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Albrecht Sonntag – l’Europe n’existe pas !

L'édito du jeudi 24 January 2019

L’édito d’Albrecht Sonntag, de l’ESSCA Ecole de Management, à Angers. Vous m’avez annoncé un vrai scoop pour aujourd’hui. Alors dites-moi, de quoi s’agit-il ?

C’est tout simple : L’Europe n’existe pas. On nous a mentis. J’en ai la preuve.

Comment ça, « n’existe pas » ? Expliquez-moi cela.

Simon, on vous a raconté qu’en mai 1950, le Ministre des affaires étrangères, Robert Schuman, a fait une déclaration dans laquelle il a proposé la création d’une communauté européenne du charbon et de l’acier sous l’égide d’une haute autorité supranationale qui serait à inventer. Vous me suivez ?

Ben, oui. Bien sûr. Tout le monde le sait.

Eh bien, détrompez-vous. C’est ce qu’on nous a fait croire. En fait, cela m’a toujours paru suspect, cette histoire. Trop bizarre. J’ai fait une recherche, notamment sur Facebook, et en fait, la Déclaration Schuman n’a jamais eu lieu. Il était certes prêt à la faire, sur la base du texte rédigé par Jean Monnet, mais il en a été empêché, à la dernière minute.

Tout est parti d’un tweet rageur du leader de l’ « Alliance Nationale », le parti de l’opposition, qui révélait ce que le gouvernement avait tramait en cachette. Le message, tout en majuscules « COMMENT LE TRAÎTRE SCHUMAN TROMPE LE PEUPLE – LES MINEURS ET LES OUVRIERS SIDÉRURGISTES VENDUS AUX ALLEMANDS !!! » devint aussitôt viral.

En même temps, une vidéo d’origine anonyme fut téléchargée sur YouTube, montrant un montage de Jean Monnet en visite à Londres, à Washington, puis à Bonn. Les images étaient assorties d’un commentaire sur le complot ourdi par ce « mondialiste apatride », lobbyiste à la solde des élites industrielles. Partagée sur une multitude de pages Facebook et de groupes Whatsapp, elle fut visionnée des centaines de milliers de fois en quelques jours.

Sur les plateaux des chaînes d’information continue, la polémique faisait rage. Les débats entre experts et dirigeants politiques virèrent vite à la condamnation totale et entière de cette initiative farfelue et dangereuse du gouvernement. Un commentateur célèbre s’écria : « Une communauté supranationale du charbon et de l’acier ! Et quoi encore ? Demain, ils vont nous sortir un marché unique, puis l’ouverture des frontières, et tant qu’on y est, pourquoi pas une monnaie commune ! »

Sondage après sondage, le taux de popularité de Monsieur Schuman s’effondrait. Chiffres à l’appui, les enquêteurs démontrèrent la méfiance des Français envers ses leaders politiques qui s’apprêtaient à brader le modèle social français et toute sa culture industrielle.

Le coup de grâce fut donné par le verdict d’un des éditorialistes les plus en vue pour qui « cette soi-disante proposition de Monsieur Schuman » n’était rien d’autre que « le triomphe définitif des marchés financiers et de l’ultra-libéralisme, préparé de longue date par des technocrates non-élus de la trempe de Monsieur Monnet ».

Devant les manifestations spontanées dans plusieurs villes réclamant la démission immédiate du gouvernement, ainsi qu’une pétition en ligne initiée par le mouvement « France souveraine » et signée par des dizaines de milliers de citoyens en colère, le gouvernement finit par abandonner son projet néfaste et annula la conférence qui devait avoir lieu le 9 mai 1950 au Quai d’Orsay.

C’est ainsi que l’Europe a failli voir le jour. On a frôlé la catastrophe, mais heureusement, les circonstances ont permis d’éviter le pire.

Mon cher Albrecht – vous ne seriez pas en train de vous moquer de nos auditeurs en nous racontant n’importe quoi ?

Mais non ! Je ne fais que présenter des « vérités alternatives », comme on dit désormais.

En fait, j’ai simplement répondu à une question que je pose parfois à mes étudiants : si l’Union européenne n’existait pas et que nos leaders politiques voulaient la fonder aujourd’hui, arriveraient-ils seulement à en faire le premier pas ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Message reçu, Albrecht. Vous nous donnez une raison de plus de défendre ce qui a été acquis, tâche à laquelle s’emploie Euradio tous les jours. On vous retrouve la semaine prochaine ?

Oui, avec plaisir. Sans vérités alternatives et sans histoires « fake », c’est promis.

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