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L’édito de Viviane Gravey – Brexit : compromis ou compromission ?

L'édito du lundi 8 April 2019

[PODCAST]

La semaine dernière, je revenais sur l’idée de contrôle – cette reprise de contrôle tant souhaitée par les Britanniques depuis le référendum de juin 2016. Cette semaine, autre mot-clef : compromis. Car une chose incroyable s’est passée la semaine dernière : après un nouvel échec parlementaire lundi (aucune des options de Brexit proposé au vote n’ont été soutenu par une majorité) et un conseil des ministres durant plus de 7h le mardi, Theresa May a proposé de rencontrer Jeremy Corbyn et d’essayer de trouver ensemble un compromis sur le Brexit.

Un compromis ? Quel drôle d’idée ! Depuis le résultat du référendum, les conservateurs de Theresa May font comme s’ils étaient les seuls à avoir voté en faveur de la sortie de l’UE, les seuls en mesure d’interpréter la volonté des 17.4 millions d’électeurs ayant soutenu cette sortie, les seuls à même à réparer la fracture béante que le Brexit creuse dans la société britannique. Les seuls, enfin, pas exactement. Depuis juin 2017 et l’élection anticipée souhaitée par Theresa May, les conservateurs ont perdu leur majorité parlementaire et ont besoin d’un autre parti, les unionistes nord-irlandais du Democratic Unionist Party, le DUP. Depuis près de deux ans, le Brexit tourne donc autour de ces deux partis : si Conservateurs et DUP votent pour l’accord, il passera. Et faire voter ces deux partis pour son accord a été jusqu’à la semaine dernière la première priorité – voire la seule option – de Theresa May.

Chercher à trouver un compromis avec le Labour est donc un changement radical de stratégie. Cette stratégie est souhaitée depuis longtemps par des députés de tous les bords cherchant à limiter les divisions du pays et à réduire l’impact négatif du Brexit sur l’économie. Mais dès qu’on parle compromis, d’autres vont parler de compromission – surtout dans un système politique aussi fracturé que le système britannique.

Compromission, pour qui ?

Compromission pour le Labour, compromission pour les Conservateurs aussi. Côté conservateurs, Jeremy Corbyn est profondément détesté. Longtemps député de la frange gauche du parti travailliste avant de devenir leader surprise en 2015 il incarne l’ennemi parfait. De nombreux ministres le traitent constamment de marxiste, l’accusent d’avoir collaboré avec le Hamas, d’être du côté de l’IRA dans le conflit nord-irlandais, de ne pas faire assez pour lutter contre l’antisémitisme au sein de son parti. Hier, le Sunday Times, journal bien conservateur, a ainsi publié 8 pages de dossier sur comment cacher son argent afin que Corbyn ne le vole pas s’il arrive au pouvoir. Theresa May risque donc beaucoup à négocier ainsi avec lui.

Compromission pour le Labour aussi ?

Jusqu’à présent, le parti travailliste a essayé de ménager la chèvre des ‘Remainers’ et le chou des ‘Brexiters’, en n’étant ni vraiment pour, ni vraiment contre le Brexit. Négocier avec May, c’est devoir choisir une position et s’y tenir. Depuis le début des discussions mercredi, le porte-parole de Jeremy Corbyn a ainsi confirmé que le Labour était d’accord avec les conservateurs sur l’arrêt de la libre circulation des personnes entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, confirmant que citoyens britanniques vivant dans l’UE et citoyens européens vivant au Royaume Uni vont perdre de nombreux droits. Il est difficile de prédire le résultat des tractations entre Corbyn et May mais il est peu probable qu’il implique un hypothétique second referendum. Cela forcerait Corbyn à prendre une position claire sur la question, sachant qu’il perdrait autant de voix en le soutenant qu’en s’y opposant. De toute façon, il y a de bonnes chances que n’importe quel accord entre May et Corbyn mécontente l’électorat et implique de graves conséquences pour leurs partis respectifs.

Mais si le Brexit est enfin réglé, le jeu en vaut peut-être la chandelle ?

Peut-être – encore faut-il que les deux côtés soient, de fait, prêt à négocier et à chercher un compromis. Pour l’instant, il n’y a aucun mouvement, les deux camps restent retranchés sur leur position attendant que l’autre parti face le premier pas et offre un compromis. On est encore face à une situation surréaliste : en acceptant de se rencontrer et de négocier, Corbyn et May se sont exposés à d’intenses critiques, à des accusations de compromission etc. Si d’aventure leur négociation échouait, ils auraient tout les deux payé le prix fort – pour rien du tout.

La situation à l’approche du conseil européen extraordinaire du 10 avril n’a donc rien de bien rassurant. En essayant enfin de trouver un accord sur le Brexit qui satisfasse et la droite et la gauche du parlement, Theresa May joue une de ses dernières cartes. Il y a un risque fort que tout accord entre Labour et Conservateur se fasse en ignorant, une fois de plus, le côté européen des négociations. Mais il y a un risque encore plus fort que ces négociations ne mènent, une fois de plus, à rien. Les dirigeants européens se retrouvent ainsi dans une situation très désagréable : est-ce que plus de temps pour discuter servirait vraiment à quelque chose ?

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