Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 23 avril 2026

L’Union européenne a débloqué hier un prêt de 90 milliards d’euros d’aide pour l’Ukraine. Source : via Pixabay Aujourd'hui en Europe - 23 avril 2026
L’Union européenne a débloqué hier un prêt de 90 milliards d’euros d’aide pour l’Ukraine. Source : via Pixabay

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Soutien à l’Ukraine : un déblocage qui change la donne
  • Rapport 2026 de « The Lancet Countdown » : l’Europe en surchauffe 
  • Accord d’association UE-Israël : L'Allemagne et l’Italie bloquent la suspension

On ouvre ce journal à Bruxelles, où l’Union européenne a franchi hier une étape importante dans son soutien à l’Ukraine. Ce mercredi, les ambassadeurs des 27 ont donné leur feu vert politique au déblocage d’un prêt de 90 milliards d’euros pour Kyiv, un financement destiné à aider le pays en 2026 et 2027. La validation formelle des États membres est désormais attendue ce jeudi.

Ce déblocage met fin à plusieurs semaines de blocage, surtout du côté hongrois. Budapest liait notamment ce dossier à la reprise du transit de pétrole russe via l’oléoduc Droujba, qui traverse l’Ukraine avant d’alimenter la Hongrie et la Slovaquie. Or ce transit a repris mercredi 22 avril, après des mois d’interruption liés à des dégâts causés par une frappe russe. Dans la foulée, la Hongrie a levé son veto, et les ambassadeurs européens ont pu approuver le prêt.

Et ce déblocage s’explique aussi par le changement en cours à la tête du gouvernement à Budapest.

Le contexte a changé depuis la défaite de Viktor Orbán aux législatives hongroises du 12 avril. Le futur premier ministre, Péter Magyar, s’est dit prêt à débloquer les fonds européens en faveur de l’Ukraine. Autrement dit, la reprise du transit pétrolier a servi de déclencheur immédiat, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté d’apaisement de Budapest avec ses partenaires européens après des années de tensions.

Et au-delà de ce feuilleton politique, ce prêt est crucial pour les finances ukrainiennes.

Il doit couvrir environ les deux tiers des besoins financiers de l’Ukraine pour 2026 et 2027. Concrètement, l’Union européenne va lever ces fonds sur les marchés financiers, avec une garantie du budget européen, puis les verser à Kyiv sous forme de prêts : 45 milliards d’euros en 2026, puis 45 milliards en 2027. Une grande partie ira au soutien de l’effort de défense ukrainien, et le reste soutiendra le fonctionnement courant de l’État.

Et ce n’est pas un prêt tout à fait classique.

Le mécanisme a été conçu de façon à être lié à de futures réparations russes. En clair, l’idée est que ce prêt soit remboursé à partir du moment où la Russie versera des réparations de guerre à l’Ukraine. En attendant, c’est le budget de l’Union qui garantit l’opération. Autre point important : la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie ont accepté de ne pas bloquer le mécanisme, à condition de ne pas participer directement à son financement.

Et pour Kyiv, l’enjeu est désormais d’obtenir cet argent le plus vite possible.

Car la situation des finances ukrainiennes reste critique. Pour 2026, le pays prévoit des dépenses très supérieures à ses recettes, avec un déficit proche de 20 % du PIB. Plusieurs économistes estiment que sans nouveaux financements extérieurs, l’Ukraine risque de se retrouver en très grande difficulté budgétaire dès le mois de juin. Ce prêt européen doit donc apporter un soulagement majeur, à la fois pour soutenir l’effort de guerre et pour éviter une crise de trésorerie. Bruxelles dit espérer pouvoir verser une première tranche d’ici la fin mai ou le début juin.

On continue ce journal en évoquant un rapport important publié ce mercredi 22 avril par la revue médicale de référence The Lancet Countdown.

Le rapport 2026 est sans appel : le réchauffement climatique, plus rapide en Europe que dans le reste du monde, multiplie les risques sanitaires. Dégradation de la qualité de l’air, progression de maladies vectorielles comme la dengue, saison des pollens rallongée. Mais aussi hausse des feux de forêt, qui entraînent une augmentation des affections respiratoires et cardiovasculaires. Enfin, le rapport pointe une augmentation de l’insécurité alimentaire, liée aux vagues de chaleur et de sécheresse. Et les chiffres sont alarmants :  en 2024, plus de 62 000 personnes sont mortes du fait de la chaleur en Europe.

Autre enseignement : tout le monde n’est pas touché de la même manière. 

Les ménages modestes sont davantage exposés à l’insécurité alimentaire et aux risques d'incendies de forêt, tandis que les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques subissent plus fortement les vagues de chaleur. Des inégalités existent aussi entre régions européennes, selon le climat local, la structure d’âge de la population et la capacité d’adaptation. Ainsi, l’Espagne est particulièrement touchée, avec des disparités au sein même du pays. Les provinces de Ciudad Real et Cuenca, au centre, sont celles qui ont enregistré la plus forte augmentation de la mortalité liée à la chaleur.

Le rapport pointe le cœur du problème : les hydrocarbures.

Le recours aux énergies fossiles comme le pétrole et le gaz est encore largement présent en Europe. Une dépendance qui continue d’exposer la population à la pollution. Une situation qui risque de perdurer avec l’actuelle flambée des prix, causée par la guerre en Ukraine et ravivée par le conflit en Iran.

Des progrès encourageants sont toutefois à noter.

Entre les investissements massifs dans les énergies renouvelables et le recul des financements des énergies fossiles, la pollution provenant du secteur énergétique a diminué et la qualité de l’air s’est améliorée. Résultat : des bénéfices importants pour la santé et une baisse de la mortalité liée à la pollution. Mais ces progrès restent fragiles : ils nécessitent des moyens importants et une volonté politique qui restent pour l’instant encore faibles. 

On termine ce journal en revenant sur le refus de l’Allemagne et de l’Italie de suspendre l’accord d’association UE-Israël, principal cadre juridique des relations entre Bruxelles et Tel-Aviv.

Berlin a confirmé, mardi 21 avril, son refus de suspendre l'accord d’association, jugeant cette option “inappropriée”. De son côté, Rome a réaffirmé son scepticisme : elle juge que cette suspension n’est “pas utile” et suggère plutôt des sanctions individuelles contre les colons extrémistes en Cisjordanie. Des refus qui empêchent la suspension de l’accord, qui requiert l'unanimité des Vingt-Sept. 

Pourtant, des appels à rompre cet accord ont été lancés par d'autres pays de l'Union européenne.

Les dernières offensives israéliennes au Liban et le vote d'une loi controversée sur la peine de mort visant les Palestiniens ont relancé le débat. L’Espagne continue de plaider pour une suspension. L'Irlande et la Slovénie demandent quant à elles un "réexamen" du texte. De leur côté, la France et la Suède proposent de restreindre les importations en provenance des colonies israéliennes installées dans les Territoires palestiniens occupés. La Commission a également évoqué une suspension partielle de l’accord, limitée au volet commercial. Mais là encore, aucune majorité ne se dégage pour l’instant.  

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.