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Voyager, avec Sylvain Tesson et Vincent Munier – L’édito d’Ulysse Guttmann-Faure

Écrit par sur 3 mars 2022

Cette semaine vous ne souhaitez pas restreindre le cadre de votre chronique à un pays pour nous parler de voyage. 

L’hiver se prolongeant et les vacances scolaires étant maintenant bien entamées, je me suis donné pour mission de les prolonger à tout prix… Et  vous avez compris où je voulais en venir : quoi de mieux que de voyager pour prolonger, ou  entamer d’ailleurs, bon courage à celles et ceux n’étant pas en congés, les pauses de la vie  quotidienne. 

Et pour nous parler de voyage, vous souhaitez entamer par un film sorti à la fin de l’année dernière, « La Panthère des neiges ». 

« La Panthère des neiges » est au croisement du documentaire et de la leçon de vie.  Pendant une heure et demi qui paraitra 10 fois moins, on suit la folle aventure d’aventuriers  modernes à la recherche de l’animal éponyme, aventure menée par le talentueux photographe  Vincent Munier, et commentée par le romancier et également homme de radio Sylvain Tesson. Le  film est grandiose, de l’animalier de qualité comme on en fait peu. Le récit agréable, les photos  magnifiques, sans même que l’on ait besoin d’être photographe. Embarqués, on le reverait une  deuxième fois pour prolonger ce voyage dans les hautes montagnes enneigées du Tibet. Et chanceux  que nous sommes, le film est encore à l’affiche et disponible dans la plupart des cinémas, 3 mois  après sa sortie.  

Vous nous conseillez donc, Ulysse Guttmann-Faure, d’aller au cinéma comme  prolongement des vacances ?

Ce serait évidemment un conseil pertinent, d’autant que les salles de cinéma, notamment  les salles indépendantes, ne se sont pas tout à fait remises des fermetures covid. Mais j’aimerai aller  plus loin : je conseille le cinéma, mais plus globalement la culture pour s’évader. Et en terme de  culture, chacun sera ravi d’apprendre que le film « La Panthère des neiges » est initialement un livre  de Sylvain Tesson, livre du même nom se faisant le récit de l’expédition, et carnet de note de  l’écrivain. Celui-ci a même été plus récemment republié avec les images de Vincent Munier. Des  images à couper de souffle, des habitants non humains trouvés dans ces espaces, de la vie en dehors  des hommes, donnant à voir la nature et le paysage dans toutes leurs beautés. Cinéma, livres, même  des photos pour voyager : vous pouvez être transportés sans bouger de chez vous. 

D’autant, Ulysse Guttmann-Faure, qu’il y en a pour tous les gouts du côté des œuvres  de Sylvain Tesson ? 

Disons que celui-ci a eu une vie bien remplie. Evidemment, les récits de voyages sont très  nombreux, de part l’Europe et au delà à l’Est. Abolies les frontières, ses mots seront plus efficaces  que les accords de Schengen. Mais Sylvain Tesson a également multiplié les nouvelles, nourries  évidemment par ce qu’il appelle ses errances. Et à côté des nouvelles, les essais. Sur Notre-Dame de  Paris comme auprès d’Homère, par exemple. Ou bien auprès du prodigieux poète Arthur Rimbaud  dans « Un été avec Rimbaud ». On le suit lorsqu’il quitte son Ardenne natale, qu’il découvre  l’Angleterre ou encore la Belgique ; on le sait mystérieusement à Paris, en Allemagne, en Italie, à  Chypre et pour finir en Afrique. C’est une échappée rythmée de poèmes. Et de poèmes, permettez  moi d’en lire un début, chanson des forets et des champs : 

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, 

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : 

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. 

Je laisserai le vent baigner ma tête nue. (…) » 

Et pour celles et ceux ayant besoin de vivre ces voyages, sans médium intermédiaire,  ni mots ni images, que peuvent nous apprendre Sylvain Tesson et Vincent Munier ?

Beaucoup de choses, vous vous en doutez, mais permettez moi de n’en retenir que deux. 

La première, est une sorte d’ode à la patience. Prendre le temps de vivre et d’apprécier. Prendre le  temps d’attendre, comme le photographe dans son affut. Prendre le temps de voir le beau, ce beau  qui est partout, même à côté de chez nous. Dans « Petit traité sur l’immensité du monde » de  Sylvain Tesson, que je vous encourage à parcourir, l’auteur en appelle à une nouvelle forme de  nomadisme, développe son concept du « Wanderer », mot allemand pouvant se traduire au sens  propre par « voyageur », « touriste », « excursionniste ». Il évoque le voyageur sans attache, qui  n’attend rien du monde, mais se contente de le parcourir, de faire la route, solitaire, soumis aux  besoins de son corps et sans « rien attendre du chemin qu’il emprunte ». Le voyageur qui constate,  et qui apprécie.  

La seconde leçon est qu’au delà de la patience, nul besoin de traverser la terre pour découvrir le  monde. Orelsan écrit « Au fond, j’crois qu’la Terre est ronde / Pour une seule bonne raison / Après  avoir fait l’tour du monde / Tout c’qu’on veut, c’est être à la maison ». Tesson nous dit exactement la  même chose. Dans ses mots comme dans les images de Munier, on retiendra cet intérêt du proche.  Issu des Vosges où il fait ses premières armes, le photographe rappelle un fondamental : l’herbe  n’est pas moins verte ici que chez le voisin.  

Alors voyageons et parcourons le monde, par les arts ou en direct, à l’autre bout de la planète  comme en bas de chez soi.  

Allez voir « La Panthère des neiges » et prolongez vos vacances, voyagez, et voyagez aussi en bas  de chez vous.  

Ulysse Guttmann-Faure, c’était votre chronique hebdomadaire, consacrée cette  semaine au voyage autour des aventures du Photographe Vincent Munier et de l’écrivain Sylvain  Tesson. Et si vous ne l’avez pas encore vu, le film « La Panthère des neiges » est encore en salle,  nous l’avons bien noté ! Merci Ulysse, à la semaine prochaine !


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