Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme:
- Guerre au Soudan : organisation d’une conférence à Berlin pour mobiliser l’aide internationale
- Le gouvernement de Keir Starmer veut accélérer l'alignement réglementaire du Royaume-Uni sur l'UE
- Départ de la Global Sumud Flotilla de Barcelone direction Gaza
On ouvre ce journal au Soudan, au lendemain de la conférence internationale qui s’est tenue hier à Berlin, trois ans jour pour jour après le début de la guerre.
Oui, car si cette guerre a largement disparu des radars ces derniers mois, éclipsée par les conflits en Iran et en Ukraine, son bilan humain, lui, figure parmi les pires au monde. C’est justement ce que plusieurs responsables ont voulu rappeler hier à Berlin : le Soudan reste aujourd’hui, selon les Nations unies, le théâtre de la pire crise humanitaire sur la planète. La conférence, coorganisée notamment par l’Allemagne avec plusieurs partenaires internationaux, a réuni plus de 50 États, des agences de l’ONU et des ONG, et permis de mobiliser plus de 1,3 milliard d’euros d’aide. Un signal politique fort, alors que l’aide humanitaire pour le pays reste encore très largement sous-financée, même si la crise, elle, continue de s’aggraver sur le terrain.
Mais au-delà de ces engagements financiers, la rencontre a aussi remis au centre du débat l’ampleur de la catastrophe provoquée par trois ans de guerre.
Oui, depuis avril 2023, le pays est plongé dans un conflit entre l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dogolo, dit Hemeti. Selon l’ONG ACLED, au moins 59 000 personnes ont été tuées, un bilan sans doute sous-estimé. Parmi les morts, environ 4 300 seraient des enfants, d’après l’UNICEF. Et les conséquences du conflit vont bien au-delà du nombre de victimes directes, car c’est l’ensemble du pays qui s’enfonce dans une crise particulièrement dramatique.
Car cette guerre a aussi provoqué un effondrement humanitaire massif.
Oui, près de 19 millions de personnes sont aujourd’hui confrontées à une faim aiguë, selon le Programme alimentaire mondial. Environ 9 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, et 4,5 millions ont fui vers les États voisins. Le système de santé, lui aussi, est exsangue : l’Organisation mondiale de la santé a comptabilisé quelque 217 attaques contre des établissements de santé depuis le début du conflit. En clair, au Soudan, la guerre ne se mesure pas seulement au front, mais aussi à la faim, à l’exil et à l’effondrement des services essentiels.
Et pourtant, malgré cette situation, la perspective d’une paix reste très lointaine.
Oui, c’est l’un des principaux constats qui ressortent de la conférence de Berlin. Aucun représentant des deux belligérants n’y participait : ni l’armée soudanaise, ni les Forces de soutien rapide. Autrement dit, les fonds ont été réunis, l’alerte humanitaire a été relancée, mais sans les acteurs de la guerre autour de la table, aucune avancée politique concrète ne semble possible à ce stade. Berlin a donc permis de remettre le Soudan sous les projecteurs après des mois au cours desquels l’attention internationale a été accaparée par d’autres conflits. Mais pour les civils soudanais, l’urgence reste entière, et la paix, elle, paraît encore très loin.
On poursuit ce journal au Royaume-Uni où le gouvernement britannique réfléchit à faire adopter un projet de loi sans vote du Parlement pour faciliter le rapprochement avec l'Union européenne.
Oui, les ministres britanniques pourraient mettre en place certaines réglementations européennes sans passer par une procédure législative complète. La loi proposée par le Premier ministre britannique vise l’intégration plus rapide de certaines règles européennes dans le droit britannique, via des procédures simplifiées afin de fluidifier les échanges et stimuler l’économie. Les ministres soutiennent que cette mesure générera des gains de plusieurs milliards d’euros pour l’économie britannique, aidera à tempérer le coût du conflit en Iran et à stimuler la productivité en difficulté. Le projet s’inscrit dans la logique de l’accord signé en mai 2025 entre Londres et Bruxelles, qui portait sur la défense, la sécurité, les barrières commerciales et la pêche. Cette loi devrait être annoncée lors de la présentation du programme de gouvernement par le roi, le 13 mai prochain.
Quelques semaines avant les élections locales du 7 mai, le principe suscite les critiques de l’opposition.
Pour autant, il ne s’agit pas d’un vrai passage en force, à la manière d’un 49.3 à la française, le Parlement conserve un droit de regard sur ces textes, même s’il est limité. Ces mécanismes ne permettent pas non plus de faire tomber le gouvernement. En revanche, compte tenu de la majorité travailliste au parlement, ces mesures ont de fortes chances d’être adoptées.
Cette proposition de rapprochement avec l’Union européenne intervient alors que le Royaume-Uni s'apprête à célébrer les dix ans du vote du Brexit.
Et dans un contexte où le Premier ministre Keir Starmer prend ses distances avec Washington et multiplie les déclarations sur la nécessité de rapprocher Londres de l'Union européenne. Cette initiative de transposition rapide de certaines règles européennes concerne plusieurs secteurs d’activité notamment l’agroalimentaire, qui évolueront en accord avec la législation européenne. Il doit aussi permettre d’accélérer l’harmonisation des normes, sachant que Londres et Bruxelles préparent un nouveau sommet dans les prochaines semaines.
On termine ce journal en Espagne, à Barcelone, où une nouvelle flottille humanitaire a pris la mer en direction de Gaza.
Oui, près d’une quarantaine de navires de la Global Sumud Flotilla, principalement des voiliers, ont quitté le port hier. Direction la bande de Gaza, dans une nouvelle tentative de briser le blocus israélien et d’acheminer de l’aide à la population de l’enclave palestinienne, selon les organisateurs. Ce convoi maritime doit rejoindre d’autres embarcations parties de Marseille début avril, puis être renforcé par une nouvelle flottille attendue fin avril depuis la Sicile.
Une initiative qui rappelle une précédente tentative à l’automne 2025 : une cinquantaine de bateaux avaient alors été interceptés par Israël avant d’atteindre Gaza, provoquant de vives réactions internationales.
La flottille avait été stoppée par Israël au large de l’Égypte et de Gaza début octobre. L’arraisonnement musclé de la flotte, jugé illégal notamment par Amnesty International, avait suscité de nombreuses condamnations. Les membres d’équipage avaient été arrêtés puis expulsés par Israël.
Plus qu’uniquement une opération humanitaire, il s’agit aussi de continuer à alerter sur la situation de l’enclave palestinienne.
Oui, les bateaux sont chargés de nourriture, médicaments, semences, objets divers pour les enfants, tout ce qui peut soulager une population assiégée depuis plus d'un an, même des instruments de musique et des livres, mais la place sur les embarcations est limitée. Mais au-delà de l’aide, l’objectif est aussi d’attirer l’attention sur le blocus de Gaza et de mobiliser la société civile à l’échelle internationale.
Un journal de Giona Melotto et Mathilde Boht.