Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.
Mardi dernier à Luxembourg, les États membres de l’UE ont franchi une nouvelle étape dans le rapprochement avec l'Ukraine et la Moldavie. Ils se sont mis d’accord pour ouvrir deux nouveaux volets des négociations d'adhésion. Concrètement, de quoi s'agit-il ? Que recouvrent ces deux clusters et qu’est-ce que leur ouverture change pour ces deux pays candidats à l'Union européenne ?
Ce qui s’est passé mardi dernier est un vrai progrès dans l’avancement des pays candidats vers l’UE. La présidence irlandaise du Conseil européen a déclaré que le 13 octobre était un « super mardi » pour l’Ukraine et la Moldavie, qui ont ouvert deux nouveaux clusters dans les négociations avec l’UE. Il s’agit des clusters « Marché intérieur » et « Compétitivité et croissance inclusive ».
Pour rappel, les négociations d’adhésion à l’UE sont organisées par le groupement des 33 chapitres en six clusters thématiques. L’Ukraine et la Moldavie ont déjà deux clusters en cours de négociation depuis juin – les fondamentaux (1) et les relations extérieures (6). Les deux nouveaux touchent directement l'économie, les travailleurs, les entreprises et les consommateurs et sont au cœur de l’économie de l’UE. Ensemble, ces clusters représentent 17 chapitres distincts, ou bien la moitié des 33 chapitres dans les négociations.
Qu’est-ce que cette décision signifie concrètement pour l’Ukraine et la Moldavie ?
L’ouverture des clusters est une étape politique et institutionnelle importante qui marque le début d’un long processus de transformation des pays candidats sur le volet économique cette fois-ci. Il faut savoir que cette décision a été précédée par un processus de screening où la Commission européenne et les autorités moldaves et ukrainiennes avaient examiné, chapitre par chapitre, les écarts entre le droit national et l'acquis de l'UE. Des années de travail législatif et institutionnel sont derrière cette ouverture des clusters de mardi dernier.
Maintenant, il s’agit des réformes économiques et de la suite du travail d’alignement de la législation, des institutions et des pratiques administratives sur les normes européennes – l’acquis communautaire. La prochaine étape est de satisfaire aux critères de progrès intermédiaires sur les 17 chapitres que l’UE a transmis à l’Ukraine et à la Moldavie – un processus qui prendra du temps.
Pour l’Ukraine, cette avancée était loin d'être acquise en raison du veto de la Hongrie – opposée à son rapprochement avec l’Union européenne. Comment expliquer que les négociations aient pu avancer ? Budapest a-t-elle finalement levé son veto ?
En effet, la Hongrie bloquait la décision sur l’Ukraine en faisant valoir l’argument de la protection de sa minorité en Ukraine. Pour parer à cela, le Parlement ukrainien a adopté des changements à la loi sur l'éducation qui prennent en compte la question des minorités linguistiques. La Hongrie a fini par les accepter comme satisfaisants et a renoué le dialogue avec l’Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyi et le Premier ministre hongrois Peter Magyar se sont entretenus à Bruxelles la semaine dernière.
Mais l'élargissement de l'Union européenne ne concerne pas uniquement les pays candidats ; il implique aussi des changements pour l'Union elle-même. Comment accueillir de nouveaux membres sans fragiliser son fonctionnement ? Où en est le débat sur les réformes nécessaires au sein de l'UE ?
Le sommet des pays européens au Luxembourg mardi dernier a confirmé que l’élargissement était « un investissement géostratégique » des pays européens qui rendra l’Union européenne plus forte et renforcera la souveraineté européenne. C’est une démonstration de la direction du développement de la politique d’élargissement qui prend en compte les importantes réalités économiques et géopolitiques.
Pour autant, pour l’instant, les pays européens n’ont pas avancé sur les changements nécessaires au sein de l’UE pour permettre un élargissement équilibré et équitable. Ce thème n’a pas été abordé lors du sommet du Conseil européen, alors qu’il y avait certaines attentes à ce sujet-là, vu la communication du Conseil en juin. La raison de cela : les discussions difficiles en cours sur le prochain budget de sept ans de l'Union européenne, où les pays n’arrivent pas à trouver un compromis alors que le temps commence à faire pression. La question de l’accord sur le budget reste prioritaire.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.