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Retour sur le dernier conseil européen, entre négociations budgétaires et lutte contre la concurrence déloyale

Visite du Commissaire européen à Pékin, les 8 et 9 octobre 2026. © Union européenne , 2026 Retour sur le dernier conseil européen, entre négociations budgétaires et lutte contre la concurrence déloyale
Visite du Commissaire européen à Pékin, les 8 et 9 octobre 2026. © Union européenne , 2026

Dans leurs chroniques sur euradio, Jeanette Süß et Marie Krpata dressent un état des lieux des relations franco-allemandes et de la place de la France et de l’Allemagne au sein de l’UE et dans le monde. Elles proposent d’approfondir des sujets divers, de politique intérieure, pour mieux comprendre les dynamiques dans les deux pays, comme de politique étrangère pour mieux saisir les leviers et les freins des deux côtés du Rhin.

Bonjour Marie, nous allons revenir avec vous sur le dernier conseil européen marqué par des enjeux de compétitivité avec la Chine et par les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel.

Commençons par le récent voyage du Commissaire européen au commerce en Chine. Il y a obtenu le plafonnement de l’exportation de voitures hybrides chinoises vers l’UE à 350 000. Pouvez-vous nous en dire plus ?

On peut rappeler les droits compensateurs sur les importations de véhicules électriques chinois vers l’UE mis en place par la Commission en 2024. Ces mesures ont été contournées par les constructeurs chinois, par le biais d’exportations de véhicules hybrides vers l’UE, qui ne sont pas touchées par ces droits compensateurs. À travers l’accord d’octobre 2026, l’UE signalise qu’elle se veut constructive en proposant des négociations plutôt qu’en imposant une confrontation. De ce point de vue, l’approche a été un succès et a mis en évidence que la Chine ne cherche pas, elle non plus, la guerre commerciale vu qu’elle a besoin de l’UE pour exporter ses biens.

Cette étape n’est cependant qu’un début puisque sur les 360 milliards EUR de déficit commercial de l’UE vis-à-vis de la Chine, seuls 15 milliards EUR sont dû aux importations de véhicules hybrides. On peut s’attendre à ce que les négociations se poursuivent en 2027 dans d’autres secteurs comme les machines-outils, le secteur de la chimie et les produits pharmaceutiques.

Cet accord se limite-t-il aux véhicules hybrides ?

Non, cet accord permet aussi de lever les droits de douane chinois sur les pièces automobiles, les chaussures et l’huile d’olive en provenance d’Europe. L’agence de presse Bloomberg évoquait également un autre aspect de ces négociations concernant l’entreprise allemande Sindlhauser. C’est une entreprise qui s’inscrit dans la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise néerlandaise ASML, qui fabrique des machines de lithographie pour semiconducteurs, et qui a déjà été dans le viseur de la Chine à plusieurs reprises, notamment du fait de sa proximité avec Taïwan.

Il semblerait que le Commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič et son homologue chinois se soient mis d’accord sur le fait que la Chine lève les restrictions aux exportations de minerais vers cette entreprise. En échange, l’UE supprime une entité chinoise, dont le nom n’a pas été révélé, de sa liste de sanctions sur laquelle elle avait été inscrite pour coopération avec la Russie.

Cet accord a été précédé d’une lettre commune entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz…

En effet Laurence, dans cette lettre adressée à la Commission européenne, la France et l’Allemagne ont suggéré de développer des instruments de défense commerciale supplémentaires qui pourraient être actionnés plus facilement et pourraient permettre d’aller aussi loin que d’exclure un État de l’accès au marché européen afin de préserver l’industrie européenne. Rappelons que dans l’arsenal actuel, on peut trouver l’instrument anti-coercition – le fameux « bazooka commercial » de l’UE, qui existe depuis 2023, mais n’a encore jamais été actionné.

La France et l’Allemagne sont également au diapason concernant l’industrie automobile en Europe. L’assouplissement de la fin des ventes de véhicules thermiques neufs d’ici 2035 est une victoire – du moins à court terme – pour l’Allemagne et son industrie automobile fortement dépendante des véhicules thermiques. La France n’est cependant pas en reste car les véhicules électriques fabriqués en Europe seront subventionnés. Elle considère en effet que ce n’est qu’une question de temps avant que le véhicule thermique tire définitivement sa révérence au profit du véhicule électrique.

Un autre sujet prégnant à l’échelle européenne concerne les négociations autour du prochain cadre financier pluriannuel… Quels sont les points de convergence et quelles sont les lignes de fracture à ce propos ?

L’idée était de parvenir à un accord avant la fin de l’année étant donné les élections en 2027 en France, en Italie et en Pologne. L’Allemagne appartient aux pays « frugaux », au même titre que les Pays-Bas, la Finlande, la Suède et l’Autriche – tous des contributeurs nets et qui représentent 40% du budget européen. Berlin propose des coupes de 20% par rapport à la proposition de la Commission européenne.

Tandis que l’Espagne et la France souhaitent un budget plus ambitieux et défendent les dépenses dans l’agriculture et la cohésion, l’Allemagne met l’accent sur la compétitivité et la défense. Friedrich Merz est sous pression : il demande des sacrifices aux citoyens allemands tout en ouvrant les vannes pour la défense et les infrastructures. Souffrant d’une grande impopularité, exacerbée à travers les élections régionales dans l’Est de l’Allemagne, le chancelier ne peut se permettre de se montrer trop dépensier au profit de l’UE.

Preuve que les négociations seront ardues, Friedrich Merz a d’ores et déjà conseillé d’emporter des chemises supplémentaires en anticipation de pourparlers qui risquent d’être longs lors du conseil européen de décembre…

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.