L'éco de Marc Tempelman

Les thématiques clés pour 2026

Photo de Sortter sur Unsplash Les thématiques clés pour 2026
Photo de Sortter sur Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’investissement gratuite Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc et bonne année.

Bonjour et meilleurs voeux à vous et tous les auditeurs d’Euradio.

Pour commencer l’année, si vous deviez résumer, quelles sont selon vous les grandes questions financières auxquelles les investisseurs devront répondre en 2026 ?​

En dehors des risques géopolitiques, que nous ne pouvons maîtriser, en 2026, plusieurs thèmes dominent : la solidité des emprunteurs, la reprise des introductions en bourse, l’adaptation des banques à un monde de taux plus volatils, la trajectoire de l’inflation, et le degré de tolérance des marchés face à des États très endettés. Pour un investisseur particulier, cela se traduit par une question simple : où trouver du rendement sans prendre des risques que l’on ne comprend pas.​

On a beaucoup parlé récemment de signaux d’alerte dans le monde du crédit, notamment dans le secteur du crédit privé et la dette à haut rendement. Pourquoi ce sujet est‑il si important en 2026 ?​

Dans le crédit, il y a un vieux dicton : quand on voit un « cafard », il y en a rarement un seul. Les défauts ou quasi‑défauts récents de certains émetteurs très endettés rappellent qu’après des années de taux bas, une partie du crédit repose sur des modèles fragiles, construits pour un monde où l’argent ne coûtait presque rien.​

Concrètement, qu’est‑ce que cela implique pour un investisseur en 2026 ? Faut‑il fuir complètement les placements en crédit privé ?​

Non, mais il faut être très sélectif. En 2026, la vraie question n’est pas «crédit ou pas crédit», mais : suis‑je rémunéré correctement pour le risque que je prends, et est‑ce que je comprends les obligations dans lesquelles j’investis. Il faut privilégier les portefeuilles bien diversifiés et éviter de confondre rendement affiché et rendement ajusté du risque de défaut.​

Passons aux actions. Le marché des introductions en Bourse a été très calme pendant plusieurs années. 2026 pourrait‑elle marquer un vrai retour des IPO ?​

Le rebond des indices en 2024‑2025 a redonné de l’appétit, et des gros projets d’introductions en bourse seraient dans les tuyaux, dont notamment dans le secteur de la tech. Ainsi on parle beaucoup du lanceur de fusées SpaceX, ou encore des géants de l’IA OpenAI et Anthropic dont les valorisations dépassent les centaines de milliards de dollars. Si ne serait-ce qu’un de ces mastodontes viendrait se coter en Bourse cela aurait une signification réelle pour les marchés actions plus largement et soulignerait la confiance des investisseurs dans des valeurs de croissance.

Faudra-il être plus sélectif que jamais sur les valeurs de croissance, notamment celles liées à l’intelligence artificielle ?​

Absolument. L’IA reste un thème puissant, mais certaines valeurs se paient déjà sur des multiples très exigeants. Pour 2026, de nombreuses maisons mettent d’ailleurs en avant un retour en grâce possible des styles plus « value » ou au moins des valeurs de qualité à des prix raisonnables, plutôt que de courir après tout ce qui a « AI » dans son nom.​

Parlons des banques. Elles ont profité de la remontée des taux, mais les perspectives changent avec les baisses entamées par les grandes banques centrales. Qu’est‑ce que cela implique ?​

Les courbes de taux devraient se « pentifier », avec des taux courts qui baissent et des taux longs qui restent plus élevés, ce qui peut être plutôt favorable aux marges des banques, du moins en théorie. Mais elles doivent gérer en parallèle des portefeuilles de prêts plus risqués et la concurrence d’acteurs non bancaires, notamment dans le crédit privé et la fintech.​

Et du côté de l’inflation, beaucoup parient sur un retour durable autour de 2%. Est‑ce si simple ?​

Non, et c’est l’un des grands débats de 2026. Même si l’inflation a ralenti, plusieurs facteurs structurels – la fragmentation géopolitique, la transition énergétique, les investissements massifs dans les data centers et l’IA, les déficits budgétaires – peuvent maintenir les prix plus élevés et plus volatils qu’avant 2020. Cela veut dire que les banques centrales devront arbitrer en permanence entre soutien à la croissance et lutte contre une inflation qui n’est pas complètement « domptée ».​

Vous évoquiez les déficits. Le niveau d’endettement public dans de nombreux pays développés, et notamment en France, est très élevé. En quoi cela doit‑il entrer dans la réflexion d’un investisseur en 2026 ?​

La question n’est plus de savoir si les États sont endettés, mais comment les marchés vont réagir à la combinaison dette élevée + croissance molle + baisses de taux. Dans un monde où les gouvernements pourraient être tentés de « laisser filer » un peu plus d’inflation pour alléger le poids réel de la dette, les investisseurs doivent s’interroger sur le risque de détention d’obligations souveraines à long terme et sur la prime de risque exigée.​

Pour finir, si vous deviez donner trois principes clés à garder en tête pour investir en 2026, quels seraient‑ils ?​

Premièrement, diversifier réellement : géographiquement, par classes d’actifs, mais aussi au sein des actions entre croissance, valeur et secteurs portés par des tendances structurelles comme l’IA ou la transition énergétique. Deuxièmement, rester discipliné sur le prix payé, car les performances très fortes de 2025 ont rendu beaucoup de marchés chers, et les rendements futurs seront sensibles au point d’entrée. Enfin, garder une marge de sécurité : un peu de liquidités, une gestion prudente du levier, et l’humilité de reconnaître que, derrière les grandes questions de 2026, il y aura forcément des surprises que personne n’a vues venir.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.