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L’édito de Viviane Gravey – Brexit : Perfide Albion sous amphétamines

L'édito du lundi 15 April 2019

[PODCAST]

Si l’UE ne laisse pas le Royaume-Uni sortir, si l’UE garde le Royaume-Uni en son sein à son insu, l’UE va découvrir la ‘perfide Albion sous amphétamines’. Ces mots sont de Mark Francois, député longtemps resté obscur qui se fait depuis quelque mois un nom en tant que Brexiter ultra, avec une bonne louche de germanophobie et francophobie. Ces mots ont été prononcés la veille du conseil européen extraordinaire où, après des heures de négociations, les 27 ont proposé une extension de 6 mois… que Theresa May a donc accepté.

A l’approche du conseil européen et dans les jours qui l’ont suivi, le même discours a dominé le paysage médiatique britannique voire européen – Merkel, prête à tout pour éviter un Brexit sans accord, Macron trainant les pieds, prêt à mettre les Britanniques dehors. Merkel ‘good cop’, Macron ‘bad cop’. Or cette interprétation est très problématique, et ce pour 3 raisons.

Premièrement, il est grand temps d’arrêter de concentrer sa couverture des affaires européennes sur le couple franco-allemand. La France n’était pas le seul pays hésitant à fournir une longue extension aux Britanniques. La peur que le Royaume-Uni restant à l’intérieur puisse pourrir à dessein le fonctionnement des institutions européennes (en étant l’Albion sous amphétamines de Mark François) était très forte chez les Français – après tout, on s’y connait, nous sommes les seuls à l’avoir fait dans les années 60. Mais chacun des 27 pouvait faire jouer son droit de veto – et pourra le faire jouer à nouveau, si, dans six mois, les britanniques demandent une nouvelle extension. Et l’inquiétude française était en partie partagé – notamment par la Belgique, l’Espagne, Luxembourg et Malte.

Deuxièmement, cette lecture ‘bon’ contre ‘méchant’ européen sous-entend qu’il y ait un intérêt britannique clair et défini, qui puisse être conforté ou opposé par les 27. Or il n’existe rien de tel. Ce cher Mark François rêvait d’une sortie sans accord – tous les 27 sont donc des méchants pour lui, car ayant accepté une nouvelle extension. Pour les britanniques souhaitant un deuxième référendum, l’intransigeance française est problématique. Le président du conseil européen Donald Tusk proposait une extension encore plus longue – elle aurait permis plus de temps pour organiser un nouveau vote. Enfin, pour Theresa May ? Macron est présenté comme ayant demandé une extension jusqu’au 30 juin dernier délai. Cette date, c’est celle que May a demandé et le mois dernier et la semaine dernière. Bad cop ? Macron était un des rares des 27 à la prendre au mot et à vouloir lui donner l’extension qu’elle demandait.

C’est tout de même paradoxal….
En effet – gouvernements français et britanniques souhaitant la même chose sur le Brexit, ça peut surprendre. Et ça surprend d’autant plus quand cet accord est présenté comme Macron tenant bon contre les Britanniques, ou risquant de précipiter un Brexit sans accord.

Ce qui nous amène à notre troisième raison : l’esprit et la lettre de la demande d’extension. Macron s’est aligné avec la lettre de ce que demandait May – jusqu’au 30 juin, et ensuite, un risque fort de sortie sans accord. Pendant le conseil européen, des officiels français ont ainsi expliqué qu’après tout, le ‘no deal’ n’était pas la pire des options (dites donc cela à l’Irlande, ou même aux secteurs économiques français commerçant fréquemment avec les Britanniques). Merkel, Tusk et Varadkar s’intéressait beaucoup plus à l’esprit de celle-ci : offrir une réelle chance aux britanniques de soit réunir une majorité suffisante pour une version du Brexit, soit réunir une majorité suffisante pour tout simplement l’annuler.

Au final, l’extension est assez longue pour permettre à la classe politique britannique de respirer un peu – même si aucune solution ne parait aujourd’hui capable de réunir une quelconque majorité. Les élections européennes permettront peut-être de lire l’opinion du pays – d’ordinaire bien peu couru, le scrutin européen risque de mobiliser ardant Brexiters et Remainers. Mais cette extension est surtout assez longue pour permettre aux 27 de se dédouaner de toute faute – si rien ne change au Royaume Uni dans les six prochains mois, les 27 auront beaucoup moins de remords à dire « non » à toute future demande d’extension.


Retrouvez l’intégralité de la matinale ici.

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