre comment cette idée a pu traverser les siècles, et comment elle demeure brûlante.

Oui. L’antisémitisme a un présent et une histoire. Un présent. Ce sont les écoliers assassinés par Mohamed Merah, c’est Sarah Halimi. C’est Mireille Knoll. Ce sont les cimetières profanés, Dieudonné and co. L’antisémitisme, c’est aussi une histoire constitutive de nos pages les plus sombres, les plus terribles. Et si l’Allemagne nazie l’a porté jusqu’au cataclysme de la Shoah, elle n’en a pas le monopole. Rappelons-nous, l’affaire Dreyfus de 1895. Capitaine valeureux et dégradé. A qui on arrache ses galons de son uniforme. Que ses frères d’armes insultent de Juda. Capitaine humilié et envoyé sur l’île du diable, en Guyane. C’est donc une histoire allemande, française, européenne et mondiale.

L’antisémitisme s’empare alors d’un pays vaincu par l’Allemagne en 1870 qui se cherche un bouc-émissaire.

Oui. Et qui se saisit de toutes les perches. Dont celle de l’antisémitisme ancré dans le Moyen-âge. Qui puise ses racines dans ses représentations les plus nauséabondes. Le nez, l’argent, la trahison, le chapeau pointu, celui qu’on impose. La France se détâche alors piteusement de son héritage révolutionnaire. Celui de 1789 qui avait héroïquement aboli plusieurs siècles de stéréotypes et instauré la citoyenneté sans distinction de race ou de religion.

Et qui revient de manière souterraine, insidieuse.

Oui. Qui revient avec Edouard Drumont en France. Qui revient dans la presse,  « La libre parole ». L’actualité traitée sous le prisme juif. On évoque alors déjà la liberté d’expression pour détruire la République. Qui revient enfin en 1940, 4 mois seulement après la déroute. Puis l’Etoile jaune et un mois après les premières déportations.

L’Etat d’Israël en 1948 est le fruit de ses déchaînements.

Oui. Les fondateurs de l’Etat d’Israël sont les fruits de cette histoire. Celle de 1895, de 1933 en Allemagne, de Vichy. La création de l’Etat d’Israël en 1948 met directement en contact les juifs de Palestine et le monde arabe. Ce sera la guerre de 67. Cet antisémitisme qui assassine et tue aujourd’hui en France, c’est le fruit de toutes ces ignorances, de toutes ces haines. Un antisémitisme d’atmosphère comme il y a un d’jihadisme d’atmosphère décrit précisément par Gilles Kepel. Un antisémitisme au pluriel donc. Et qui tant qu’il ne sera pas définitivement derrière nous, fera que ni la France, ni l’Europe ne seront vraiment à la hauteur de l’idéal républicain, ni à la hauteur de l’esprit des lumières.

Cécile Dauguet – Erwan Quinio

Tous les éditos d’Erwan Quinio sont disponibles juste ici

Image par hurk de Pixabay


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