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Autriche Vague Verte et Extreme Droite : l’édito de Viviane Gravey

Edito Viviane Gravey 30 September 2019

[PODCAST]

Elections autrichiennes – vague verte et recul de l’extrême droite.

Alors que les pays européens font face à la montée de l’extrême droite et à une normalisation de propos racistes de plus en plus outranciers – comme nous avons pu le voir au Royaume-Uni, où Boris Johnson compare sans problème les femmes musulmanes portant un voile intégral à des boites aux lettres et des cambrioleurs ou en France, avec la décision de LCI de diffuser en son intégralité la Convention de la Droite, notamment le discours d’Éric Zemmour malgré sa condamnation à incitation à la haine raciale – un petit pays semble faire de la résistance.

Ce petit pays ne peut pas être présenté comme résistant ‘encore et toujours’ à la montée des extrêmes, car il avait jusqu’à peu l’extrême droite au pouvoir, ce qui rend ses récentes péripéties électorales d’autant plus intéressantes. Les avancées de l’extrême droite ne sont pas inéluctables – et elles peuvent avoir la vie courte. Ce petit pays, c’est l’Autriche. 

Dimanche en Autriche c’était jour d’élection anticipées pour le parlement. En cause ? Le scandale Ibiza, et son impact sur la coalition droite-extrême droite au pouvoir. 

Le scandale ibiza ?

 En mai dernier, deux médias allemands diffusaient une vidéo montrant le vice-chancelier autrichien, du parti d’extrême droite FPÖ (Parti de la Liberté d’Autriche) en pleine discussion avec une femme se présentant comme nièce d’un oligarque russe. Lors de ces discussions arrosées, Heinz-Christian Strahe parait promettre de lucratifs marchés publics en échange de financement (non-autorisé) de campagne électorale. 

Ce scandale provoque alors la fin de la coalition entre le parti populaire autrichien (de droite, mené par le chancelier Sebastian Kurz) et son partenaire d’extrême droite. Il provoque, à court terme, une remontée fulgurante des Venga Boys dans les charts autrichiens – leur chanson ‘We’re going to Ibiza’ devient l’emblème de la mobilisation populaire en réaction au scandale. A moyen terme, des élections sont organisées, elles ont eu lieu hier.

Quels sont les résultats ? 

Les élections d’hier ont deux grands perdants, l’extrême droite (-10%), tombant de 26% à 16% des voix et les sociaux-démocrates (-5%) tombant à 22%. Le parti du chancelier Sebastian Kurz gagne près de 6%, et arrive à 37%. Les verts autrichiens gagnent de leur côté 10% et signent, avec 14% des voix, leur retour au parlement autrichien.  Les verts autrichiens, on s’en rappelle, avaient gagné contre l’extrême droite lors de la présidentielle de 2016. Les verts, connus au-delà de leur ambition sur le changement climatique pour leurs positions anti-corruption, marquent donc la progression la plus impressionnante hier.

Aucun parti n’ayant obtenu de majorité (comme d’habitude en Autriche), il est maintenant temps de penser coalition. Sebastian Kurz a maintenant trois options : faire coalition avec les sociaux-démocrates, cette grande coalition traditionnelle mais qui pour beaucoup d’Autrichiens rime avec immobilisme et stagnation. Revenir aux affaires avec l’extrême droite – alors que le scandale Ibiza les a affaiblis et permis à la droite autrichienne de s’en affranchir en partie. Ou enfin, faire coalition avec les verts. Si cette coalition peut paraître saugrenue, verts et conservateurs travaillent ensemble en Allemagne dans plusieurs Länder.

Quelles conséquences du vote au niveau européen ?

Les conséquences du vote autrichien dépendront pour beaucoup du choix de coalition – et du succès de celle-ci. Mais on peut déjà dégager deux pistes. Une, pour la reconfiguration de la gauche en Europe, l’autre, pour la nouvelle commission européenne. 

Les résultats autrichiens viennent alimenter une fois de plus ‘la vague verte’ – cette montée dans les sondages et dans les résultats électoraux des verts dans de nombreux pays européens, et ce souvent au dépend de la social-démocratie traditionnelle. A 14%, les verts autrichiens restent le deuxième parti de gauche, et quatrième parti.  Toutefois, chez leurs voisins allemands, les verts sont maintenant en deuxième position, avec 23% d’intention de vote, ils sont seulement 4% derrière la CDU d’Angela Merkel. Avec 9% d’avance sur les sociaux-démocrates les verts sont désormais le premier parti de gauche Outre-Rhin.

L’autre conséquence est bruxelloise. Entre la nouvelle coalition italienne, qui, elle aussi, met de côté l’extrême droite, et les résultats autrichiens, on assiste à une recomposition des forces au niveau européen – et une nouvelle isolation des gouvernements populistes en Pologne et Hongrie. Au lendemain des élections autrichiennes, l’Europe est un peu moins à droite, un peu plus verte – la balle est maintenant dans le camp des institutions européennes – à elles désormais de soutenir des politiques prenant ces changements en compte. 

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