Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - Mardi 9 avril

@Ralf1969 Aujourd'hui en Europe - Mardi 9 avril
@Ralf1969

Aujourd'hui en Europe est un format quotidien regroupant les actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction euradio à Bruxelles. Avec Joris Schamberger, Ariane Dana, Paloma Biessy, Thomas Kox, Paul Thorineau et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

- L'escalade du conflit en Ukraine autour de la centrale nucléaire de Zaporijia

- La réunion des ministres de l'économie allemands, italiens et français

- La suppression des visas dorés en Espagne

Ouvrons ce journal par un point sur la guerre en Ukraine. Et notamment sur la situation à Zaporijia où des bombardements ont à nouveau eu lieu.

Pour rappel, c’est dans cette région du sud de l’Ukraine que se trouve la plus grande centrale nucléaire d’Europe. Ce sont aujourd’hui les Russes qui occupent cet édifice, mais des affrontements ont eu lieu à plusieurs reprises sur place depuis le début de la guerre. De nombreux observateurs s’inquiètent d’ailleurs des risques d’accident nucléaire induits par ces combats depuis le début du conflit.

Et lundi c’est l’attaque d’un drone sur la centrale qui a fait craindre une nouvelle escalade.

C’est en tout cas ce qu’a annoncé Moscou, qui a déclaré avoir intercepté un drone kamikaze visant un des réacteurs lundi. La centrale aurait d’ailleurs déjà été attaquée la veille par une attaque similaire, faisant plusieurs blessés. 

Si d’un côté l’armée russe accuse Kiev de vouloir reprendre la centrale en dépit de tous les risques d’incident, du côté de l’état major ukrainien on dénonce une campagne de désinformation russe. Le chef du centre ukrainien de lutte contre la désinformation, Andrïï Kovalenko estime que ce sont les russes qui attaquent eux-mêmes la centrale pour attribuer la responsabilité à Kiev.

A noter qu’aujourd’hui les réacteurs de la centrale sont à l’arrêt, ce qui réduit grandement le risque d’incident. Mais cela signifie également que l’Ukraine a perdu une grande source d’énergie électrique.

Et c’est d’ailleurs un des objectifs de Moscou : priver le plus possible Kiev d'électricité. Selon le ministre de l’énergie Guerman Galouchtchenko, 80% des centrales thermiques ukrainiennes ont été prises pour cible par des attaques russes ces dernières semaines.

On ne connaît pour le moment pas exactement l’étendue des dégâts. En revanche, les conséquences de ces attaques se font fortement sentir à Kharkiv, la deuxième plus grande ville du pays, qui subit de longues coupures de courant. Selon le service presse du ministère, il s’agit de la plus importante attaque à l’encontre du secteur énergétique du pays depuis le début de la guerre. Pour rappel, lors de l’hiver 2023, des millions d’ukrainiens s’étaient trouvés privés d’électricité et de chauffage dans ce pays où les hivers sont particulièrement rudes.

Poursuivons ce tour de l’actualité en évoquant la réunion des ministres de l’économie et des entreprises français, allemand et italien, lundi 9 avril, à Meudon. Objectif : définir les grandes orientations de la politique industrielle européenne pour les 5 prochaines années.  

C’est la troisième rencontre, depuis juin, entre Bruno le Maire et ses homologues allemand Robert Habeck et italien Adolfo Urso. Les trois ministres appellent au déploiement d’une stratégie commune de développement des technologies vertes et numériques pour renforcer la compétitivité européenne et faire face à la concurrence croissante de la Chine et des Etats-Unis.

Parmi les mesures phares proposées par les 3 ministres : une future loi « omnibus » de grande envergure pour  libérer le potentiel des entreprises européennes en matière d'investissement et d'innovation.

Les trois ministres s’accordent sur la nécessité de simplifier drastiquement les normes et les exigences réglementaires qui pèsent sur les entreprises européennes. Cette directive, qu’ils souhaitent mettre en place dès la prochaine mandature de l’UE, permettra de modifier plusieurs règlements englobant différents sujets. Pour Bruno le Maire, ministre des finances français, l’Europe « ne doit pas être le continent de la paperasse . […] mais doit engager sans délai une débureaucratisation » avait-il déclaré le 4 avril, en amont de la réunion.

Et si cette annonce satisfera sans doute les demandes que les grands groupes industriels avaient formulées à Anvers le 20 février, beaucoup d’ONG y voient, quant à elles, un inquiétant programme de déréglementation.

Pour rappel, les représentants des industries avaient appelés à instaurer un véritable « European Industrial Deal » pour faire de la compétitivité une priorité majeure de l’UE.  Cette ambition n’est pas partagée par les ONG qui craignent que la loi omnibus affaiblisse les législations sociales et environnementales et qu’elle entrave l’objectif de neutralité carbone que l’UE s’est fixée d’ici 2050.

Mais une question divise encore les trois premières économies de l'UE : celle de la préférence européenne dans les appels d'offres.

Selon Bruno Le Maire "Le déficit commercial entre la Chine et l'Europe a été multiplié par 3 en 10 ans ». Face à ce constat, il encourage à favoriser les investissements dans le « made in Europe » pour protéger les intérêts économiques de l'Union. L’Allemagne, en position d’excédent commercial, est en revanche beaucoup plus frileuse sur ce point, craignant des conséquences négatives sur ses exportations. 

Concluons ce journal en Espagne, alors que Madrid souhaite mettre fin aux visas dorés. Pour rappel, ce sont ces visas qui permettent d’obtenir un permis de résidence en échange d’investissements immobiliers.

Cette suppression annoncée par le Premier ministre Pedro Sanchez, mettra fin à un régime en place depuis 2013. A l’origine ces visas avaient été instaurés pour relancer les investissements dans le pays, alors en plein marasme économique. Mais aujourd’hui, ces investissements massifs ont fait monter en flèche les prix de l’immobilier en Espagne. L’accès au logement est donc devenu très difficile dans certaines villes, dans ce pays où le salaire minimum est inférieur à mille euros nets par mois.

Malgré les conséquences sur le prix du logement, ces visas sont encore proposés par deux États membres.

A savoir la Grèce et l’Italie. La première a cependant durci les conditions d’accès aux visas à la fin du mois de mars, en triplant le prix de  leur acquisition. Mais ces deux pays sont des cas isolés au sein de l’Europe. Il y a un peu plus d’un an, le Portugal et l’Irlande ont mis fin à ces programmes après la publication de plusieurs rapports pointant également les risques d’abus fiscaux. Élément qui inquiète d’ailleurs fortement l’Union européenne vis-à-vis de ces visas, qui cherche à les réglementer depuis maintenant deux ans.

Un journal de Paloma Biessy et Joris Schamberger