Nantes

by Euradio

Current track

Title

Artist

Current show

Bechamel Chacha

22:00 24:00

Current show

Bechamel Chacha

22:00 24:00

Background

L’édito de Constantin Pavléas – Fake news vs démocratie

L'édito du mardi 16 April 2019

[PODCAST]

Comme chaque mardi, Simon Marty reçoit Constantin Pavléas, avocat et professeur de droit du numérique et des nouvelles technologies.

A l’approche des élections européennes le mois prochain, vous nous parlez du risque que représentent l’infox ou fake news pour nos démocraties. Qu’est-ce que c’est les fake news ?

Les fake news, c’est la création et la diffusion délibérée d’informations qui sont fausses ou manipulées dans l’intention de tromper une audience.

C’est un enjeu majeur pour nos démocraties, surtout lorsque les fake news sont propagés dans le cadre de publicités politiques ciblées.

Concrètement, comment ça se passe ?

En fonction des législations nationales, il est possible pour les annonceurs de profiler les personnes, par exemple, choisir de cibler uniquement les femmes ou les hommes, les personnes d’une certaine tranche d’âge, d’une certaine tranche de revenu estimé, les personnes ayant « liké » telle ou telle page. Ce qui permet de diffuser des messages sur les plateformes numériques qui ciblent une démographie électorale très spécifique, et qui sont invisibles pour le reste des électeurs.

Il est donc possible aujourd’hui de concevoir une publicité politique en fonction du profil de la personne à qui elle sera adressée ; quel message est susceptible de la faire voter pour le candidat souhaité ? Si à partir de là on peut tronquer l’information pour manipuler le vote, cela devient une menace pour la démocratie.

Et c’est ce qui s’est passé par exemple avec le scandale de Cambridge Analytica l’année dernière ?

Oui, tout à fait. L’entreprise Cambridge Analytica, une agence de publicité politique, avait obtenu les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs Facebook. Ces données auraient été utilisées lors du référendum britannique sur l’appartenance à l’UE et lors des élections présidentielles américaines de 2016 afin de cibler les électeurs.

On a parlé d’autres interférences des fake news dans des processus électoraux, par exemple durant le référendum irlandais sur le droit à l’avortement de 2018.

Quelles sont les réponses apportées à ce problème ?

Elles sont multiples. Il faut à la fois :

  • plus de transparence pour savoir qui est derrière telle ou telle publicité sur un réseau social, qui la finance ; est-ce un parti politique, un prête-nom, un pays étranger ?
  • un système de vérification et de signalisation des contenus fallacieux ;
  • et des lois pour organiser ce système de transparence et de contrôle

Il faut donc que les pouvoirs publics s’en mêlent ?

Oui, bien-sûr. Le problème est que l’Union Européenne ne dispose pas d’une législation harmonisée dans ce domaine.

La France interdit les publicités ciblées en ligne durant une campagne officielle. Mais n’est-ce pas trop tard si les fake news ont contribué à forger la conviction d’un électeur avant la campagne ?

L’Allemagne, l’Italie, la Belgique, ont toutes des approches différentes, sans parler de certains pays de l’Est où la réglementation est quasi-inexistante.

Au Royaume-Uni, le Ministère compétent a publié le 8 avril dernier un livre blanc sur Le Dommage Numérique. Il instituerait une obligation pour les plateformes de protéger leurs utilisateurs contre un dommage causé par le contenu publié sur leurs plateformes.

Les pays n’ont donc pas de consensus sur la manière d’appréhender les fake news.  Est-ce que la réponse ne doit pas venir de l’Europe ?

Oui, sûrement, au moins tant que nous n’avons pas des règles plus globales.  

A la suite du scandale Cambridge Analytica, les parlementaires européens ont proposé de renforcer la transparence et même d’interdire le profilage à des fins électorales, notamment l’utilisation de comportements en ligne qui peuvent révéler des préférences politiques.

La Commission européenne ne va pas aussi loin mais elle préconise la mise en place un mécanisme de coopération en matière de sécurité des élections. Pour le Président français, ce mécanisme prendrait la forme d’une Agence Européenne de Protection des Démocraties, chargée de protéger les processus électoraux en Europe contre les cyberattaques et les manipulations.

Est-ce que tout cela sera mis en place avant les élections européennes de mai ?

Malheureusement non. Et c’est paradoxalement le sens de la tribune publiée par Marc Zuckerberg le 31 mars dernier, qui appelait les gouvernements à légiférer avec des règles cohérentes et globales.

En attendant, Facebook a annoncé la semaine dernière des nouveaux critères pour lui permettre de mieux apprécier si certains sites sont correctement référencés, notamment en fonction de l’écho qu’ils ont par ailleurs sur internet. La plateforme met également en place des « indicateurs de confiance » pour permettre aux internautes d’apprécier le degré de fiabilité du média dont ils lisent une publication, notamment sur son financement, son propriétaire, ses engagements déontologiques… Ces « Indicateurs de confiance » seraient mis au point par des organisations tierces.

Cela va dans la bonne direction, en attendant une réponse législative au niveau européen.


Retrouvez l’intégralité de la matinale ici.

La matinale d’Euradio

Débutez la journée avec l'essentiel de l'info européenne !

More info