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Villes Intelligentes: comment les villes doivent changer

Written by on 11 novembre 2020

Actuellement, les villes occupent 2% de la surface terrestre et produisent 80% des émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc d’un changement de vision de la ville. Comment y arriver? La réponse de Carlos Moreno, scientifique, chercheur et professeur à l’Université IAE de Paris.

Bonjour Professeur.
Vous essayez de promouvoir une vision de la ville différente, une ville intelligente. Mais qu’est-ce que “Ville Intelligente” signifie?

Ce terme de “Ville intelligente” a été un peu galvaudé puisqu’il remonte il y a 10 ans, quand les sociétés technologiques ont voulu nous dire qu’on pouvait résoudre pas mal de problèmes. Donc, avec l’arrivée d’Internet, l’arrivée de l’Internet des objets, messagerie instantanée, on a fait passer un discours très technologique en disant “la Ville est Intelligente parce qu’on met plein des capteurs, on met plein d’algorithmes, etc”. 
Moi, j’ai travaillé, en tant que scientifique, sur ce type de problématique biologique, et j’ai compris, au bout de quelques années, que nous faisions fausse route et que la Ville Intelligente d’aucune manière pouvait être la technologie qui allait résoudre tous les problèmes, mais comme a dit Bernard Stiegler, philosophe français qui est mort récemment, “la technologie est un pharmakon” c’est-à-dire, en même temps un remède et un poison, parce qu’avec la technologie on peut aussi penser que les gens sont hyper connecté mais en fait chacun est dans sa bulle. 
On peut donc imposer des contrôles, comme en Chine avec la reconnaissance faciale, on peut faire croire qu’on va résoudre les problèmes de la circulation avec de feus rouges intelligents, quand en réalité les problèmes de la circulation c’est d’abord choisir quel est le mode de vie que nous voulons choisir, pourquoi avoir des voitures, pourquoi se déplacer, pourquoi perdre du temps dans des bouchons, pourquoi continuer à vouloir épouser un mode de vie qui est dépassé, celui d’une ville à énergie fossile et à un mode de consommation massive. 

“la technologie est un pharmakon: c’est-à-dire, en même temps un remède et un poison

Voilà, donc ma visionne de Ville Intelligente est différente, puisque je crois plutôt à une vie heureuse avec des citoyens qui récupèrent leur temps, qui changent leur mode de vie et qui sont capable d’affronter les principales défis que nous avons aujourd’hui, c’est-à-dire les défis du changement climatique et de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour ça il faut vivre autrement et la pandémie actuelle nous a montré qu’il faut vraiment vivre autrement. Aujourd’hui il est indispensable de créer une ligne de confiance avec les habitants et les territoires qui permettra de créer une nouvelle proximité entre les citoyens et l’autorité politique.

Votre recherche se place au cœur des thématiques de portée internationale, je pense à l’idée de « Ville Numérique et Durable », formulée en 2006, et surtout à la « Ville du Quart d’Heure ». Pouvez-vous nous décrire cette dernière idée plus en détail?

La “Ville du Quart d’heure” est un concept qui est sorti de nos travaux scientifiques déjà il y a quelques temps. Cette idée s’interroge sur comment répondre aux grands défis de ce siècle, notamment le défi climatique, avec un mode de vie complètement différent, plutôt que continuer à vivre dans une ville très segmentée, avec des quartiers du centre historique, des quartiers d’affaire, des quartiers populairs, des quartiers plus culturels, donc changer complètement et ne plus réfléchir sur comment aller plus vite et plus loin mais plutôt réfléchir son comment améliorer la qualité de vie et avoir du temps qui nous est disponible en créativité, en innovation, pour nos familles, pour les gens qu’on aime. Faire donc devenir la ville plus vibrante avec de commerce de proximité, avec de santé de proximité, avec des circuit court pour s’approvisionner et faire ses courses, avec de capacité à pouvoir utiliser les rues non pas pour les voitures mais pour se promener, des vélos pour se déplacer, des espaces de jeux pour les enfants, pour les personnes plus âgées, etc. 
C’est pas une collection de village, c’est une ville polycentrique, dans laquelle le rythme de vie est différent: on se réveille pas tous à la même heure pour rentrer le soir tous à la même heure, mais il s’agit d’une “proximité heureuse”, on se déplace où on veut quand on veut parce qu’on n’est plus obligé de se déplacer à un moment donné et tous ensemble. 
Ça veut dire une ville plus solidaire et écologique, avec des budget participatif pour échanger nos proximités, où le travail puisse se faire autrement et être rapproché de là où nous habitons. Donc, c’est une proposition nouvelle mais qui prend déjà en compte beaucoup des travaux de recherche qui ont été fait sur le temps, la chronotopie, etc.

Vous travaillez avec la mairie de Paris, qui a adopté la stratégie “Ville intelligente et durable” en 2018. Et donc, avez-vous été capable de transformer ces idées en projets concrets?

Dans la ville de Paris, la maire Anne Hidalgo a été totalement engagée, par rapport en particulier au défi climatique, et ça a permis que Paris soit au cœur de cet engagement puisqu’elle avait été à la tête du réseau de villes pour le climat. Comment vous avez évoqué, Paris ville intelligente et durable dans l’essence donc une intelligence participative et citoyenne.
Paris est la ville qui a le budget participatif le plus important au monde: 5% de son budget, 400 millions d’euros qui vont être doublés pour cette nouvelle mandature à 800 millions d’euros. Pour cette nouvelle mandature la mairie m’a fait l’honneur de mettre la “Ville du Quart d’heure” et la “Ville de proximité” comme un des éléments au cœur de sa campagne, qui a été bâti autour des 4 éléments: écologie, la proximité, la solidarité, pour développer des actions inclusives, et la participation, pour donner la possibilité aux gens de s’impliquer.
Donc, c’est tout à fait intéressant pour nous scientifiques que nos idées sortent du laboratoire et se déploient.

L’objectif est-il le même à Nantes?

Ça c’est aussi ce qui se passe à Nantes, parce que Madame Johanna Rolland a fait un chemin équivalent et a intégré dans son programme la “Ville du Quart d’heure” c’était “Nantes à portée de ma main”, et donc nous sommes très heureux également parce que ça me permet de montrer que cette voix et n’est pas seulement la voix des scientifiques au niveau de la science mais qu’elle peut contribuer à une transformation très concrète de la ville comme nous souhaitons le faire.

c’est tout à fait intéressant pour nous scientifiques que nos idées sortent du laboratoire et se déploient

Au-delà de la révolution numérique, l’inclusion sociale est indispensable. Comment communiquez-vous avec la société civile?

Aujourd’hui, il est indispensable de créer des liens de confiance avec les habitants de nos territoires qui permettent de créer une nouvelle proximité avec les autorités politiques, essentiel dans la démocratie.  Pour leur permettre d’agir encore plus largement, moi je suis pour et décentralisation très fort: je trouve que nous vivons dans un pays totalement centralisé qui étouffe l’action politique souvent des maires et des présidents de métropole. 
De l’autre côté, il a dit il faut se rapprocher de chacun des habitants et la proximité est l’élément majeur comme évoqué à Paris, où Anne Hidalgo a défini la “Ville du Quart d’heure” comme “le Big Bang de la proximité” et elle a tout à fait raison.
On veut être au plus près de l’habitant dans ses besoins, mais quels sont ses besoins essentiels? Nous on a modélisé 6 besoins essentiels: habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, s’éduquer et avoir des loisirs.
Donc la confiance par rapport aux citoyens, je pense qu’aujourd’hui elle est caractérisée avant tout par notre capacité à recréer des espaces de vie dans lesquels les services de proximité sont un maillon essentiel de la chaîne. 

Tous vos projets ont-ils une ambition limitée à la France ou vous voulez vous étendre à l’étranger aussi?

Nous avons aujourd’hui privilégié un partenariat mondial avec le “C40”, le réseau mondial des villes qui se battent pour le climats, créé par l’ancien maire de New York Mike Bloomberg, présidée par le maire de Rio et ensuite par la maire de Paris Anne Hidalgo. Pendant la première vague de pandémie, la ville de Milan avec son maire Giuseppe Sala a créé une task-force en charge de réfléchir sur la convergence d’une part entre les climats et de l’autre part le Covid-19.
Cette force mondiale a retenu comme programme “la Ville du Quart d’heure” et aujourd’hui on travaille énormément avec le C40 pour déployer un programme des recherches au niveau mondial avec des chercheurs de ces universités qui va être annoncé à Paris le 11 décembre. Ça va être un programme très important parce qu’il déborde les aspects européen et concerne l’ensemble des villes mondiales qui souhaitent s’impliquer dans cette voie pour offrir donc une alternative à la manière de construire une ville beaucoup plus paisible, une ville beaucoup plus humaine, beaucoup plus accessible à tous et chacun, avec de nouveaux modèles des services, avec de nouveaux modèles économiques, avec des nouvelles capacités pour être résilient, qui nous montre justement que la proximité est indispensable pour pouvoir continuer à vivre même quand on peut pas se déplacer.

Dans le cadre du programme de Recherche et Innovation “Horizon Europe” (2021 – 2027), la Commission européenne lance une mission visant à établir « 100 villes climatiquement neutres en 2030 ». Selon vous, les villes en Europe sont-elles engagées dans cette transformation?

On a beaucoup de villes aujourd’hui qui sont tout à fait engagées et qui souhaitent encore davantage s’engager: hier j’ai mentionné Milan, mais on va citer toutes les villes des pays nordiques comme Malmö, Copenhague, les villes du Pays-Bas qui sont également exemplaires comme Utrecht, Groningen, Amsterdam, qui étaient déjà très à la point sur les problématiques du climat, de mobilité et de proximité.  Aujourd’hui à Londres, le maire Sadiq Khan est très engagé, Edimbourg, Dublin aussi. En Italie j’ai discuté avec Milan, Trieste, Trent, en Espagne avec Barcelone, Madrid, Pontevedra, Vigo, etc.
Bref, ce réseau va s’amplifier et va nous apporter expérience et possibilité de changer.


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