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Les enseignements à tirer d’un conflit armé – La chronique de Quentin Dickinson

Écrit par sur 18 mai 2022

La guerre en Ukraine est sans doute encore loin d’être finie, mais vous pensez, que l’invasion russe va changer fondamentalement la façon dont on conduira désormais tout conflit armé ?

C’est cela : ce qui se déroule littéralement sous nos yeux est assez comparable au remplacement, au sein des armées il y a une centaine d’années, des escadrons de cavalerie par des régiments mécanisés. J’y reviendrai.

Mais la première leçon de l’invasion de l’Ukraine, c’est incontestablement la fin de la réputation historique d’invincibilité des forces armées russes. On s’aperçoit ces jours-ci que cette réputation n’était, depuis plus d’un siècle, qu’une illusion soigneusement entretenue par la machine de propagande, particulièrement efficace, au service du Kremlin sous les régimes successifs.

La réalité militaire est en fait moins glorieuse : les déboires des grandes armées lancées à l’assaut de la Russie — qu’il s’agisse de celles de Napoléon 1er ou de celles d’HITLER – sont dues davantage à la rudesse du climat et à la totale indifférence des généraux russes vis-à-vis de leurs propres pertes en vies humaines, c’est-à-dire la combinaison du ‘Général Hiver’ et du ‘Rouleau compresseur russe.

Mais depuis belle lurette déjà, l’OTAN avait repéré un autre général tout aussi imaginaire, qui, lui, n’était pas
vraiment l’allié des forces russes : c’est le ‘Général Rouille’, façon d’évoquer les énormes stocks d’armes et de munitions soviétiques entreposés n’importe comment et peu entretenus.

Mais, vous le disiez, il y a encore plus important comme enseignements pour les dirigeants militaires de la planète ?

Pour les dirigeants militaires, en effet, mais aussi pour les responsables politiques dont ils dépendent.
D’abord – et ce ne devrait pas vraiment constituer une découverte – c’est que, si l’intendance n’est pas capable de suivre, ce n’est même pas la peine d’envisager une attaque. C’est toute la sagesse de l’expression populaire, selon laquelle mieux vaut ne pas s’embarquer sans biscuits. On ne le dira jamais assez.

Ensuite, depuis la Seconde Guerre mondiale, l’on enseigne dans toutes les académies militaires du monde que le premier objectif de toute offensive, c’est de s’assurer la suprématie aérienne du terrain, et qu’après, eh bien, tout ira bien.

Or, depuis deux mois, nous savons que ce n’est plus vrai : la couverture généralisée et détaillée du sol par les constellations de satellites (militaires, civils, ou commerciaux), alliée aux drones, désormais omniprésents, efface complètement tout effet de surprise — bref, les avions, on les voit venir de loin.

Mais le plus fondamental est ailleurs : c’est l’irruption de moyens légers, peu coûteux, et très mobiles, contre lesquels la panoplie des moyens lourds traditionnels s’avère quasi-impuissante.

En dépit de leur blindage multicouche revêtu de tuiles d’acier pyrotechniques, les chars d’assaut les plus récents se font mettre hors d’usage d’un seul tir par des armes portées et mises en œuvre par un seul homme, hors de portée de la cible. Ceci vaut aussi contre les aéronefs. De même, les drones, jusqu’à relativement récemment confinés à l’observation, se montrent désormais très efficaces en attaque. Et il suffit de relativement peu de bricolage pour
transformer un drone – que n’importe qui peut acheter pour moins de deux mille Euros — en une redoutable arme d’attaque au sol.

Et qu’en est-il, QD, de l’artillerie et des missiles ?

Pour que ces moyens-là conservent une quelconque utilité, encore faut-il qu’ils soient mobiles – terminées donc les rangées de silos, comme autrefois en France, au Plateau d’Albion, trop vulnérables à une frappe préventive. Mais les engins terrestres sont lourds et lents et, dépourvus de chenilles, ne peuvent circuler que sur route. De plus, leur mise en œuvre n’est pas instantanée, et requiert le positionnement d’au moins trois véhicules indispensables au déclenchement du tir.

En fait, cette norme de dissuasion reposera désormais exclusivement sur les flottes de sous-marins, et là que devra se concentrer demain l’essentiel des investissements majeurs de la défense. Ce nouvel art de la guerre coûtera certes beaucoup moins cher aux Etats en équipement courant, mais l’inévitable recours à l’intelligence artificielle pourrait engendre par exemple des escadrilles de drones tueurs tactiques qui décideront eux-mêmes de leurs cibles – et, vu le chaos qui caractérise aujourd’hui déjà le cyberespace, cette perspective n’est franchement pas faite pour rassurer.


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