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Jean Blaise : le tourisme est nécessaire à la santé !

Written by on 12 janvier 2021

Jean Blaise, Directeur artistique du Voyage à Nantes s’est confié à euradio en ce début d’année. Il revient sur les missions du Voyage à Nantes et nous explique comment l’installation d’œuvres contemporaines dans la ville a permis aux Nantais.es de redécouvrir leur lieu de vie et permis à des visiteur.ses de découvrir une ville créative.

Alors que la crise sanitaire oblige les professionnels à repenser un tourisme de proximité par opposition au tourisme international de masse, “Nantes a un coup d’avance”, selon Jean Blaise, en ayant depuis bientôt dix ans, investi l’espace public avec des œuvres contemporaines dont certaines sont devenues pérennes.

Un entretien réalisé par Maximilian von Klenze de l’Académie euradio.

Quelles sont les missions du Voyage à Nantes ?

La mission du VAN est de capter des visiteurs qui viennent de l’étranger mais aussi de France pour qu’ils viennent visiter la ville de Nantes. Que les visiteurs voient dès leur entrée dans la ville combien elle est créative, intelligente, qu’elle a de l’humour. On s’est aperçu qu’on touchait vraiment le plus grand nombre quand on allait dans l’espace public, parce qu’il appartient à tout le monde. On n’a pas à faire d’effort pour entrer dans une salle qu’on ne connaît pas, qui fait peur. 

L’espace public c’est chez nous, c’est chez tout le monde. Quand on crée une œuvre sur la place du Bouffay, Le pas de côté de Philippe Ramette, tout le monde est obligé de le voir, ou alors il faut faire semblant de ne pas le voir. Les réactions sont diverses. Certaines sont positives, d’autres négatives, d’autres très négatives. Peu importe, l’œuvre a fait son œuvre.

Philippe Ramette, Éloge du pas de côté, Place du Bouffay, Nantes – Le Voyage à Nantes 2018 © Philippe Piron _ LVAN – ADAGP, Paris 2020

On demande aux artistes de venir interpréter la ville. A Saint-Nazaire par exemple, il y a l’œuvre de Daniel Dewar et Grégory Gicquel, ces espèces de pieds géants, un système digestif géant, une espèce de torse géant, quelque chose d’incroyable, d’incongru et en même temps fantastique, magnifique. Tous les visiteurs vont s’interroger sur la signification de cette œuvre. La première signification c’est : l’artiste vous montre votre propre ville, le paysage que vous ne voyez plus, ce port que vous ne voyez plus. Les premiers visiteurs rencontrés nous disent, ça faisait très longtemps qu’on n’était pas venus là. C’est une interprétation de la ville par des artistes. Cette créativité attire des touristes qui génèrent des retombées économiques.

Quel avenir pour le tourisme européen en 2021 ?

Si je le savais, je serai le roi du tourisme (rires)… Pour l’instant on ne sait pas. Ce que l’on sait, c’est que cette crise a aussi révélé que l’économie du tourisme pouvait aussi être négative. On est en train de réfléchir au tourisme de masse qui n’est peut-être pas la meilleure façon de se comporter avec la planète, mais aussi avec nos villes. Cette crise nous a obligés à repenser notre façon d’être, nos projets, nos ambitions, nos objectifs. 

Là par exemple, on était sur la recherche d’un tourisme international, du grand international puisqu’on visait la Chine, la Corée, les Etats-Unis. Aujourd’hui nos visiteurs sont essentiellement les grandes métropoles françaises, la région parisienne surtout et puis les grandes métropoles européennes proches de nous : Grande Bretagne, Allemagne, Suisse, Belgique, Espagne, Italie. Puis cette crise est arrivée et aujourd’hui on ne peut pas continuer à faire ce travail, parce qu’on ne peut pas y aller et ça nous pose la question de ce qu’est le tourisme.

Le tourisme, de mon point de vue, est nécessaire à la santé. Pour moi, le tourisme est bénéfique pour l’esprit, pour une façon d’être, de découvrir les autres, pour une certaine tolérance. Se replier sur soi, tout relocaliser, c’est aussi ne plus chercher à comprendre  les autres, et ça c’est très dangereux. 

Donc il faut essayer de sérier les bienfaits du tourisme et bien analyser les méfaits du tourisme de masse, et chercher à être le plus vertueux possible. C’est ce que nous allons faire.

On a un coup d’avance avec ce savoir-faire de l’art dans l’espace public

Jean Blaise

Dès le début du mois de mai, on lance un grand colloque où on va inviter des intervenants de toute l’Europe sur “c’est quoi le tourisme de demain ?”, qu’est ce qui va se passer, qu’est-ce qu’on peut faire ? On a invité la maire de Barcelone, on n’est pas sûr qu’elle vienne encore. La ville de Barcelone a subi de plein fouet le tourisme de masse, on aimerait bien que ses élus viennent nous raconter comment ça s’est passé et comment ils ont trouvé des solutions, s’ils en ont trouvé. On va inviter des personnalités capables de donner une vision du tourisme au niveau européen qui puissent nous éclairer. L’animateur en chef sera le sociologue Jean Viard, qui s’intéresse beaucoup au tourisme.

Avez-vous une vision pour 2021 ?

Je crois, mais c’est très prétentieux et immodeste, qu’on avait un coup d’avance avec cette idée que c’est la ville qui doit se montrer et intéresser les visiteurs, avec l’art dans l’espace public, donc on continue bien évidemment. Mais on va essayer de repenser de fond en comble tout notre fonctionnement à la lueur de ce que nous avons vécu pendant la pandémie. 

Le Voyage à Nantes intègre cette année l’offre touristique de la région Bretagne ?

En ce qui concerne la Bretagne, c’était un constat tout simple. Quand on allait au grand international, on s’apercevait que notre ville n’existait plus : Nantes c’est quoi ? C’est où ?

En fait, ce qui était vu c’était la Bretagne. C’est le territoire de la Bretagne qui était connu, qui résonnait, qui disait quelque chose jusqu’au sud, c’est à dire jusqu’à Nantes et jusqu’au nord-est, c’est à dire le Mont-Saint-Michel. Donc nous, les limites administratives, on s’en fiche, on est comme les touristes, ça n’existe pas. 

Ce qui nous intéresse ce sont les territoires, les pays en quelque sorte. Quand on s’est aperçu de ça, on a décidé au grand international de proposer la Bretagne. D’entrer par Nantes puisque c’est l’aéroport, et de remonter jusqu’au Mont-Saint-Michel par divers moyens, en voyant des choses absolument superbes en passant par Rennes, Saint-Malo, Dinan… Et là encore, je pense qu’on a eu un peu de flair. 

Comme le tourisme international ne va pas venir d’ici trois ans (deux ans ?), on a décidé aussi avec ce parcours de nous adresser au tourisme national et européen proche de nousl et on est en train de construire un itinéraire à vélo. De Nantes au Mont-Saint-Michel il y a la possibilité de raccorder des voies cyclables. Il faut créer quelques séquences qui nous manquent. Là, nous travaillons avec les communautés de communes, avec les départements pour qu’on réussisse peut-être d’ici deux ans, je l’espère, à avoir cette traversée de la Bretagne entièrement par voie cyclable.

Faut-il réinventer la manière dont nous voyageons ?

C’est en train de se faire. Aujourd’hui vous ne pouvez pas mettre une radio sans que cette question soit évoquée. Elle traverse tout, la culture, l’industrie, le commerce. Donc effectivement il faut réinventer les manières de faire du tourisme. 

Le vélo progresse de façon très significative. On est sur le parcours Loire à Vélo et Loire Océane. Après pour aller en Chine à vélo c’est très très compliqué… De toute façon, pour encore quelques années, l’usage de l’avion sera nécessaire si on veut voyager loin. Ce qu’il faut espérer le plus vite possible, c’est l’avion électrique, l’avion qui ne pollue pas, ou le paquebot à voile…! 


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