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L’édito de Viviane Gravey – Le retour fracassant de la diplomatie

L'édito du lundi

La semaine passée, avec d’un côté l’effroi des britanniques face aux déclarations de Donald Tusk, et de l’autre le rappel de l’ambassadeur de France à Rome marque le retour de la diplomatie dans les relations européennes.

Cela peut paraître contradictoire. Après tout, la diplomatie est souvent synonyme de tact – et bien peu de tact était en évidence. Mais la diplomatie, c’est avant tout, la politique des relations internationales, celle qui s’effectue par le biais d’ambassadeurs et des ministres des affaires étrangères.

Mais pourquoi parler d’un retour de la diplomatie ?

Car depuis plusieurs décennies, les relations entre pays européens étaient bien plus proches que de simples relations diplomatiques. Ce retour de la diplomatie est un retour en arrière – un affaiblissement des liens reliant les états membres de l’Union Européenne.  Voilà maintenant des décennies que les relations entre pays européens ne se font pas principalement via leurs corps diplomatiques respectifs mais de pair à pair sur chaque dossier. Les institutions européennes favorisent cette organisation : le conseil des ministres, avec son organisation sectorielle fait que la plupart des ministres connaissent leurs homologues européens, et se voient fréquemment à Bruxelles.

Ces relations, que l’on retrouve aussi au parlement européen où les députés siègent non pas par délégations nationales mais au sein de groups politiques européens, font de l’Union Européenne une organisation unique au monde. Un exemple de coopération et de volonté à aller au-delà de la diplomatie.

Mais voilà, ces dernières années montrent que ce que l’on intègre peut se désintégrer. Si l’UE ne va pas disparaître du jour au lendemain, des failles sont déjà apparentes.

Quelles sont ces failles ?

Avant de parler de ce qui s’est passé la semaine dernière, on peut se rappeler de la crise grecque. Elle avait mis en évidence la fragilité de l’UE. D’une part, cette crise a vu la politique européenne se reconfigurer pays contre pays sur des lignes géographiques – bien loin de cette organisation sectorielle dont je parlais plus tôt. D’autre part, le déroulement de la crise a mis en évidence à quelle point la confiance et l’acceptation des règles du jeu européen sont nécessaires au bon fonctionnement des institutions. Prenons l’exemple de l’eurogroupe : c’est parce que les ministres concernés se connaissent bien, se font confiance, qu’ils peuvent être prêt à bouger de leurs positions et à considérer, au moins à huis clos, un nombre d’alternative. Que des décisions clefs soient pris à huis clos n’est pas du goût de chacun – et Yanis Varoufakis, en annonçant en 2015 avoir enregistré une réunion de l’eurogroupe, a montré comment ces règles peuvent être facilement bafouées.

L’enregistrement caché de Varoufakis a eu des conséquences importantes – notamment sur la volonté des partenaires européens de la Grèce de faire confiance, ou non, à ce ministre et à son gouvernement. Et pourtant, cet enregistrement parait bien petit à par rapport à ce qui s’est passé la semaine dernière.

Mercredi, le président du Conseil Européen, le polonais Donald Tusk donnait une conférence de presse au côté du premier ministre Irlandais, Leo Varadkar. A ce moment-là, il a raconté, pince sans rire, qu’il se demandait s’il existait un coin en enfer dédié tout particulièrement à ceux ayant fait campagne pour le Brexit sans aucune idée pour le mettre en œuvre. Pour beaucoup d’européens, les paroles de Tusk n’avaientt rien de bien extraordinaire. Pas très diplomatique peut être, mais rien de bien choquant. Pour le Royaume-Uni par contre, la citation, souvent tronquée, de Tusk a fait la une de tous les journaux : Tusk était alors présenté comme insultant non seulement certains Brexiteurs, mais tous ceux ayant fait campagne, et tout ceux ayant voté pour. Une fois de plus, la presse britannique marque un fort clivage, d’un côté le Royaume Uni, de l’autre l’UE, avec rien ou presque en commun, la plupart des ponts déjà coupés.

Mais si les relations UE-Royaume Uni vont mal, c’est bien moins inquiétant que ce qui se passe entre la France et l’Italie. Tout deux états fondateurs de l’Union Européenne les voici alimentant la pire crise diplomatique intra-européenne de ces dernières décennies, avec d’un côté le gouvernement italien soutenant certains gilets jaunes souhaitant démettre Macron, et de l’autre le gouvernement français réagissant par la voie diplomatique, en rappelant son ambassadeur.

Que penser de tout ça ? Tout d’abord, cette crise transalpine se joue à l’ombre des élections européennes. Souvent considérées comme ayant peu d’enjeux, comme manquant de débat européen, les élections européennes de Mai 2019 risquent, en bien ou en mal, de changer la donne. Et ensuite, on peut se demander, quand même, à quoi jouent ces deux gouvernements. Au-delà de leurs conflits actuels, c’est la capacité de l’UE de fonctionner qui se joue : peut-on imaginer des ministres de l’agriculture ou de l’industrie italien et français voter ensemble si les relations se désagrègent ainsi ? Avec le départ du Royaume Uni, il ne reste plus que trois grand pays – Italie, France et Allemagne. Une fracture entre eux n’annonce rien de bon.

 

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