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“Quand l’intelligence collective collabore, les résultats sont incroyables”

Written by on 23 avril 2020

Vous ne le connaissez pas encore, pourtant vous pourriez bien le porter quotidiennement dans quelques semaines ou quelques mois : le masque de protection Ocov. C’est un projet innovant né d’un collectif de professionnels en Isère, notamment Michelin, Ouvry ou encore le CEA de Grenoble. Notre invité aujourd’hui s’appelle Pierre-Emmanuel Frot, ingénieur en génie industriel et membre du collectif Voc-coV.

Quelle a été la génèse du collectif Voc-coV ?

Le collectif est né le 16 mars exactement, à la suite de discussions avec des internes hospitaliers ; et la compréhension que l’on allait faire face à un gros problème d’équipement des soignants. Et la question qui pour nous, était une question finalement très logistique, industrielle, réunit environ une trentaine / une quarantaine d’ingénieurs, de chercheurs et de personness du monde industriel et ce, à titre individuel. En bref, un collectif de bénévoles. Ce ne sont que des personnes physiques.

Après, autour de ce collectif de bénévoles, est venue graviter très rapidement une quarantaine d’entreprises, avec en son cœur le CEA et Michelin. Mais on a travaillé avec plein d’autres entreprises. Simplement, des choix technologiques ont fait qu’elles se sont éloignées du projet. Sans elles, on n’aurait pas pu progresser. On travaille aussi sur d’autres sujets qui peuvent être les respirateurs, des soutiens à des filières du type production d’air liquide, ce genre de choses. Dans ce cas, on est plus un support, donc moins visibles. Mais on ne cherche pas la visibilité, seulement l’efficacité. On travaille d’ailleurs sur différents projets.

Au sujet de l’efficacité justement, il y a un projet de masque, Ocov. Où est-ce que vous en êtes aujourd’hui ?

L’idée était de construire une filière nationale qui permettrait de répondre aux besoins de protection sur le long terme. Répondre aux besoins immédiats, on savait que cela serait difficile, par rapport à la date du pic (épidémique, NDLR) et les durées d’industrialisation. Mais la réflexion était de se dire : ‘On est parti sur une période longue. On va devoir porter des masques, surtout dans le cadre d’un déconfinement.’. On a donc très vite compris le problème de la logistique : il faut des millions de masques jetables chaque semaine, donc cela nécessite des ponts aériens, des camions, énormément de déchets.

Et la deuxième, c’était la pénurie des matériaux filtrants, pour les masques FFP2 par exemple, plus la difficulté à vérifier la qualité de ces produits. On voit aujourd’hui pas mal de masques défectueux, en tout cas qui ne correspondent pas aux normes. Donc, sur cette base là, notre choix s’est tourné vers un masque réutilisable, lavable avec juste une pastille filtrante – elle même lavable – , dans un textile que l’on peut ‘sourcer’ en France. Notre travail était de trouver les bonnes recettes, les bons textiles et puis le design du masque, qui permettent de le porter et de répondre aux normes de protection. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on fournit à une personne, avec ce masque, 100 jours d’autonomie. Et au bout de 100 jours, il a juste a racheter un petit sac avec 5 nouvelles pastilles à repartir pour 100 jours.

Vous parliez de cinq millions de masques d’ici fin juin, donc cinq millions de personnes protégées durablement pendant plusieurs mois. Est-ce que potentiellement, votre projet pourrait être dupliqué ailleurs en France, à l’étranger, voire un peu partout en Europe ?

Théoriquement, c’est possible, même si l’on risque toujours d’atteindre une limite sur certains matériaux, pour les filtres notamment. Pour le reste, c’est une question de fabrication de moules, de capacité d’injection. Si la demande était là, si les États se saisissaient de ce masque en se disant ‘c’est la panacée’, alors la capacité industrielle européenne pourrait répondre très, très rapidement à une protection complète de la population. Mais, il faudrait un investissement majeur et une volonté effectivement nationale, voire européenne.

Quels contacts avez-vous avec les élus, les ARS ? Quels sont leurs retours aujourd’hui ?

On a un très bon soutien des élus locaux, tant du côté du département de l’Isère, que de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Évidemment, ils sont en attente de voir la réalité du masque. On sort les premiers masques de production, ils veulent les tester, voir les réactions des gens avec, le confort, tous ces éléments-là, qui sont assez importants. Aujourd’hui, les gens savent ce que c’est qu’un FF (‘face filter’, NDLR), mais pas forcément un FM (‘face mask’, comme les masques à gaz, NDLR). On en est un peu à ce stade où les gens attendent de voir les premières réactions. Et si tout va bien, si une partie de la population l’adopte, le trouve confortable, si c’est une solution pérenne et durable, cela sera une réussite. Et on verra à ce moment-là un certain nombre de collectivités et d’entreprises. On voit un réel intérêt, on est très sollicité.

Où en êtes-vous exactement ? Les 5 000 unités de pré-série sont-elles en cours de test ? De fabrication ?

On a sorti une première pré-série la semaine dernière, ce qui nous a permis de faire quelques tests, des modifications normales dans la logique industrielle. Nos prototypes étaient sur une base d’impression 3D, donc pas avec le même type de matériaux. On est en train de finaliser les dernières modifications pour finir la pré-série en cette fin de semaine. Et puis après, on va normalement entrer en phase de production. Si l’on arrive à faire de ce masque une réussite pour la région et plus largement pour la France, on aura déjà réussi notre objectif. Et puis derrière, il y a cette volonté de démontrer que quand l’écosystème collabore, l’intelligence collective en France et dans les régions, on peut obtenir des résultats incroyables. On espère, à notre échelle, inspirer le monde d’après sur cette base-là.

À l’heure où, notamment en Europe, la question des replis nationaux et du recul de l’écologie au profit de l’économie se pose, êtes-vous convaincu que l’on peut s’en sortir tous ensemble, en alliant les ressources et en respectant l’environnement ?

On est à une ‘bifurcation’, comme le dit Thomas Piketty (économiste mondialement reconnu, NDLR). Soit on retrouve le monde d’avant, pour redémarrer au plus vite, parce que l’on a peur du chômage et de l’impact sur la consommation. Dans ce cas, on met la société au service de l’économie, elle même au service de la finance. Ou alors, on fait l’inverse. Et nous, l’inversion de ce paradigme, on y croit beaucoup. L’économie doit être au service de la société et la finance doit être au service de l’économie réelle. Et ce n’est pas l’inverse.

On le démontre avec ce projet : on n’a jamais été dans un mode de compétition. Les personnes impliquées n’ont pas cherché à faire du profit immédiat, mais plutôt à amener de la résilience à l’écosystème et à travailler au bien être commun. Et cela fonctionne très bien. Les gens qui ont travaillé sur ce projet, ils l’ont fait nuit et jour, le week-end, et ils étaient heureux, ils ont tiré un certain bien-être, à participer à ce projet.


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