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One Ocean Summit : une semaine pour réfléchir à la mer de demain

Écrit par sur 14 février 2022

Organisé à Brest du 9 au 11 février 2022 dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, le One Ocean Summit se proposait de poser les enjeux de l’océan sur un plan international. Présenté comme un des point d’orgue de cette PFUE, il a rassemblé pendant trois jours, experts, professionnels, passionnés, politiques et responsables économiques, pour donner un coup de projecteur sur les pressions qui pèsent sur le milieu marin. Enjeux environnementaux, économiques, politiques, sociaux : la manifestation avait la vocation d’insister sur le fait que la mer attend une réponse internationale en la matière.

Euradio a profité de toute cette effervescence pour partir à la rencontre des acteurs du monde de la mer. Pêcheurs, scientifiques navigateurs, industriels… On vous partage quelques idées qui ont fait leur chemin pendant cette semaine à la pointe bretonne : 

“Il faut redéfinir notre rapport à l’océan” – Gilles Boeuf

Biologiste, tour à tour chercheur à l’IFREMER, président du muséum d’histoire naturelle, et désormais professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie, Sorbonne Université, Gilles Boeuf milite pour la préservation de la biodiversité. Selon lui, la clé d’une gestion durable de la ressource réside dans la redéfinition de notre rapport au milieu marin, et à la mise en œuvre de pratiques de pêche et d’aquaculture responsables considérant les écosystèmes marins dans leur globalité.

Pour moi, c’est un monde à quatre piliers qui va nous en sortir : la science, la politique, la société civile… et le dernier, indispensable, c’est l’entreprise. Les entreprises doivent s’emparer de ces questions là. Les bons ont compris que si on laisse le climat s’emballer, et le vivant partir, il n’y aura plus de business possible. 40% des transactions financières viennent du vivant.

Gilles Boeuf, biologiste, professeur à l’université Pierre et Marie Curie, Sorbonne Université (Paris)

Comprendre les enjeux pour mieux protéger – Céline Liret

Céline Liret est directrice scientifique d’Océanopolis à Brest. Plus qu’un aquarium, le lieu est un centre culturel consacré à la vie marine. Pendant cette semaine, en marge du sommet officiel, Océanopolis organisait une série de conférences, avec l’objectif de rendre accessible à tous les enjeux parfois techniques à l’agenda de ce sommet. 

L’océan, c’est 70,8% de la surface de notre terre, 97% des eaux du globe. C’est un écosystème essentiel pour la vie sur terre. Notre rôle, c’est de faciliter la compréhension pour le grand public, qu’il se créée une culture maritime et devienne un citoyen de la mer”

Céline Liret, directrice scientifique d’Océanopolis (Brest)

Regards croisés de navigateurs sur les enjeux océaniques

Thomas Rouxel parcoure l’océan en tant que skipper professionnel depuis plus de quinze ans. D’une mer à l’autre, il a été le témoin de l’évolution de la santé de l’écosystème marin. Son constat est sans appel : la pollution plastique est massive dans certaines régions du monde, comme l’Asie du Sud-Est.

Dans le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l’Indonésie, pendant trois ou quatre jours, on avait en permanence une quantité phénoménale de plastique. C’était hallucinant.

Thomas Rouxel, skipper professionnel

Des questionnements partagés par Roland Jourdain. Le navigateur, avec l’entreprise Kaïros qu’il co-gère à Concarneau, s’est donné la mission de réduire l’impact de la course au large sur l’environnement. En développant des matériaux composites recyclables pour la construction des bateaux, il tente désormais de concilier sport et respect de la nature.

L’accélération fait gagner du temps, mais dans le sillage, est-ce qu’il n’y a pas des dégâts qu’on aurait pas vus ? Nos courses au large sont impactantes. On pourrait se dire “arrêtons de tout construire avec un type de matériau, acceptons de ralentir”.

Roland Jourdain, navigateur et co-gérant de Kaïros (Concarneau)

La vente directe en circuit court : la clé d’une pêche plus durable selon Thibaut Josse

Thibault Josse est coordinateur de l’association Pleine Mer, qui rassemble des pêcheurs et des consommateurs qui défendent une pratique durable et équitable de la pêche. Selon lui, l’avenir réside dans une pêche artisanale, en circuit court, qui garantit la préservation du milieu et une rémunération juste des professionnels. Il pointe du doigt la pêche industrielle. Selon lui, une refonte complète de la réglementation européenne, notamment sur les quotas, est nécessaire pour limiter les conséquences sociales et environnementales de ce type de pêche.

On est dans une approche de la durabilité assez complexe. On est pas juste sur de la durabilité environnementale, mais il y aussi une durabilité sociale : comment les salariés sont payés ? Les travailleurs détachés sont-ils déclarés ? Quel est le statut des femmes de pêcheurs qui s’occupent souvent de la vente directe ?

Thibault Josse – Coordinateur de l’association Pleine Mer

Pour une aquaculture plus durable avec Raphaëla Le Gouvello

Quand on pense à l’aquaculture, on imagine rarement un modèle de production vertueux pour l’environnement. Mais il en existe de nombreuses formes, dont certaines pourraient concilier production alimentaire et préservation du milieu marin. Passionnée de la mer, Raphaëla Le Gouvello a mené une carrière de vétérinaire puis de scientifique spécialisée dans l’aquaculture, lorsqu’elle ne traversait pas l’Atlantique en planche à voile. Elle est la fondatrice de RespectOcean, un réseau d’entreprises engagées pour la mer qui tentent de proposer des innovations et des bonnes pratiques pour une gestion durable de la ressource. Elle travaille aujourd’hui avec l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) à la caractérisation de formes d’aquaculture durables.

On est en train de montrer qu’il y a des systèmes aquacoles qui ont de vrais bénéfices pour le milieu marin : lutter contre l’érosion, apporter un habitat à d’autres espèces… On a travaillé sur plusieurs cas d’études. En Polynésie française, une aquaculture du bénitier s’est mise en place, permettant de lever la pression sur la ressource et éviter la pêche illégale. En Europe, on a montré que les productions de coquillages pouvaient jouer le rôle de station d’épuration du milieu.

Raphaëla Le Gouvello – Scientifique spécialiste de l’aquaculture, fondatrice de l’association RespectOcean

Des fonds européens qui soutiennent une “économie bleue” durable – Luce Demangeon

L’Europe, c’est du concret : Luce Demangeon anime le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, le FEAMP. Concrètement, elle porte la candidature de projets maritimes qui s’inscrivent dans une démarche durable sur sur le territoire Brestois. Et autant dire qu’à la pointe bretonne, il y a de quoi faire : une vingtaine de projets ont été soutenus sur la programmation 2014-2020. Comment solliciter ce fonds ? Quel montant peut être attribué par projet ? Que peut on financer ? Elle nous a tout expliqué :

Pour obtenir ces fonds, la première chose à faire, c’est de m’appeler. Vous serez toujours bien reçus. Notre intérêt est de ne passer à côté d’aucun projet qui pourrait servir le territoire. On a une enveloppe de 2 millions d’euros, 1 million d’euros de fonds européens et 1 million d’euros de la région Bretagne. Avec cette enveloppe, pendant six ans, je dois trouver des projets éligibles.

Luce Demangeon, animatrice fonds européens au Pôle métropolitain du pays de Brest

Suivre les embarcations depuis le ciel pour une meilleure gestion de la pêche artisanale – le projet Européen STARFISH

La pêche artisanale ne fait l’objet d’aucun suivi et de réglementation au niveau européen. Pour mieux encadrer l’activité, la commission européenne a demandé au français CLS, filiale du CNES, de mettre en place un suivi par satellite des pêcheries artisanales européennes. Le projet Starfish a pour objectif de tester le dispositif sur les côtes grecques et mauritaniennes. Hervé Galabert est directeur de l’unité commerciale gestion durable des pêches chez CLS. Il nous donne tous les élements pour comprendre ce projet :

On a voulu avec le projet Starfish, équiper une partie de ces petits navires pour pouvoir collecter de la donnée que l’on a remonté à la commission européenne. L’objectif est de permettre aux scientifiques d’estimer les prélèvements de poissons sur les stocks naturels et de modéliser l’impact de cette pêche artisanale pour une gestion plus durable.

Hervé Galabert – Directeur de l’unité commerciale “gestion durable des pêches” chez CLS (Toulouse)

L’industrie navale militaire face aux enjeux environnementaux – Eric Papin

Eric Papin est directeur Technique et Innovation chez Naval Group, concepteur de navires armés et de systèmes de combat. Intervenant au sommet officiel dans la table ronde “l’industrie maritime : pour des mers durables”, l’industriel a rappelé que les enjeux environnementaux faisaient petit-à-petit leur chemin dans la construction navale. 

On essaye de travailler pour proposer de nouvelles architectures, majoritairement hybrides, entre l’électrique et de nouvelles sources d’énergie comme les batteries ou les piles à combustible, pour répondre à ces challenges. On a des méthodes qui consistent à déterminer les impacts environnementaux des bateaux. En fonction des impacts identifiés, on va proposer des solutions au client.

Eric Papin, directeur Technique et Innovation chez Naval Group (Nantes)

Entretiens de Thomas Rocher réalisés lors du One Ocean Summit à Brest.


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