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Immigration : « En mer, pas de taxis » – Erwan Quinio

Écrit par sur 15 juin 2021

L’été arrive en Europe. Après l’année que nous venons de vivre, les chaleurs estivales ne réchauffent pas seulement les peaux. Pour des millions de français, en première ligne comme en télétravail, l’été est synonyme de répit, de repos. De l’autre côté de la Méditerranée en Afrique, l’été est synonyme de mer plus plate, ce qui est plus propice au grand départ. Une migration de tous les dangers que décrit Roberto Saviano dans un livre militant et terriblement poignant.

« En mer pas de taxis », c’est un livre de défense du travail des ONG, un livre à charge aussi contre les propos tenus en 2017 par Luigi Di Maio, l’un des leaders du Mouvement 5 étoiles italien.

Oui. Les migrations humaines sont au cœur des débats, de toutes les récupérations aussi. Ce n’est pas simple, et dire le contraire serait un grossier mensonge. En revanche, il y a des principes qui nous précèdent et qui nous font honneur, qui font honneur au genre humain. En mer, quand une embarcation est en perdition, quand un naufragé coule, on arrête sa pêche, on stoppe l’itinéraire de sa cargaison, et on sauve les gens.

La mer a ses codes d’honneur, moraux, spécifiques et singuliers. C’est aussi que, de tout temps, nous savons qu’elle est terriblement dangereuse.

Exactement. Comme un code d’honneur qui lui est propre, tous le savent, la gifle d’une vague suffit à retourner une embarcation. En mer, les téléphones portables ne captent pas, il faut donc avoir un téléphone satellite. En mer, quand le ciel se confond à l’eau ou lorsque le brouillard tombe soudainement comme une masse informe, suivre un cap devient un exercice redoutable.

Roberto Saviano revient aussi sur l’enfer Libyen que vivent des centaines de milliers de migrants sur leur route.

Oui. Et ce qui se passe en Libye est tout simplement affligeant : prise d’otages, viols systématiques, tortures, extorsions de fonds, des familles rincées jusqu’à l’os. Dans les geôles libyennes, on sait que lorsqu’on y entre, on y sort dans un état psychologique préoccupant. Il faut imaginer l’état de celui qui endure le fait que des familles restées au pays soient contraintes de se saigner et de s’endetter de dizaines de milliers d’euros, pour libérer leur être cher. Là aussi, l’Europe ne peut pas et surtout ne peut plus fermer les yeux.

Enfin, sur le bateau, le danger est partout.

Absolument. Jambes écartées pour mieux s’entasser, il y est impossible de bouger. Le danger de chavirer angoisse. Les femmes et les enfants placés au milieu, les jeunes gens sont eux sur les boudins. Les vomissements, la peur, la panique, et ce maudit benzène qui coule des bidons d’essence en se mélangeant à l’eau, qui étourdit, qui chauffe sous le soleil de plomb et brûle les peaux. Cette réaction laissera des traces indélébiles sur tant de malheureux : « La maladie du canot » comme ils disent.

Enfin, le livre salue le travail des ONG, des militants, ces femmes et des hommes qui partent aider ou pour témoigner. Le livre salue le travail important des photographes notamment, qui par la puissance des images, rendent comptent de la situation.

Infirmiers, photographes, humanistes sont ceux qui s’engagent en mer et sur notre mer Méditerranée, notre Mare Nostrum. Ils le font comme l’écrivait Vassili Grossman dans Vie et Destin car c’est « l’histoire de l’homme » de se battre pour préserver une petite graine d’humanité.

Erwan Quinio – Laurence Aubron

Tous les éditos d’Erwan Quinio sont disponibles juste ici

© “Joe Biden” by Gage Skidmore is licensed under CC BY-SA 2.0


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