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Viviane Gravey – Eurosceptiques un jour, eurosceptiques toujours ?

L'édito du lundi

Eurosceptiques un jour, eurosceptiques toujours ? Les médias britanniques dans la tourmente du Brexit.

Quand on parle Euroscepticisme et Royaume-Uni, on ne peut manquer de parler du rôle des médias. Depuis les unes rocambolesques du tabloïd le Sun – qui nous a donné entre autres ‘Chirac est un ver’ en 2003 et ‘Up Yours Delors’ (c’est-à-dire, va te faire voir Delors) en 1990 ; jusqu’aux frasques de Boris Johnson dans sa période de correspondant du Telegraph à Bruxelles (qui inventa un nombre improbable de scandales), les journaux britanniques ont longtemps fait leur beurre de faits divers européens – supposés comme avérés.

Le Daily Mail, deuxième quotidien le plus lu au Royaume-Uni (derrière le Sun) a pendant très longtemps été ainsi anti UE. Depuis le referendum, ce positionnement s’est mué en une hostilité forte à toute remise du Brexit. La nouvelle marotte du journal – en plus de s’en prendre à l’UE, il faut s’attaquer aux Remainers, ces partisans du maintien du Royaume Uni dans l’Union.

Ainsi, le journal, prenant un virement stalinien, a traité les juges de la Cour Suprême d’’ennemis du peule’ quand ils ont demandé au gouvernement de faire voter le parlement sur le début des négociations avec l’UE. Et en Avril 2017, il a encouragé Theresa May à ‘écraser les saboteurs’ ‘Crush the Saboteurs’. Cette hostilité du Daily Mail envers la chose européenne était clairement encouragée par son éditeur en chef, Paul Dacre, aux manettes du journal depuis 1992

Or Paul Dacre a quitté très récemment son poste, à la fin de l’été.  

Le Daily Mail sans Dacre est-il en train de changer d’avis ?

Le Daily Mail n’est pas devenu du jour au lendemain un grand ami de l’Europe. Mais depuis l’arrivée de Geordie Greig il y a quelques mois, il s’est fait bien plus critique du gouvernement. Cette semaine, le journal a passé un nouveau cap : s’en prendre frontalement à une des figures clefs, et controversées, des Brexiteers : Arron Banks. Si on connait en France le nom d’un Nigel Farage ou d’un Boris Johnson, Arron Banks est bien moins connu. Jamais élu, Banks a longtemps été un généreux donateur pour le parti de Farage, UKIP, puis pour la campagne du Leave – avec la plus grosse contribution personnelle de l’histoire politique britannique, à hauteur de 8 millions de livres sterlings.

Pourquoi le Daily Mail s’en prend -t-il à Banks ?

Depuis des années maintenant, un petit nombre de journalistes Britanniques, Carole Cadwalladr de l’Observer, et l’équipe d’OpenDemocracy.net essaie, entre autres, de comprendre d’où vient l’argent ayant financé la campagne pour la sortie de l’UE, en particulier la donation de Banks. Leurs nombreux articles permettent de douter que sa compagnie d’assurance ait fait des bénéfices suffisants, quant à ses mines à diamant dans le sud de l’Afrique, la possibilité géologique qu’elle puisse donner des diamants est aussi remise en question.

Si Arron Banks aime présenter ces articles comme une cabale journalistique – il s’en prend particulièrement et très fréquemment à Cadwalladr sur Twitter – les autorités britanniques commencent à s’en mêler. Cette semaine, la National Crime Agency, agence du gouvernement pouvant s’auto-saisir en cas de crimes graves, a ouvert une enquête.  

Et c’est en réponse à ces révélations que le Daily Mail a démontré l’ampleur de son revirement. Le journal révèle qu’en 2016 Theresa May, alors ministre de l’intérieur, aurait refusé à un autre service de sécurité britannique toute autorisation pour enquêter sur les finances de Banks. Et fait sa une en se demandant si les 8 millions si généreusement donnés par Banks n’était pas d’origine russe.

Cette attitude plus critique envers le Brexit est elle répandue dans les autres médias ?

Le monde médiatique britannique est profondément divisé sur la manière de traiter le Brexit, que ce soit les journaux privés ou les chaines télés, tant privées que publiques.  Ainsi la BBC est attaquée de toutes parts : trop Remain pour certains, trop Leave pour d’autres. Beaucoup s’émeuvent des sympathies pour le Brexit de ses présentateurs vedettes, tant à la radio qu’à la télé. Et le fait que Banks était l’invité de marque de l’émission politique dimanche matin (the Andrew Marr Show) n’a fait que ranimer ce débat. Mais si ces médias sont critiqués de toutes part – à tort, ou à raison – il est encore trop tôt pour savoir si les lecteurs du Daily Mail suivront son nouvel éditeur ou s’ils iront voir ailleurs ; et si téléspectateurs et auditeurs sont réellement prêt à déserter la BBC. Quant à Arron Banks ? Telle est sa déception avec la manière dont May mène le Brexit qu’Il a profité de son interview en prime time pour annoncer que si le référendum avait lieu aujourd’hui il voterait Remain.

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