La guerre des étoiles

Artémis II

© NASA Artémis II
© NASA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

On se retrouve aujourd’hui pour discuter de la mission en cours du programme Artémis, le retour des humains sur la Lune.

La première mission habitée au-delà de l’orbite terrestre depuis plus de cinquante ans ! Artémis II est la première mission habitée du programme Artémis, dix jours de vols autour de la Terre et de la Lune pour tester le module Orion, les manœuvres en orbite pour le ravitaillement qui sera nécessaire pour les missions d’exploration et d’occupation lunaire. Et un franc succès, à plus d’un titre !

Est-ce que tous les objectifs de la mission ont été remplis ?

Oui, si ce n’est les toilettes d’Orion, l’innovation confort dont devaient pour la première fois bénéficier les astronautes, et qui a vallu à Christina Koch, première femme en orbite lunaire, le surnom de “plombière de l’espace”.

Les objectifs étaient multiples : découvrir et se familiariser avec le module d’habitation Orion ; évaluer l’impact d’un voyage dans l’espace profond et derrière la face cachée de la Lune sur le corps humain ; la précision des manœuvres du SLS ; maîtriser la transition entre orbite terrestre et cislunaire… Et puis cet objectif symbolique mais essentiel et intrinsèque à Artémis, donner une place aux femmes dans le programme grâce à Christina Koch, aux afro-américains grâce à Victor Glover, et aux partenaires de la NASA grâce au canadien Jeremy Hansen.

C’est une véritable répétition générale de la mission habitée à venir qui se posera sur la Lune.

Absolument, c’est une étape critique dans un programme qui a pris un retard désormais assumé par la NASA. Et qu’il était d’autant plus importante de réussir que Artémis III, qui à l’origine était la mission habitée d’alunissage, a été reportée à Artémis IV, prévue maintenant pour 2028 ; et la NASA a insérer une mission supplémentaire pour 2027 qui porte maintenant le nom d’Artémis III et qui vise à réaliser des tests en orbite terrestre pour valider les systèmes de commandes et de survie et le rendez vous avec l’alunisseur. Donc les manœuvres réalisées par Artémis II ont déjà montré que c’était faisable, mais puisque la mission actuelle effectue un retour risqué et différent de celui d’Artémis IV, une répétition en plus n’est pas de trop.

Puisque les astronautes d’Artémis II ne se sont pas posés sur la Lune, ils reviennent directement sur Terre sans utiliser l'atterrisseur lunaire comme plateforme de lancement. Comment se passe leur retour sur Terre ?

Leur réentrée dans l’atmosphère est très risquée, justement parce qu’ils arrivent extrêmement vite, et à un angle qui va réduire la friction, ce qui avait gravement endommagé la capsule de la mission Artémis I, mais ce qui va aussi les faire entrer plus vite. En utilisant la gravité de la Lune pour en faire le tour et se réinsérer en orbite terrestre et immédiatement être aspirés par la gravité de la Terre, la capsule est entrée dans l’atmosphère à plus 43 000 km/h, et son bouclier thermique –qui est connu pour avoir des défauts– a résisté à 3 000°C. Pour comparaison, la température à la surface du Soleil est d’environ 5800°C. Le choc thermique de la réentrée atmosphérique est tellement fort, et l’air tellement chaud à cause des frictions qui ralentissent brutalement la capsule, que du plasma en fusion se forme autour.

Mais bonne nouvelle, les astronautes ont bien rétabli le contact avec la NASA une fois sortis des six minutes où la capsule était une boule de feu en fusion. Les parachutes se sont bien ouverts, et ils ont amerri dans l’océan Pacifique comme prévu, où ils ont été récupérés en excellente santé et très bonne humeur !

La réentrée atmosphérique doit tout de même être un choc, et pas uniquement thermique, pour le corps humain.

Effectivement, ils passent de 35 fois la vitesse du son à une décélération brutale. Ils doivent être bien épuisés et leurs muscles aussi, surtout que les astronautes ont été énormément sollicités pendant la mission, au cours de laquelle ils ont pu assister à une éclipse solaire depuis leur capsule, ce qui a donné de très belles photos pour nous néophytes et non-initiés ; et ils ont surtout pu tester la maniabilité d’Orion, qui est une telle réussite que les ajustements de trajectoire ont été plus réduits que prévu ; ils ont aussi testé la pressurisation des nouvelles combinaisons du programme ; ils ont photographié la face de la Lune que nous ne pouvons jamais observé depuis la Terre, et y ont fait la découverte de nouveaux cratère ; et ont battu un record symbolique et historique.

Lequel ?

Artémis II est la mission qui a été à la distance la plus éloignée de la Terre, à plus de 406 000 km. Ils ont passé plus d’une demie-heure avec les communications NASA-Orion coupées, ce qui doit sembler très long dans une boîte de conserve intersidérale.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.