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Les banques se mettent au vert : Maud Caillaux nous explique

Écrit par sur 13 avril 2021

Le 18 mars dernier la Banque Centrale Européenne a discrètement publié les premiers résultats d’une enquête sur les risques environnementaux dans le secteur bancaire. Elle demande notamment aux banques d’effectuer rapidement une transition écologique. Car en effet, le milieu bancaire est un très mauvais élève en matière de développement durable ! Pourtant une vraie prise de conscience est en train d’avoir lieu et pour faire un point avec nous aujourd’hui, Maud Caillaux experte de la Finance Verte et co-fondatrice de la néobanque écologique Green Got.

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La cause environnementale est notre sujet du jour mais pour vous c’est l’engagement d’une vie. Comment l’écologie est-elle devenue essentielle dans votre parcours professionnel ?

Maud Caillaux : Elle est devenue déjà essentielle dans ma vie personnelle au départ. Il faut savoir que je ne suis pas éveillée à l’écologie depuis ma plus tendre enfance, ça a été vraiment un éveil assez tardif, au début de ma vingtaine. On a l’impression qu’on est très éduqués sur la crise climatique avec beaucoup de presse et de médias à ce propos mais en fait on me disait : “+2°C”, moi j’habitais à Dijon à l’époque, plus 2 degrés ça m’allait parfaitement. J’ai l’impression qu’on passait de 18 à 20 degrés et que c’était bon. Et en fait c’est au fur et à mesure de mon éducation sur le sujet que ça a pris une place prépondérante, à cause justement de la problématique qui est assez énormissime. Et ensuite c’est venu comme une évidence de donner beaucoup plus de sens à mon travail, donc à ma vie professionnelle pour essayer de lutter contre cette crise.

Et donc vous avez fondé une néobanque écologique, mais qu’est ce que c’est exactement ?

MC : Une néo banque verte, c’est-à-dire qui va employer des fonds pour financer la transition écologique et non plus au financement des énergies fossiles et d’entreprises peu vertueuses.

Et un tout premier moyen pour vous pour lutter contre cette crise et pour alerter les consciences, ça a été la création d’un site internet : combienemetmonargent.info. Comment fonctionne ce site ?

MC : En fait c’est très simple. Sur ce site tu mets ton épargne, donc la fourchette de l’épargne que tu as dans ta banque, tu mets ta banque aussi, tu la renseignes, et tu appuies sur un bouton et là on calcule les émissions de CO2 qui sont générées chaque année à cause de ta banque, grâce à ton épargne dans ta banque. Donc ça veut dire que ta banque aujourd’hui elle émet beaucoup de CO2 indirectement en finançant des acteurs qui eux émettent ce CO2, qui sont extrêmement polluants et donc pour te donner un peu plus une idée de ton impact toi direct dans ta banque, on a créé ce petit outil qui permet de voir les tonnes de CO2 qui sont émises en ton nom finalement, grâce à ton argent dans cette banque. Et tu peux aussi voir surtout les équivalents. Parce qu’on ne comprend pas trop, est-ce que c’est grave 1 tonne de CO2 ou est-ce que ce sont 10 tonnes qui sont graves ? Tu peux voir combien de m2 par exemple de banquise fondent chaque année à cause de cette quantité de CO2 émise, tu peux voir en terme d’aller et retour en avion et tu peux voir aussi en terme de quotas carbone par personne si on devait respecter les accords de Paris, c’est à dire si on devait respecter les 3 tonnes de CO2 par personne et par an. 

Et justement on se rend compte alors que les émissions indirectes des banques sont très polluantes, mais ça correspond à quoi exactement ces émissions indirectes ?

MC : Un chiffre, le plus récent, c’est que les 6 plus grandes banques françaises émettent 8 fois plus de CO2 que les émissions territoriales de la France chaque année. Donc c’est absolument énorme, il faut imaginer toutes les émissions qu’on fait sur notre territoire français en une année, les banques, elles, en font 8 fois plus. Et à quoi est-ce que c’est dû ? Ce n’est pas dû au nombre de mails que les banques envoient, pas non plus à leurs serveurs, ça on ne le prend même pas en compte. C’est vraiment dû à l’impact de leurs investissements. Par exemple si une grande banque finance RWE qui est un gros groupe énergéticien, le Total allemand, si elle lui prête 10% de la somme nécessaire  pour construire sa nouvelle centrale à charbon alors, ça c’est la méthodologie des études, 10% des émissions qui vont êtres émises par cette centrale vont être imputées à la banque. Tu agglomères toutes ces émissions de CO2, et ensuite tu le fais au prorata du montant de l’épargne que cette banque gère et ensuite tu peux donner vraiment l’intensité carbone de chaque euro par cette banque. 

Quelle est l’attitude des banques aujourd’hui, est-ce qu’elles sont bonnes élèves ou est-ce qu’elles trainent du pied ?

MC : C’est difficile d’enclencher le mouvement mais elles s’y mettent tout doucement. Après les banques elles sont un petit peu sur un chemin de crête parce qu’elles ont énormément d’actifs carbonés dans leur bilan et que si elles les lâchent tous d’un coup et bien ces actifs deviendront irrécupérables, ça va valoir zéro et ça va être très compliqué pour elles de gérer ça. Mais d’un autre côté si elles continuent dans leur lancée à financer massivement ces industries fossiles qui émettent beaucoup de CO2, d’une manière ou d’une autre et très très rapidement elles vont être impactées par des changements climatiques qu’elles auront accéléré parce que toutes les entreprises vont être impactées d’une manière ou d’une autre par cette crise, et du coup leur chiffre d’affaires et leur capacité de remboursement auprès de ces banques… Donc l’enjeu est énorme puisque l’argent c’est le nerf de la guerre, il n’y a rien de nouveau et là où l’argent va, le monde de demain se construit. Il faut choisir quel monde on veut construire : est-ce que c’est celui qui va continuer avec toutes les industries fossiles ? ou est-ce que c’est celui qui a absolument besoin de financements aujourd’hui qui vont permettre plus d’économies d’énergie et qui vont permettre un futur décarboné et beaucoup plus respirable ?

Et c’est d’ailleurs la volonté affirmée par Christine Lagarde à la tête de la Banque Centrale européenne, que l’institution devienne un acteur de la lutte contre le réchauffement climatique. Pensez-vous alors Maud que l’échelle européenne est plus pertinente pour pousser les banques à la finance verte ?

MC : Oui bien sûr, plus l’échelle sera grande plus les changements le seront aussi et ce qui est très important dans la crise climatique c’est de bien garder en tête qu’on est tous dans le même bateau. Donc si à notre échelle en France on est tous très très bons et très très écolos, les émissions territoriales françaises ne représentent que 1% des émissions mondiales. Donc c’est pas ça à priori qui va complètement changer la trajectoire que nous suivons, donc la finance, notamment à l’échelle européenne, mais en fait la finance c’est surtout à l’échelle mondiale puisque notre finance est extrêmement mondialisée, va pouvoir vraiment agir là où l’avenir climatique se joue dans des régions extrêmement polluantes aujourd’hui comme la Chine ou l’Inde mais aussi des régions qu’il faut accompagner dans la construction d’infrastructures plus durables comme en Afrique.  

Et plusieurs néobanques écologiques ont vu le jour en Europe ces dernières années comme par exemple la bancaetica en Italie, APS Bank à Malte, Cultura bank en Norvège, Coop 57 en Espagne et bien d’autres. Mais concrètement Maud, qu’est-ce-que ces banques proposent, quelles sont les différences avec une banque “classique” ?

MC : Ce qu’on propose concrètement nous, après chaque acteur a des offres différentes, nous on propose un compte courant grâce auquel à chaque ouverture on va financer des projets impacts donc liés à une carte de paiement. Et on va surtout aussi proposer de l’épargne où là on va pouvoir vraiment proposer à nos membres d’êtres très pro actifs dans le financement de la transition en choisissant les secteurs de la transition écologique et énergétique qu’ils veulent financer grâce à leur argent. 

Mais est-ce que pour un particulier, placer son épargne dans une néobanque qui finance la transition écologique, c’est une démarche individuelle qui peut faire une vraie différence ? 

MC : Un chiffre peut-être pour mieux comprendre cette question : si vous avez 15 000 euros dans l’une des quatre plus grandes banques françaises, cet argent permet d’émettre 11 tonnes de CO2 par an. Sur un an dans notre vie on émet entre 11 et 12 tonnes de CO2 par an, ça c’est la moyenne française, c’est-à-dire notre consommation, les transports… Donc notre argent, notre épargne, 15 000 euros c’est pareil ! Il faut savoir qu’en moyenne pour les Français, ceux qui ont de l’épargne, c’est 44 000 euros. Donc c’est 3 fois plus ! Donc c’est à notre échelle, à l’échelle du particulier, c’est le premier geste qu’ils peuvent faire pour préserver l’environnement et lutter contre la crise c’est justement regarder où est-ce que son argent est placé et surtout le placer dans des institutions, ou lui même directement dans des actifs qui sont beaucoup plus responsables et verts. Donc oui le particulier a un énorme rôle à jouer puisqu’il a cet énorme levier à portée de main en fait.

C’est donc une nouvelle dynamique du secteur bancaire qui se dessine. Aujourd’hui le particulier peut donc choisir de placer son épargne dans une banque qui s’engage à utiliser cet argent pour financer des projets écologiques. Ces mêmes projets qui rendent l’avenir du particulier plus respirable et durable.


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