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Erwan Quinio – l’UE est et sera-t’elle néolibérale ?

L'édito du vendredi 16 November 2018

Europe ‘s coming – 6èmeépisode « Brexit ou pas Brexit : l’Union européenne est et sera-t’elle néolibérale ?

Bonjour Simon,

Aujourd’hui en Angleterre, on ne parle que d’Europe et de l’Union européenne. Certains avec rancœur, et d’autres espérons-le avec une dose de nostalgie. A notre tour, on peut s’interroger sur ce que pensent majoritairement les européens sur le continent. Que pensent-ils de ce départ, de ce divorce anglais ? Leur présence était-elle une chance ? Sans ces derniers, les libéraux européens seront-ils toujours aussi dominants ? Le marché libre et non-faussée sera-t-il toujours l’apha et l’oméga de la pensée économique européenne ?

On connaît la critique, elle est répétée en boucle depuis le Traité de Maastricht : l’Europe est néolibérale.  Elle a servi les banques et les marchés avant les peuples. Et sur le continent, nombreux sont ceux qui pensent à voix basse que nous le devons  à l’entrée du Royaume-Uni en 1973. Mais les anglais ne sont pas les seuls à faire du marché une valeur cardinal. Il ne faut pas le nier, une partie de nos dirigeants et élus européens sont et resteront des adeptes de la main invisible. Cette célèbre main toute puissante sur les marchés qui à la longue ferait de l’intérêt de l’un, l’intérêt des autres. C’est ce qu’Élie Halévy appelle l’« harmonisation naturelle des intérêts ». Elle est théorisée par l’économiste écossais Adam Smith dans son célèbre livre « La richesse des nations » paru en 1776 et en 2018, on pourrait résumer son idée par le marché, rien que le marché. Et oui, 242 ans plus tard en Europe, avec les anglais ou sans eux, le néolibéralisme a toujours ses partisans.

Cette pensée est-elle vraiment en œuvre au niveau de l’Union européenne. Comment est-elle soutenue politiquement ?

Les dirigeants actuels affirmeront que non. Que depuis la crise de 2008, l’Union européenne a mis en œuvre une quarantaine de réglementations sensées protéger les citoyens européens contre les incidents de marché. Mais pour beaucoup de personnes cela ne suffit pas. L’Europe ne prend pas les décisions qui s’imposent. Pire, dans l’agriculture, les transports, les services publics, la santé, le logement, la distribution d’eau, les néolibéraux s’organisent pour supprimer les dernières règles et les dernières protections. C’est un débat légitime. De Manuel Barroso au célèbre commissaire européen irlandais Charlie McCreevy, le marché intérieur devait se suffire à lui-même. En poste de 2004 à 2010, il exhorte ainsi l’Union européenne à ne rien faire qui entraverait un temps soit peu la règle d’or néolibérale. Nous n’avions rien à craindre des excès du marché pensait-il. En somme, et pour le dire plus prosaïquement, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Les salariés européens n’avaient qu’à s’adapter. Avant son passage à la Commission européenne, c’est à ce Charlie Mc Creevy que nous devons le dumping fiscal irlandais. En poste au ministère de l’Economie et des finances, c’est à lui que nous devons la baisse drastique de l’impôt sur les bénéfices des sociétés irlandaises. L’Europe était donc prévenue. Mais en Europe, ce dernier su trouver des alliés. Et une force politique capable de le soutenir : l’ALDE, l’alliance des démocrates et libéraux européens. Si on y trouve de nombreux proche de la social-démocratie, le néolibéralisme y a aussi ses partisans. Et souvent, il faut le dire, ces derniers ont joué contre l’Europe.

La main invisible n’est pas si puissante que cela ?

Au contraire, elle est trop puissante. On l’a vu quand ayant supprimer les monopôles publics, certaines entreprises privées s’entretuant sans pitié se sont acharnés à reconstituer des monopôles privés. La main invisible sans loi conduit à des catastrophes. Il en est évidemment de même dans l’agriculture. Quand la demande des consommateurs diminue, on ne débranche pas une vache. Tout ceci pour dire que le néolibéralisme est l’une des raisons explicatives de la colère des citoyens européens. Et avec ou sans nos amis anglais, ce débat doit se poursuivre. D’ailleurs, les libéraux et démocrates européens sont en plein brainstorming comme on dit. Le rapprochement actuel avec les français de « La République en Marche » d’Emmanuel Macron fait naitre de nouvelles questions. Tôt ou tard, ils doivent par exemple choisir de garder ou pas les libéraux allemands du FDP, dont la tendance néolibérale n’est pas un secret, ou peut-être opter pour un rapprochement avec les « Grünen ». Les verts allemands sont sans aucun doute beaucoup plus pro-européens. Derrière ces jeux d’alliances, prenons-en conscience, ce sont des choix stratégiques pour les futures politiques économiques, agricoles et environnementales qui seront mises en place. Plus que les anglais, c’est bien le néolibéralisme anglo-saxon qu’il est temps de faire sortir !

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