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A l’heure des “big data”, l’océan n’est pas en reste – Plongée dans les océans #1

Écrit par sur 4 octobre 2021

Cette semaine, Sakina Ayata, maîtresse de conférence en écologie marine à Sorbonne Université, inaugure sa chronique “Plongée dans les océans”. Aujourd’hui, elle nous explique comment, à l’heure des “big data”, l’océan n’est pas en reste. Mais tout d’abord c’est quoi les “big data” ?

Alors, les “big data” ce sont des mega données, des grands jeux de données si vous voulez. On les décrit couramment avec trois V : pour Volume, Vitesse et Variété. Volume, parce qu’il s’agit de très grandes quantités de données, Vitesse parce qu’elles sont acquises de manière très rapide, et Variété car elles sont de types très différents. Au quotidien, rien qu’avec votre smartphone, vous générez une grande quantité de telles données. Et à travers les messages ou les photos que vous envoyez, que vous recevez, que vous stockez sur les Cloud ou encore les sites web que vous consultez, la localisation GPS de votre téléphone… Tout cela génère des tonnes de données. Et quand on sait que 2/3 de la population mondiale utilise un téléphone portable, ça en fait de la donnée.

Et les océans dans tout ça ?

Les océans, eux aussi, génèrent de grands jeux de données ; ils sont scrutés en permanence. Il y a des satellites qui vont mesurer depuis l’espace la température, la salinité ou les courants de surface. Il y a des centaines de flotteurs profileurs qui parcourent les océans de la surface vers le fond pour mesurer des propriétés physico-chimiques, comme la température, la salinité, mais aussi la lumière, la fluorescence, la concentration de nutriments. Il y a des robots autonomes qui prennent des vidéos des fonds marins. Et puis les organismes qui vivent dans les océans sont aussi surveillés. Et l’observation de ces écosystèmes génèrent de grands jeux de données, que ce soit sur le blanchiment des coraux, à travers les données satellites, sur la présence des bancs de poissons, ou encore sur la morphologie du plancton qui est enregistrée sur des caméras miniatures.

Et le plancton, peut-on expliquer ce que c’est réellement ?

Alors, la définition du plancton c’est : l’ensemble des organismes qui flottent dans l’eau, et qui ne peuvent pas nager contre les courants. Donc ça regroupe, par exemple, les algues microscopiques qui produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons. Mais aussi les méduses, les bébés poissons, les bébés huîtres.

Donc ce plancton a aussi ses “big data” ?

Oui, tout à fait, car grâce à l’utilisation de ces caméras miniatures ou ces scanners à plancton, on a pu prendre en photo plus de 160 millions d’organismes planctoniques à travers l’ensemble des océans du globe. Et pour 70 millions de ces images, on a même pu identifier de manière automatique, et à l’aide d’outils qui viennent de l’intelligence artificielle, de quel type de plancton il s’agissait. Puis un autre exemple, grâce aux expéditions Tara Oceans, cette goélette qui sillonne les océans, plus de 35 000 échantillons ont été prélevés et le séquençage d’ADN ou d’ARN récolté a conduit à l’identification de plus de 116 millions de gènes.

Alors, 116 millions de gènes ça fait beaucoup quand même là.

Oui, en effet. Et pour la moitié, on a aucune idée de ce qu’ils font ni à qui ils appartiennent. Il y a donc encore beaucoup de choses à découvrir avec ces “big data” du plancton. Comme des nouvelles espèces, et puis, peut-être, certaines pourraient produire de nouvelles molécules qui pourraient devenir des médicaments pour demain.

Au final, Sakina, à quoi servent ces gros jeux de données sur le plancton marin ?

De telles données qui concernent aujourd’hui l’ensemble des océans du globe, sont uniques. Parce qu’auparavant les données étaient acquises de manière parcellaire et localisée. Et donc, grâce à ces données qui couvrent l’océan du globe, c’est vraiment une opportunité unique pour mieux comprendre le fonctionnement des océans et des écosystèmes marins à l’échelle mondiale. Et donc ces données sont indispensables si on veut quantifier l’impact du changement climatique sur les océans. Ou si on souhaite informer les décideurs pour définir des quotas de pêche durable. Ou encore définir des aires marines protégées, qui vont permettre de protéger la biodiversité marine.

Interview réalisée par Laurence Aubron

Image par Welcome to all and thank you for your visit ! ツ de Pixabay


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