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Les féminismes européens face aux fascismes

Écrit par sur 11 novembre 2021

Le Laboratoire d’Innovation Pédagogique sur l’Europe (LIPE) propose, de manière accessible, des approches transversales de l’histoire européenne du genre, des guerres, de l’art, des circulations et des réseaux, des grandes idéologies et débats politiques.

Le LIPE vous donne rendez-vous pour la chronique Europe in a soundbite tous les jeudis à 8h sur euradio.

Quelle est la place des femmes dans les régimes totalitaires ?

Les régimes totalitaires qui se mettent en place en Europe durant l’entre-deux-guerres prennent appui sur différentes peurs sociales : les discours sur la décadence, idée qui imprègne fortement les pays qui, comme l’Allemagne, ont perdu la Première guerre mondiale, mettent en cause notamment la féminisation de la société qui ferait craindre une « confusion des sexes ». Il faut rappeler que, concomitamment, les féministes obtiennent des succès en matière d’égalité civique (le droit de vote est accordé aux Allemandes en 1918) : cela n’est pas étranger aux réactions des régimes fascistes, l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou l’Allemagne, en faveur du respect de l’ordre de genre traditionnel. L’idéologie fasciste s’appuie sur une conception masculiniste de la nation et de l’autorité et renvoie les femmes dans l’enceinte du foyer, à leur rôle d’épouse et de mère, d’où l’adoption, dans ces pays, de mesures natalistes et répressives.

Comment réagissent les féministes ?

Les féministes tardent à réagir dans un premier temps. Dans leur ensemble, les grandes organisations féministes internationales, comme la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL), qui avait été constituée à La Haye en 1915, semblent comme prises de court, et continuent de défendre la paix plutôt que de s’opposer à la montée des fascismes.

Certaines parfois se laissent séduire par le discours fasciste qui survalorise la maternité : c’est le cas notamment d’un courant du féminisme dit « essentialiste », qui réclame des droits pour les femmes au nom de leur fonction maternelle. Des féministes se rapprochent donc du parti fasciste en Italie ou national-socialiste en Allemagne. Ceux-ci n’hésitent pas par ailleurs à instaurer et contrôler des organisations féministes, comme la Sección Femenina en Espagne, pour servir à lutter contre les avancées obtenues par le mouvement féministe avant leur accession au pouvoir.

N’y a-t-il aucune opposition aux fascismes dans les rangs féministes ?

Si bien sûr. Mais cette opposition se fait souvent dans la clandestinité, car les organisations féministes ont été dissoutes. Et surtout l’engagement féministe passe souvent au second plan dans les réseaux de résistance antifascistes. Néanmoins, le milieu des années 30 est marqué par un sursaut des féministes : c’est d’abord la création à Paris en 1934 du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, dont la section française, dirigée par Gabrielle Duchêne, atteint 200 000 membres. Ce comité dénonce ouvertement le caractère antiféministe du fascisme et la barbarie nazie. Enfin, à partir de 1936, la guerre d’Espagne constitue un tournant : certaines intellectuelles féministes, comme Simone Weil, prennent fait et cause pour la République ; le Comité mondial des femmes vient en aide aux réfugiés et appuie les Brigades internationales. Mais en 1938, les féministes se trouvent à nouveau démunies face au risque d’une nouvelle guerre mondiale.

Europe in a soundbite sur les féminismes européens a été réalisé par Mercedes YUSTA RODRIGO. Retrouvez-nous sur www.ehne.fr.


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