L'édito d'Ulysse Guttman-Faure

Patrick Zaki - L'édito d'Ulysse Guttmann-Faure

Patrick Zaki - L'édito d'Ulysse Guttmann-Faure

Ulysse, il y a quelques jours se tenait, en Egypte, le procès d’un chercheur-étudiant, militant des droits humains… Un procès qualifié de politique, vivement dénoncé par les associations comme Amnesty International, et qui a ému jusqu’en Italie, où Patrick Zaki étudiait. 

Tout à fait! Et puisqu’il s’agit de la  vie d’un homme, nul besoin d’installer un faux suspens : après de très nombreux épisodes, Patrick  Zaki a appris il y a quelque jour,… que son procès était une énième fois reporté, au 21 juin cette  fois. 

Le tort de cet étudiant en Master Erasmus à l’Université de Bologne en études sur les femmes et le  genre ? Avoir écrit sur la minorité copte dont il fait partie, plus importante minorité chrétienne du  Moyen-Orient représentant 10 à 15 % des 102 millions d’Égyptiens. En 2019, il publie dans un  journal en ligne un article où il raconte une semaine de violations des droits des coptes. Il n’en fallu  pas plus pour que le pouvoir délivre un mandat d’arrêt à son encontre et l’accuse, je cite et la liste  est longue, de : « diffusion de fausses nouvelles visant à porter atteinte à la paix sociale »,  « incitation à la protestation sociale sans autorisation », « incitation à commettre des actes de  violence et de terrorisme », « gestion d'un compte social qui fragilise la sécurité publique » et  « appel au renversement de l'État ». Des accusations jugées risibles et mensongères par les ONG et  observateurs indépendants mais lui faisant encourir une peine pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison. 

Et en parlant de prison, l’égyptien d’à peine 30 ans aujourd'hui y a passé près de deux  ans, et subit les pires traitements… 

C’est effectivement ce qu’ont dénoncé les soutiens de Patrick Zaki, celui-ci ayant été battu  et torturé par décharges électriques… Mais avant cela, reprenons le fil de notre récit. Alors qu’il  retournait dans son pays d’origine pour une courte visite à sa famille comme n’importe quel  étudiant, ce dernier est arrêté à son arrivée à l’Aéroport du Caire par la tristement célèbre Agence de 

sécurité nationale égyptienne, service de sécurité spécialisé dans les affaires politiques et de  terrorisme, recourant sans honte aux plus affreuses pratiques. Le mandat d’arrêt était secret et  l’étudiant ignorait ce qui l’attendait.  

Son interrogatoire rappelle que les plus sombres heures de notre histoire peuvent toujours être  d’actualité : pendant 24h, il est injoignable. Il est amené dans un endroit tenu secret, sorte de zone  de non droit, où, les yeux bandés et les mains attachées, tout est mis en œuvre pour le briser sous  prétexte de l’interroger sur ses activités concernant les droits humains. À son retour, il a le corps  meurtrit… et n’est pas au bout de ses peines. À peine a t’il retrouvé sa famille qu’il est placé en  détention provisoire, pour 15 jours initialement, qui seront prolongés sans compter. Finalement, ce qui devait être 5 jours de vacances en famille se transformeront en 22 mois, oui 22 mois de détention sans procès.  

Et cette situation est considérée comme symptomatique des agissements du régime  politique en place en Égypte, n’est-ce pas? 

Malheureusement oui. Pendant les trente ans de règne de l’autocrate Hosni Moubarak, de  1981 à 2011, les libertés étaient déjà fort restreintes pour les intellectuels et militants des droits  humains. Elles ont encore diminué depuis 2014 et l’arrivée au pouvoir du président Abdel-Fattah al Sissi. Les autorités mènent en effet une impitoyable répression contre les universitaires,  journalistes, artistes, syndicalistes et autres militants politiques, portant à au moins 60 000 le  nombre de prisonniers politiques depuis l’arrivée au pouvoir d’al-Sissi en 2014 selon les  organisations observatrices. 

Aujourd’hui, l’Égypte occupe les derniers rangs du classement des libertés universitaires dans le  monde, aux côtés de l'Arabie saoudite, de la Turquie ou de la Chine. Dans le dernier classement  RSF sur la liberté de la presse, elle réussit l’exploit de se retrouver juste après la Libye, ou encore la  Russie et l’Irak. 

Et aujourd'hui Patrick Zaki est en liberté surveillée, le soutien international reçu  n’ayant conduit qu’aux reports de ses procès sans, pour le moment, d’abandon des charges. 

Absolument. Le procès du 5 avril, qui devait d’ailleurs se tenir le 6 mais a été avancé d’un  jour en urgence, n’a débouché que sur un nouveau report, le 5ème depuis son arrestation. Une  nouvelle audience est fixée au 21 juin, sans possibilité pour l’étudiant-chercheur de retourner en  Italie, et toujours devant une cour d’exception dont les jugements ne sont pas susceptibles d’appel.  

Et puisque je parlais d’Italie, c’est de ce pays qu’est venu le soutien le plus massif. Et pour cause,  Patrick Zaki était considéré comme un étudiant de l’Université de Bologne comme un autre, ou  plutôt, à part entière. Décrit par ses amis comme une personne au grand cœur et doté d’un grand  sens de l’humour, c’est l’ensemble de la communauté universitaire qui s’est mobilisée : douze  universités italiennes ont signé une lettre aux autorités égyptiennes appelant à la libération de  l’étudiant, suivies par la respectée conférence italienne des recteurs qui s’est directement adressé au  Président Égyptien. Du côté de l’Université de Bologne, nombreux ont été les camarades et  enseignants à prendre la parole et dénoncer l’emprisonnement et le traitement d’un des leurs. Et en  France, citons par exemple l’EHESS. 

Sur un plan national et européen quelques voix sont aussi se sont élevées, de l’ancien président du  Parlement Européen David Sassoli qui a déposé deux enquêtes parlementaires, au chef du  gouvernement Mario Draghi, en passant par l’adoption au Sénat d’une motion demandant au  président Mattarella de reconnaître la citoyenneté italienne à Patrick Zaki pour « raisons  particulières ».  

Le procès devrait donc, sauf nouveau report ou rebondissement, avoir lieu le 21 juin  prochain… Nous essayerons de vous en faire un récit sur Euradio en fonction des informations  disponibles, n’est ce pas Ulysse ? 

Ce sera en effet important ! Pour conclure, j’aimerai reprendre les mots d’une professeur à  l'université de Bologne et la citer : « Patrick est un jeune homme brillant et capable, très généreux  et très gentil aussi, mais là n'est pas la question. L'Université avait le devoir et le droit de demander  justice pour l'un de ses étudiants. Patrick est un citoyen égyptien, mais il est aussi un étudiant  italien de l'Université de Bologne et donc un étudiant européen ».