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Les élections européennes, pourquoi tout le monde s’en fout ?

Eugène Sandoz 12 February 2019

Il est vrai que les élections européennes mobilisent peu nos concitoyens et concitoyennes. L’abstention a augmenté progressivement depuis 1979 pour passer en 1999 la barre des 50%. Et elle se stabilise depuis, elle est donc chronique.

L’Europe est une démocratie de l‘abstention ou plus d’un européen sur 2 ne vote pas pour les eurodéputés.

POURQUOI AUTANT D’ABSTENTION ?

Dès la 1ère élection de 1979, la participation est de 20 à 40 points moins importante que lors desélections nationales (législatives ou présidentielles).

A l’époque, 2 explications principales sont relevées :

– les élections européennes apparaissent de suite aux médias et aux partis comme des élections de second ordre :

– c’est-à-dire avec peu d’enjeux, une campagne de faible intensité. Autrement dit, partis et médias en parlent moins qu’une élection nationale.

Tout ceci contribue à donner l’impression que ce sont des élections peu importantes.

Second élément explicatif dans les années 1980 :

C’est effectivement le cas !

Les élections sont moins importantes car le parlement n’a quasi pas de pouvoir, autre que symbolique à l’époque.

Les partis s’adaptent : Il est bien connu que rapidement en France, on y envoi des pré-retraités de la politique ou des jeunes loups pour qu’ils se fassent les dents.

En effet pourquoi s’investir et travailler pour une institution qui offre peu de prise sur les choix politiques ?

POURTANT LE PARLEMENT EUROPEEN A GAGNE EN POUVOIR, IL EST MAINTENANT CO-LEGISLATEUR.

Même si des politiques importantes lui échappent encore, notamment les politiques étrangères et de sécurité et la politique fiscale.

Et c’est aussi vrai Eugène que la participation électorale à pourtant baissé au fur et à mesure que le parlement gagnait en pouvoir.

Alors pourquoi ? Est-ce que dans le fond, l’Europe, tout le monde s’en fout ? Je ne pense pas. Pas du tout même. Ce qui ressort des enquêtes avec les citoyens ordinaires c’est la difficulté d’accéder aux infos, de se sentir compétent, voir même de se représenter ce qu’est l’UE.

Evidemment, si on ne sait pas de quoi on parle et qu’on sent qu’on n’a pas les outils pour se faire une opinion…pourquoi aller voter ? Idem si on comprend que le vote à peu d’impact.

Il y a bien des raisons qui font que les institutions européennes paraissent plus lointaines et plus complexes que les institutions nationales et qu’on continue à avoir des campagnes européennes de plus faible intensité.

Pour le dire en une phrase simple : C’est parce qu’il n’y a pas d’espace public européen. ou que cet espace public reste très faible.

A l’échelle nationale, quels sont les acteurs qui nous parlent de la vie politique ? Les partis, les médias les mouvements sociaux surtout

Ce sont eux qui joue les intermédiaires en deux sens : Ils diffusent de l’info sur ce qui est important, sur les problèmes publics en jeu à un moment donné, sur les solutions, les positions et oppositions en présence. Bref, ils traduisent et jouent un rôle de politisation de la population.

Ils sont aussi intermédiaires dans l’autre sens :

Ce sont eux qui font remonter les demandes et revendication des citoyens, ils représentent, ils questionnent, ils protestent. Les partis, les médias les mouvements sociaux, ce sont bien les acteurs qui ont développé la citoyenneté à l’échelle nationale au 19ème .

Or s’ils ne sont pas totalement absents, il sont diablement moins présents à l’échelle de l’UE. Même s’il faudrait faire des différences entre les médias et entre les partis.

Par exemple les partis de gouvernement en général souvent parlent moins d’Europe que les autres, et contribuent largement à la faiblesse des campagnes.

Il demeure que leur absence et leur faible investissement à l’échelle euro par rapport au national explique en partie la faiblesse de la citoyenneté euro et du vote.

Est-ce que c’est le seul motif ? Les institutions européennes n’ont elle pas une responsabilité dans cette abstention ?

Si absolument. L’abstention des citoyens est aussi liée à la culture politique particulière des institutions.

L’Europe s’est construite en distinction de la démocratie représentative. Peu de place pour les partis, les élus, pour le vote Une forte place pour les Etats et pour les groupes d’intérêt.

Evidemment, ça contribue aussi à l’abstention et parfois à la défiance envers un modèle qui permet moins aux citoyens d’influencer et de contrôler directement les dirigeants.

Enfin fondamentalement c’est l’organisation même de l’élection qui pose problème.

Tant qu’on restera à l’organisation d’élection européennes sur le territoire national et avec des listes d’eurodéputés nationaux à élire composée exclusivement par les partis nationaux il est logique que les enjeux nationaux et les rapports de force/concurrence nationaux occupent le devant de la scène.

 

Une spéciale dédicace donc aux eurodéputés du PPE, droite conservatrice européenne, qui ont rejeté la mise en place de listes transnationales l’année dernière pour cause de préservation de la souveraineté.

Au délà, il existe de nombreuses propositions de transformation des élections européennes. Et de réforme des institutions.

Des propositions pour mettre en place des dispositifs permettant une meilleure influence des citoyens -ou soyons clair une réelle influence – des citoyens à l’échelle de l’UE. Encore faudrait-il en débattre.

C’est ce qu’on proposé récemment un collectif d’intellectuel mené par Stéphanie Henette Vauchez et T.Picketty par exemple.

On ne peut qu’appeler à la multiplication de ce genre d’initiative et au développement de débats pour leur répondre.

Ils ont lancé récemment un «appel pour transformer les institutions et les politiques européennes», en arguant, entres autres, que la réponse aux gilets jaunes doit aussi être européenne ».

Reste à voir si les mois à venir leur donneront raison.

Aimez-vous l’Europe ?

Parce que nous oui !

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