Le carbone tout le monde en parle. Dans ce podcast, nous vous invitons à suivre ses traces sur les continents pour mieux comprendre cet atome dont on parle tant. Une émission de Pierre Barré (CNRS) et Tiphaine Chevallier (IRD) en collaboration avec les chercheurs du programme de recherche (FairCarboN).
Bonjour Tiphaine, cette année, vous sortez des sols pour nous parler du carbone des écosystèmes continentaux.
Oui, pour cette nouvelle saison, une fois sur deux, je vous parlerai de carbone dans les écosystèmes continentaux. Dans ces chroniques, je vais quand même souvent parler des sols car ils y représentent un réservoir de carbone très important.
Mmm, qu’entendez-vous par « écosystèmes continentaux » ?
Beaucoup de choses car sur les continents, les écosystèmes sont très divers ! On peut citer les forêts, les prairies, les champs cultivés, les tourbières mais aussi d’autres auxquels on pense peut-être moins comme les écosystèmes urbains, les lacs et les rivières, mais aussi les estuaires ou les écosystèmes côtiers (mangroves, marais). En gros tout ce qui n’est pas dans le domaine du marin.
Et tous ces écosystèmes contiennent du carbone ?
Ah oui, et même plutôt pas mal ! Ces écosystèmes continentaux contiennent du carbone dans la biomasse végétale (environ 600 Gt C) et aussi beaucoup dans les sols et sédiments (environ 2500 Gt C en considérant les deux premiers mètres). Donc on est à 3100 GtC, sans oublier les sols gelés ou pergélisols, vous pouvez encore ajouter 1500 Gt C, on arrive donc à 4600 GtC. Ce qui n’est pas rien, si on compare ces 4600 Gt C aux 890 Gt C de C dans l’atmosphère sous forme de CO2.
Et ces stocks, ils peuvent bouger ?
Oui le carbone circule, se transforme et parfois s’accumule plus ou moins longtemps dans des réservoirs. Globalement, le carbone arrive dans les écosystèmes continentaux via la photosynthèse des végétaux, et sort via la respiration des plantes et des organismes mais surtout des micro-organismes du sol. Si les entrées, via la photosynthèse, sont supérieures aux sorties, via la respiration, l’écosystème stocke du carbone et on dit que c’est un puits de carbone, si les sorties sont supérieures aux entrées, l’écosystème est une source de carbone et ce carbone s’accumule dans l’atmosphère créant les soucis que l’on connait.
Et alors, les écosystèmes continentaux, source ou puits de carbone ?
Eh bien, ça dépend. Actuellement, les écosystèmes continentaux constituent globalement un puits de carbone. Par contre, localement, certains écosystèmes perdent beaucoup de carbone. C’est le cas des zones de mise en culture, de déforestation, de tourbières drainées. Les écosystèmes continentaux mal gérés génèrent environ 10% des émissions annuelles de carbone d’origine anthropique…
Et on peut y faire quelque chose ?
Bien sûr ! Il existe plusieurs options pour augmenter les stocks de carbone dans les écosystèmes continentaux. Des pratiques agro-écologiques peuvent permettre d’augmenter le stock de carbone des sols agricoles, l’afforestation, la reforestation ou la restauration des zones humides peuvent également être très efficaces pour stocker du carbone.
Mais alors, nous avons une solution pour le dérèglement climatique !
Oui certains (rapports du GIEC, expertise 4p1000 etc.) l’ont suggéré. C’est vrai que les écosystèmes continentaux bien gérés pourraient contribuer à l’atténuation du dérèglement climatique, mais il ne faut pas rêver, les écosystèmes ne peuvent pas absorber tout ce CO2 en trop, la priorité reste de baisser drastiquement nos émissions.
Et surtout stocker du carbone dans les écosystèmes continentaux a tout un tas de co-bénéfices. Un écosystème qui stocke du carbone est un écosystème en bonne santé.
Ah bon ?
Revenons aux sols par exemple. Un sol riche en carbone est un sol riche en matière organique donc moins sensible à l’érosion, qui fournit une ressource intéressante pour la vie du sol et qui retient mieux l’eau. Le bénéfice n’est pas que climatique.
Alors qu’attend-on ?
Mais rien Laurence, on s’y met. On compte les flux de carbone, ses entrées, ses sorties, on observe ses formes organiques, minérales dans les différents compartiments et ce que cela implique sur le fonctionnement de nos écosystèmes. On accumule ses données et on modélise ses transformations. Bref on suit le carbone à la trace, pour comprendre à quoi il est sensible, dans quelle mesure les écosystèmes continentaux gérés ou non par l’homme sont une solution pour atténuer ou s’adapter au changement climatique. C’est ce dont on va parler toute cette année avec les chercheurs d’un programme de recherche sur le carbone dans les écosystèmes continentaux (FairCarboN) pour enfin mieux comprendre cet atome dont on parle tant.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.
Pour allez plus loin : www.pepr-faircarbon.fr