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L’édito de Viviane Gravey – Le Brexit et l’Irlande

L'édito du lundi 28 January 2019

Il est difficile de parler du Brexit sans parler du chaos britannique. Theresa May en perdition, toujours plus d’amendements, de factions parlementaires, aucun accord en vue. Mais ce faisant, on risque de reproduire une erreur bien britannique : oublier que ce sont des négociations. Qu’il y a deux côtés. Et que le côté européen compte tout autant que le côté britannique.

Aussi cette semaine je voudrais parler du pays qui, pour l’instant, à réellement su tirer son épingle de cet étonnant jeu qu’est le Brexit : l’Irlande. Depuis trois ans déjà, l’Irlande démontre sa force diplomatique, sa cohésion domestique et la patience de ses politiques.

Force diplomatique tout d’abord car l’Irlande, bien sûr, est un petit état de l’Union Européenne. Or on parle rarement de l’influence des petits états sur l’UE. C’est d’autant plus le cas en France ou notre acte de lecture principale reste le couple franco-allemand – et aujourd’hui, le duel transalpin avec l’Italie de Salvini. Mais c’est un petit état qui a su convaincre tous ses partenaires de le soutenir, une alliance qui dure depuis trois ans.

Comment l’Irlande a-t-elle réussi ?

La réussite irlandaise tient à une maîtrise et du fond, et de la forme des négociations européennes. Sur le fond, les irlandais ont pris au sérieux le risque du Brexit très tôt, dès l’annonce de Cameron en 2013 de la possibilité d’un Référendum. Avant le référendum, la classe politique britannique avait tendance à oublier l’existence de l’Irlande du Nord et de sa frontière. Mais la classe politique irlandaise n’a jamais eu ce luxe. La frontière est à une heure de route de Dublin. Pendant la campagne, le gouvernement irlandais a appelé ses ressortissants vivant au Royaume Uni à voter en masse, et à voter Remain. Les irlandais, grâce à un vieil accord bilatéral entre les deux pays, faisaient parti des rares citoyens européens à pouvoir voter. Dès l’été 2016 l’Irlande communique à ses partenaires les difficultés que créent le Brexit pour l’île :

  • L’Irlande fait environ 15% de son commerce extérieur en bien avec le Royaume-Uni, et le double (34%) avec le reste de l’Union Européenne. Si les temps d’une Irlande entièrement dépendante économiquement du Royaume Uni sont révolus, cette relation économique reste très importante, en particulier dans le domaine agro-alimentaire.

  • Un Brexit dur voyant le Royaume-Uni sortir sans accord, ou tout du moins sortir de l’Union Douanière et du Marché Unique aurait un coup disproportionné pour les irlandais vis-à-vis des autres européens – jusqu’à -5% de PIB.

  • Et ce même Brexit dur mettrait à mal les relations transfrontalières entre Irlande et Irlande du Nord, ainsi que l’accord international du Vendredi Saint garantissant la paix en Irlande du Nord.

Les irlandais visitent toutes les capitales. Expliquent en détail leurs problèmes. La nomination de Barnier comme négociateur joue en leur faveur. Barnier, en effet connait bien le dossier : en tant qu’ancien commissaire à la politique régionale il a supervisé les aides à la paix et la réconciliation en Irlande du Nord. Et leurs efforts aboutissent à la position européenne dans ces négociations : pas de frontière dure en Irlande, et aucun accord commercial avec le Royaume-Uni ne sera négocié tant que cette affaire ne sera réglée.

Cette victoire irlandaise est d’autant plus impressionnante qu’elle est le fruit du travail de deux gouvernements minoritaires, celui de Enda Kenny puis de Leo Varadkar. Ni Kenny ni Varadkar n’ont de majorité au Daìl, le parlement irlandais. Et pourtant… là ou cette même minorité rend Theresa May si faible, devant se reposer sur les voix du DUP, à Dublin le parti gouvernemental et le parti principal de l’opposition ont passé un accord : pas d’élections avant le Brexit, et une politique du Brexit fondé sur un consensus entre partis. Face à la plus grande crise politique de leur génération, les politiques irlandais font front commun. Ce consensus touche aussi la population irlandaise : cela fait maintenant deux ans que les irlandais sont les citoyens européens les plus attachés à l’UE, avec plus de 90% d’irlandais en sa faveur.

Force, cohésion et… patience. Car si les politiques irlandais ont su se faire entendre et comprendre en Europe, ce n’est pas le cas à Londres. Samedi dernier, la ministre des affaires étrangères s’est ainsi vu expliquer à la radio britannique que tout de même, plutôt que le Royaume-Uni devant changer son Brexit pour faire plaisir à l’Irlande (c’est-à-dire, éviter une frontière dure entre les deux Irlandes) il serait quand même beaucoup plus facile que l’Irlande a son tour sorte de l’UE…

Pourtant, malgré tous leurs efforts, les irlandais restent en première ligne s’il n’y a pas d’accord

En effet, si les négociations échouent les irlandais souffriront. Ils devront même, si le Royaume Uni ne revient pas vite à la table des négociations, ériger les contrôles sur les biens et personnes qu’ils souhaitaient éviter. Mais si cette frontière doit être ériger, personne en Irlande ne blâmera ni le gouvernement, ni l’opposition, ni l’Union Européenne. Le Royaume-Uni risque de sortir abaissé de son Brexit, mais l’Irlande, elle, en sort déjà grandie.

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