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L’enseignement en confinement

Written by on 25 mars 2020

Sabine Lemoine, enseignante en collège et lycée, Isère, France

Un suivi plus individualisé dans un emploi du temps sans repère, Sabine Lemoine enseignante de français en Isère, nous raconte son quotidien de l’enseignement à distance.

Comment se passe le travail en télétravail pour vous et pour vos élèves ? Quelle organisation avez-vous mise en place et est-ce que ça fonctionne bien ?

J’improvise quotidiennement ! Nous n’étions évidemment pas préparés, comme personne, quelque soit son métier et sa situation face à l’épidémie. Mon enjeu à moi c’est de maintenir un lien avec les élèves et j’ai vraiment l’impression que beaucoup d’entre eux en ont besoin. Un lien qui est assez intéressant dans la mesure où, là, il est individualisé, donc un peu plus personnel que ce que nous pouvons avoir dans nos classes. C’est aussi maintenir un semblant de scolarité. Essayer de stimuler les élèves intellectuellement, de les occuper aussi, c’est important. De leur permettre de réfléchir à ce qui se passe, tout en leur permettant de poursuivre cette scolarité.

Comment ce télétravail peut être plus personnel ?
Ce qui facilite peut-être l’échange personnel, c’est que nous échangeons par mail. J’ai des élèves qui m’envoient des messages suite à un travail que j’ai donné, pour des questions, des précisions sur les consignes. Ça me permet d’observer les difficultés qu’ils peuvent rencontrer et d’avoir une action un peu plus ciblée sur ce qu’ils sont capables de faire, sur leurs difficultés, leurs capacités, leurs compétences et des les orienter un peu plus. Je leur donne un peu plus de temps.

Ils peuvent m’envoyer un travail, que je vais leur retourner en ajoutant des petits mots que je ne dirais pas si j’étais en classe avec eux. Ils prennent en compte mes remarques et me renvoient le travail. C’est intéressant pour ces raisons-là. Nous avons un logiciel de l’école qui est partagé, sur lequel nous envoyons aussi nos travaux. Ça permet aux élèves de suivre le cours à distance, de s’approprier le travail que nous leurs demandons de faire. J’y ai joint des vidéos à regarder, des listes de livres à lire dans lesquels ils peuvent piocher.

Quels sont les points négatifs de ce télétravail ?
Ça ne remplace pas une relation humaine évidemment. Il faut tenir compte du délai, entre le moment où je vais envoyer un travail et où ils vont le recevoir et me le renvoyer. C’est extrêmement compliqué. C’est effectivement intéressant de pouvoir communiquer par écrit sur ce qu’ils font mais ça reste des mots. Et la compréhension des mots n’est pas simple à distance. D’autre part ça nécessite énormément de rigueur de mon côté. J’ai plein de messages, plein d’endroits où je vais pouvoir accueillir leur travail, et leur renvoyer mes impressions, mes remarques. Il faut aussi gérer des compétences en informatique que je n’ai pas forcément, et les élèves pas toujours non plus, comme par exemple le format des documents envoyés.

Et puis ce n’est pas simple pour les familles. J’ai des retours de familles qui disent qu’elles n’ont pas forcément le temps à accorder aux enfants. Ils n’ont pas non plus toujours le matériel. Souvent il y a un ordinateur par famille, il suffit que les parents soient en télétravail, qu’il y ait deux ou trois enfants qui eux aussi aient besoin de l’ordinateur pour l’enseignement à distance, pour que ce soit compliqué pour tous. Ça créé de la frustration, peut-être aussi un peu de colère de ne pas pouvoir tout faire. Et du ressentiment, ils ont l’impression d’être un peu laissés de côté et de ne pas pouvoir faire au mieux pour leur enfant.

Mon souhait c’est juste de maintenir un lien, de rassurer les parents, ils font ce qu’ils peuvent. De mon côté je fais ce que je peux, comme tous mes collègues. Maintenons un lien jusqu’à ce que nous puissions nous retrouver en pleine forme dans nos classes.

Est-ce que vous considérez qu’il y a des enseignements à tirer de cette crise, comme mettre des sessions de télétravail dans le courant de l’année pour produire ce contenu plus qualitatif. Ça pourrait être intéressant ?
Je pense qu’il faudra tirer des leçons de cette expérience inédite, en tirer des enseignements…dans le secteur de l’enseignement ! Ça pourra modifier des pratiques mais je pense qu’en aucun cas, ça pourra remplacer un enseignement présentiel. Mais sans doute aussi que notre ministre tirera des leçons “pragmatiques”, c’est le mot employé par nos politiques, de cette expérience. J’espère que ce ne seront pas de mauvaises leçons.

Il faut savoir que là, le travail à distance n’a aucune limite, ni pour les enseignants, ni pour les élèves. On travaille tout le temps et on peut être contacté à tout moment de la journée. Il n’y a pas d’emploi du temps. Il n’y a pas non plus d’apport en matériel. Nous travaillons avec nos ordinateurs, nos imprimantes, nos livres à distance. Les propositions numériques ne sont pas toujours adaptées à ce que nous souhaitons faire.

Qu’il y ait des choses à observer en ce qui concerne la relation, le lien un peu plus individualisé avec les élèves par l’intermédiaire du numérique, c’est sans aucun doute intéressant. Par contre c’est extrêmement chronophage, pas toujours simple pour les élèves parce que ça ne remplace pas les explications orales et en présence. En tous cas il faudra être vigilant sur les adaptations que notre ministre va nous proposer suite à cette expérience de confinement.

C’est aussi le facteur social, les relations entre les élèves eux-mêmes, qui sont hyper importantes et stimulantes. Le travail collaboratif par internet, il n’est pas simple. Ce travail est plus simple dans la classe, lorsque les élèves peuvent travailler en groupe, échanger, communiquer, parler, débattre.


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