Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme:
- Guerre en Iran : l’Europe face aux répercussions du conflit
- Espionnage chinois : les institutions européennes ciblées par une infiltration discrète
- Drame migratoire : la Méditerranée toujours plus meurtrière
On ouvre ce journal en Iran, où la guerre entre dans sa cinquième semaine, sans perspective immédiate de cessez-le-feu.
Oui, hier encore, des attaques ont visé des installations électriques, provoquant des coupures de courant dans plusieurs zones du pays. L’armée israélienne a aussi affirmé frapper des cibles du régime à Téhéran. L’Iran continue de riposter aux bombardements américains et israéliens, notamment en frappant hier un complexe industriel dans le sud d’Israël.
Et ce conflit a aussi des conséquences économiques directes, notamment pour l’Union européenne.
Oui, elles sont d’abord liées au blocage du détroit d’Ormuz et aux tensions sur le marché de l’énergie. L’OCDE dit s’attendre à moins de croissance et plus d’inflation cette année pour la zone euro, en raison de la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre, avec des perspectives particulièrement pessimistes pour l'Allemagne et la France. Le ministre français de l'Économie Roland Lescure a même affirmé qu’un choc pétrolier est en cours et risque de peser durablement sur l’économie internationale.
Mais face à ces conséquences, les Européens s’organisent.
Quinze États européens se sont dits "prêts à contribuer aux efforts" nécessaires à la réouverture de la voie maritime. La Slovénie limite de son côté les achats de carburant à 50 litres par jour pour les particuliers et 200 litres pour les entreprises et certains usagers prioritaires. La Commission européenne a aussi enjoint les 27 à "entamer la saison de remplissage des réservoirs de gaz” et les “préparatifs” pour l'hiver prochain. Le commissaire européen à l’energie Dan Jørgensen a quant à lui évoqué la possibilité "de plafonner le prix du gaz" et juge nécessaire d'accélérer le développement des énergies renouvelables ainsi que les interconnexions électriques entre pays européens.
Mais l’UE tente aussi de peser diplomatiquement.
Oui, le Jeudi 26 et vendredi 27 mars s’est tenu, près de Paris, un sommet du G7 réunissant les ministres des Affaires étrangères, avec au programme la situation au Moyen-Orient, ses conséquences sur la sécurité maritime et l’existence éventuelle d’une voie diplomatique pour mettre fin au conflit. La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a réclamé "une résolution rapide qui rétablisse la sécurité et la stabilité régionales". De son côté, la ministre française des armées, Catherine Vautrin, a réaffirmé que la France "[recherche] la voie diplomatique", rappelant que "cette guerre n'est pas la nôtre".
Mais au-delà des enjeux économiques et diplomatiques, le conflit a aussi des répercussions directes sur la sécurité en Europe, comme l’a montré la tentative d’attentat déjouée à Paris dans la nuit de vendredi à samedi devant la banque américaine Bank of America.
Oui, des policiers ont interpellé un homme sur le point de déclencher un engin explosif devant le bâtiment. Il était accompagné d’un deuxième individu qui a pris la fuite. Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Núñez, a établi un lien entre cette tentative d'attentat et la guerre au Moyen-Orient. Au total, trois suspects sont en garde à vue. Depuis le début du conflit, les pays européens sont en état d'alerte maximale face à la menace d'attaques contre des dissidents iraniens, des lieux de culte juifs et des intérêts américano-israéliens.
On poursuit ce journal à Bruxelles où une nouvelle opération d’espionnage des institutions européennes vient d’être dévoilée.
En effet, plusieurs employés liés à l’Union européenne ont été ciblés par une opération d’espionnage attribuée à la Chine. Selon l’AFP, des agents de Pékin se faisant passer pour des recruteurs ou gérants de sociétés de conseil fictives auraient approché ces individus via de faux profils LinkedIn, avec des offres professionnelles attractives. La méthode d’action était pourtant simple : après le contact établi, les espions commandaient à ces personnes des rapports et des notes d’analyses, avant de pousser la requête jusqu’à l’obtention de documents non publics voire “classifiés”, en échange d’une rémunération allant jusqu’à plusieurs milliers d’euros.
Et ce qui inquiète notamment, c’est l’évolution des pratiques d'espionnage utilisées.
Tout à fait, les autorités belges et européennes prennent ces menaces particulièrement au sérieux. D’abord parce qu’elles touchent le cœur décisionnel de l’UE, mais aussi parce que ces opérations ne viseraient pas seulement quelques individus isolés. Et même si de telles opérations d’espionnage ont déjà été observées par le passé, ce qui inquiète particulièrement Bruxelles avec cette nouvelle affaire est l’évolution des modes d’action, qui facilitent ces infiltrations. Selon la ministre belge de la Justice Annelies Verlinden, alors qu’auparavant ces missions auraient été menées par des spécialistes, aujourd’hui “les réseaux sociaux constituent un vivier pour les grandes puissances”. Autrement dit, plus besoin d’envoyer des espions infiltrés sur le terrain : avec les réseaux sociaux, l'espionnage se fait désormais à distance.
Et cette nouvelle s’inscrit dans un contexte plus ancien, celui d’un espionnage structurel et massif de Pékin depuis une décennie.
Oui, cette nouvelle tentative d’espionnage s’inscrit dans une histoire déjà longue de tentatives d'infiltration des institutions communautaires par Pékin. Il y a quelques années déjà la Chine avait été accusée d’utiliser les bâtiments de la représentation maltaise auprès de l’UE, construite par ses soins, pour espionner les institutions de l’UE toutes proches. Selon Bernard Emié, ex-directeur de la DGSE, cela fait depuis 2014 que le régime de Xi Jinping a lancé une “opération d’espionnage massive”, avec en ligne de mire l’obtention d’informations sur les sanctions de l'Union européenne ciblant la Chine ou encore sur la stratégie de l'Otan vis-à-vis de Taïwan.
On conclut ce journal en Méditerranée, où un nouveau drame de la migration s’est produit au large des côtes grecques.
Oui 22 personnes sont décédées après avoir dérivé pendant six jours en mer sur une embarcation pneumatique : selon les survivants, partis de Libye, celle-ci s’est retrouvée sans direction, sans eau ni nourriture pour ses passagers pendant près d’une semaine. Les garde-côtes grecs indiquent que 26 personnes ont pu être secourues au large de la Crète, mais les témoignages évoquent une situation extrêmement dure à bord, certains corps ayant même été jetés à la mer pendant la traversée.
Et ce drame s’inscrit dans une réalité plus large des traversées en Méditerranée.
Oui, ces routes restent parmi les plus dangereuses du monde. Chaque année, des milliers de migrants tentent de rejoindre l’Europe depuis l’Afrique du Nord, souvent à bord d’embarcations extrêmement précaires. Selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations, l’année 2026 est particulièrement meurtrière : près de 660 personnes ont perdu la vie en Méditerranée en janvier et février 2026, soit une augmentation de 128% par rapport aux chiffres de 2025 sur la même période.
Un journal de Giona Melotto et Nicolas Le Guily.