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André Gattolin veut rallumer les étoiles européennes

Written by on 1 février 2021

André Gattolin est sénateur (LRM) du département des Hauts-de-Seine et vice-président de la commission des Affaires européennes du Sénat. Européen convaincu il vient de publier « Europe rallumer les étoiles » aux éditions Nevicata. Un titre qui fait référence à un calligramme d’Apollinaire de 1917.
A la fois plaidoyer pour une Europe plus forte, plus souveraine et en même temps regard critique sur certains échecs qu’a connu cette construction européenne depuis 1951. Dans cet entretien, nous évoquons avec lui ses craintes et ses espoirs pour la construction européenne.

Histoire de la construction européenne

La construction européenne a permis la réconciliation franco-allemande ; la fin du conflit en Irlande du nord ; elle a facilité, tardivement, une réconciliation en ex-Yougoslavie. Néanmoins, cette Union européenne dans les années 50-60 s’est construite sur sa partie occidentale, et nous avons eu du mal à proposer, après la chute du mur, aux nouveaux partenaires de l’Europe centrale une vision juste et équilibrée. Ces gens-là attendaient notamment un système de défense face au grand voisin russe. Considérant que l’Europe de l’ouest avait une dette envers eux puisqu’ils auraient été abandonnés au communisme et à l’Union soviétique dans l’immédiat après-guerre.

(…) Nous avons construit l’Europe sur la base d’accords inter-étatiques. Nous avons pris les états constitués, comme l’échelon de base pour les décisions, aussi bien au sein du Conseil européen, avec les Chefs d’Etat et de gouvernement, mais aussi à la Commission où il y a un commissaire par pays. Nous avons singulièrement oublié les européens eux-mêmes, les citoyens, malgré l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct, mais dans le cadre toujours des circonscriptions nationales.

Revoir l’architecture de l’Union européenne

Je crois que l’on a construit l’Union européenne sur les pays ayant une forte convergence économique, appartenant à l’Europe occidentale, celle voulue et appuyée par les Etats-Unis, notamment à travers le plan Marshall. Aujourd’hui il faut reconsidérer que nous n’avons pas tous la même histoire, et que ce qui était créé par un groupe d’hommes politiques dans l’après-guerre, tous issus de la famille démochrétienne, n’est pas nécessairement adapté à l’avenir de l’Europe.

(…) Je crois précisément que quand on parle d’Europe, on colle trop directement cette image à celle de l’Union européenne. Je crois que nous devons réinventer entre pays d’Europe des relations bilatérales plus fortes. Se connaitre d’avantage, sortir des narrations nationales qui ont été construites et qui parfois nous font oublier que l’on est européen.

(…) On se rend compte que dans les instances européennes et notamment dès qu’on arrive au Parlement européen, on oublie sa propre histoire. Parce que l’Europe a été un terrain de guerre de conflits âpres, on pourrait parler de guerre civile, et donc on évite de rappeler les choses qui fâchent. Mais en oubliant cette partie conflictuelle de l’Europe, on oublie aussi les parties communes que nous avons.

(…) J’ai beaucoup d’amis eurodéputés, ils s’enferment très rapidement dans le discours des institutions européennes et leur perception des réalités nationales est oubliée. Moi j’essaye d’être un sénateur européen, c’est-à-dire d’apporter dans la culture de mon pays, de mon institution qui est le Sénat, perpétuellement sur tous les sujets, la dimension européenne.

Parler européen

(…) Je crois que parler européen c’est le connaitre. J’avais proposé il y a quelques années, de faire un Erasmus politique. Je pense que les parlementaires nationaux doivent passer au moins trois mois dans une autre institution que la leur, en Europe. Moi j’ai travaillé au Parlement européen, je me suis beaucoup impliqué dans la vie politique en Italie, en Allemagne, en Belgique et même au Canada. Je crois que c’est comme ça que nous percevons comment se construit de la véritable coopération.

La menace de la Chine

(…) Aujourd’hui où les tensions se ravivent, les relations restent de plus en plus compliquées, avec l’Amérique du Nord et les Etats-Unis en particulier. Mais pour moi la menace principale pour l’Union européenne est la montée en puissance de la Chine, et ses velléités de prédominance dans tous les domaines d’ici 2050. La Chine considère l’Europe comme un marché, discute véritablement assez peu avec les européens mais focalise toute son attention sur l’Allemagne, principale puissance économique avec laquelle elle a d’ailleurs des accords d’investissement.

(…) On voit une Chine beaucoup plus agressive au point de vue international. Sans un esprit de cohésion entre nous, sans désigner ses adversaires, l’Europe ne pourra pas se construire. Progressivement on le voit avec la Route de la soie, certains états pourront être « achetés » par appartement. Le vrai risque de dislocation de l’espace européen est là.

(…) C’est un véritable danger, parce que demain le risque de rachat d’entreprises européennes par la Chine ou d’autres puissances est extrêmement fort. La réalité c’est que l’Europe s’est désindustrialisée au nom de la compétition internationale, on en voit les conséquences.

Ca veut dire augmenter les capacités budgétaires de l’Union évidemment ! Moi je dis que si à horizon de 2030, voire 2050, le budget partagé, le budget commun de l’Union européenne n’atteint pas 3 % du PIB de l’espace européen, nous ne serons pas en mesure demain de résister à la fois au développement et aux entreprises technologiques nord-américaines et surtout chinoises.

Brexit

Je crois que les vraies conclusions du Brexit, on les verra seulement à un horizon de dix ou vingt ans. Parce qu’effectivement l’accord trouvé in extremis en fin d’année, ne gère qu’une toute petite partie des problèmes. Les 1 400 pages ne gèrent pas les 12 000 textes qui rassemblaient le Royaume-Uni et l’Union européenne. Donc les négociations vont continuer. Il y aura à nouveau des points d’achoppement, mais on voit bien qu’il est difficile à terme de construire une véritable Europe sans l’apport du Royaume Uni.

Redonner du sens à la solidarité

Dans la crise du Covid-19, on a eu cette réaction saine de l’Union européenne, de remettre en cause certains de ses préceptes comme : l’Europe ne peut pas emprunter en son nom ; l’Europe soudainement peut dépasser les normes de déficit budgétaire pour réagir à la crise. D’une manière générale c’est vrai que l’Europe s’est créée aussi sur un système de mutualisation et de redistribution à travers les fonds régionaux. Ces dernières années jusqu’à la crise du Covid, on a le sentiment que la dimension redistributive de l’Europe sur son territoire s’est amenuisé au profit d’une politique, au contraire, d’accroissement de la compétitivité.

(…) La stratégie de mutualisation que nous avons eu pour faire le plan de relance est un premier pas mais il ne faudrait pas que ce ne soit qu’un feu de paille. Il va falloir repenser la solidarité. Quand on parle d’espace de paix et de prospérité on a oublié le substantif qui est : partagé. Oui la paix, oui la prospérité mais la prospérité ces dernières années au sein de l’Union européenne s’est fondée un peu sur le chacun pour soi.

La rôle de la France et des Régions

(…) Le reproche que je ferai actuellement à la place de la France, c’est que nous ne parlons pas vraiment l’européen. Nous y allons de manière un peu bonapartiste, en disant il faut faire ça, mais tout cela se construit.

(…) La France a un discours où nous parlons d’Europe toujours d’en haut, et nous ne savons pas impliquer nos régions qui sont pourtant très importantes, nos collectivités locales, nos ONG, nos associations dans le débat européen. Nous pensons que finalement c’est le fait du Chef, donc du président de la république qui décide et qui va donner l’impulsion. Je crois que ce n’est pas suffisant et j’en appelle les Français à apprendre l’Europe à parler véritablement européen comme le font des pays plus décentralisés comme l’Allemagne, mais aussi la Belgique, l’Autriche et d’autres.

(…) Il faut donner aux régions leur voix au chapitre mais il faut aussi qu’elles s’emparent, pas seulement de leur droit de parole, mais aussi de leurs responsabilités.

Interview réalisée par Laurence Aubron / Montage: Cécile Dauguet


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