Les éclaireurs du voyage

Les Famadihana - Voyage à Madagascar

© Sitraka Mamy Tantely Andriamialijaona Les Famadihana - Voyage à Madagascar
© Sitraka Mamy Tantely Andriamialijaona

Toutes les semaines, Stéphanie Taupin et Fabien Hée vous emmènent à la découverte de l'Europe... et plus si affinité ! Les cofondateurs de l'agence Les Éclaireurs Du Voyage ramènent de leurs repérages sur le terrain, souvenirs de rencontres, trouvailles insolites et conseils pour vos prochains voyages. Un regard parfois amusé, toujours sincère, sur ces destinations qui nous entourent et nous en font voir de toutes les couleurs.

Bonjour Stéphanie Taupin

Bonjour Laurence,

Vous êtes cofondatrice de l’agence Les Eclaireurs Du Voyage et aujourd'hui vous nous emmenez en ligne droite vers le sud, à Madagascar. Que s’y passe t’il ?

Je vais vous parler d’un sujet qui peut paraître pas très gai, mais commençons par dire qu’à Madagascar, la mort n’est pas la fin. C’est très important de l’avoir à l’esprit.

Lorsqu’une personne décède, elle entre dans le royaume des esprits, qui vivent dans les animaux, les arbres, l’air... Un peu partout en fait. Et c’est pour ça par exemple qu’on ne pointe pas du doigt à Madagascar, pour ne pas offenser les esprits. C’est un des nombreux fady, tabous si vous voulez, qui régissent la vie quotidienne.

Ceci posé, commence actuellement la saison de Famadihana dans la région des hauts plateaux de Madagascar. Les cérémonies vont s’étaler jusque fin septembre, parfois même octobre.

Qu’est-ce que c’est que Famadihana ?

Famadihana est souvent traduit de façon erronée comme le « retournement des morts ».

En fait, dans la région d’Antsirabe, Ambositra... C’est à dire toute la région des rizières en terrasses, on pratique Famadihana.

Pour ne pas entrer trop en détails, la famille et les amis d’un défunt se réunissent, et vont exhumer son corps pour l’envelopper d’un nouveau linceul. D’où l’expression de retournement qu’on entend parfois.

C’est une cérémonie qui est chère aux habitants de la région, et qui contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, n’est pas triste. Pendant deux jours, l’être cher fraîchement emmailloté si on peut dire, va être au milieu des danses et repas, avec les siens, avant d’être à nouveau enterré jusqu’à la prochaine fois.

C’est une cérémonie qui se reproduit donc, Stéphanie ?

Oui effectivement, généralement cela a lieu tous les 5 à 7 ans, en fonction des moyens de la famille tout simplement. Car faire venir les proches en pousse- pousse, les nourrir, les loger, acheter les mètres de tissu... ça a un coût certain pour la famille.

Mais comme je vous le disais tout à l’heure, la mort n’est pas la fin à Madagascar, et on ne rechigne pas aux dépenses pour la vie après la mort. Il m’est arrivé d’apercevoir par hasard toute une file indienne de gens, marchant à travers les parcelles cultivées. Elles suivaient un linceul porté sur les épaules de quelques hommes. Il devait y avoir au moins 50 personnes ! Dans un pays où le niveau de vie est assez bas...

Existe-t’il d’autres traditions comme cela dans les autres régions de Madagascar ?

Dans un style très différent et plus abordable quand on voyage à Madagascar, il y a la construction des tombeaux en pays Mahafaly. On est là au sud-ouest du pays sur un plateau calcaire, et donc le défunt va avoir le droit à une sorte de « maison permanente ».

Ces tombeaux sont construits sur un lieu choisi par la personne de son vivant, mais l’édifice est véritablement commencé à sa mort. Ce qui évidemment implique que la famille conserve le défunt pendant quelques semaines parfois, le temps d’achever les travaux.

Ces tombeaux sont décorés de façon très personnelle, pour refléter ce que fut la vie de la personne. On peut retrouver dessus des cornes de zébus en quantité variable selon sa richesse, des peintures montrant des scènes de vie... Et puis il y a les aloalo, qui sont de somptueux poteaux funéraires en bois, finement sculptés, et qui eux aussi donnent une indication sur la richesse et le statut social du défunt.

Stéphanie Taupin, on peut donc admirer ces tombeaux ?

Oui tout à fait, c’est même espéré par les familles ! Les plus riches ont souvent choisi d’avoir leur sépulture le long de la grand route, pour pouvoir être vues par les passants. C’est un hommage qu’on leur rend en voyant leur tombeau, ils ne sont pas ignorés, oubliés.

Un autre peuple à avoir des tombeaux intéressants, ce sont les pêcheurs Vezo, le long de la côte autour de Toliara, ou Tuléar comme la ville s’appelait sous la colonisation française. Eux surplombaient leurs tombeaux modestes de majestueuses statues en bois montrant des scènes érotiques assez précises... J’utilise le passé car même s’il en reste quelques unes disséminées entre dunes et broussailles, elles tendent à disparaître à cause de collectionneurs peu scrupuleux.

Alors Laurence, c’est vrai que ça fait quelques minutes que je ne vous parle que de morts et de tombeaux, et pourtant c’est une façon très vivante et actuelle de découvrir la culture malgache. Comprendre leurs valeurs, les fadys, voir la différence de traitement de la mort d’une région à l’autre, c’est s’ouvrir à eux, et les Malagasys, qui sont assez timides, y seront sensibles lors de vos rencontres.

Stéphanie Taupin, une dernière interrogation : Ces régions se visitent-elles toute l’année ?

Dans l’absolu oui.

Simplement, en faisant abstraction de Famadihana qui va s’étaler de juin à septembre mais que je n’incite pas à essayer de voir... je vous recommande la période d’avril à octobre pour bénéficier de la saison sèche.

Je vous indique cela plus pour une question d’état des pistes, et pour les possibilités de randonner dans les massifs de l’Isalo ou de l’Andringitra, que pour une pure question de préférence de température.

Pour ceux qui imagineraient profiter de la baignade en territoire Vezo, notez que de juin à août c’est l’hiver austral, et les températures de l’air sont plus fraîches et peuvent varier fortement, typiquement de 17 à 27 degrés.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.


J’ai réussi à parler de Madagascar sans parler une seule fois des Lémuriens. Pour ceux qui ont eu la patience de suivre jusqu’au bout ce podcast et se demandent s’ils habitent dans les régions mentionnées, voici les réponses :

https://leseclaireursduvoyage.fr/ou-voir-les-lemuriens-a-madagascar/